OVH, innovation, échec étatique : le cloud à la française

Cloud computing comes to NERSC by Berkeley Lab (Creative commons CC BY-NC-ND 2.0)

Il est temps de s’intéresser à l’écosystème du cloud en France. Nous verrons qu’OVH n’est pas seul. Même derrière les États-Unis, le cloud français reste bien placé en Europe.

Par François Jolain.

Article disponible en podcast ici.

Avec l’introduction d’OVH en bourse le 15 octobre dernier, il est temps de s’intéresser à l’écosystème du cloud en France. Nous verrons qu’OVH n’est pas seul. Le cloud français, même derrière les États-Unis, reste bien placé en Europe.

L’histoire d’OVH reflète l’histoire d’internet

OVH est devenu le leader du cloud en Europe. C’est une success-story à la française. Un jeune entrepreneur, Octabe Klaba décide de se lancer en 1999 dans le cloud. Il créa une société à Roubaix devenue multinationale et pionnière dans son domaine.

Car oui, dans l’internet naissant, OVH faisait figure de leader. Plutôt que d’installer son serveur chez soi, OVH propose de nous louer un des siens, d’où le nom de l’entreprise On Vous Héberge (OVH). Ainsi des milliers de particuliers et professionnels peuvent héberger leur boîte mail ou site web facilement.

OVH a prospéré avec l’hébergement des blogs ou des sites e-commerce. Le besoin se résume alors à louer pour plusieurs mois, voire années, un même serveur pour héberger le site web.

Malheureusement pour OVH, internet a rapidement évolué avec l’arrivée d’Amazon en 2006 et son offre révolutionnaire de cloud élastique. On pouvait ainsi louer des serveurs à la minute, les allumer et les éteindre en quelques secondes. Cette souplesse devient fondamentale pour les plateformes cloud comme Netflix. Leur infrastructure s’adapte en continu à la charge de travail.

Quelques années après, la flexibilité s’est encore améliorée avec le serverless. Dans ce cas, le site sera automatiquement déployé sans avoir à configurer le moindre serveur. Avec le serverless, le serveur disparaît de la vue du développeur : il dépose son code et comme par magie, l’hébergeur lui donne une URL pour accéder à la plateforme déployée.

Cette double révolution a laissé les acteurs établis comme OVH sur le carreau. Amazon, Microsoft et Google ont été les grands gagnants. Aujourd’hui, bien qu’OVH a remonté la pente, le mal est fait. Une bonne partie du CAC40 a migré vers les GAFA pour leurs besoins cloud.

Le cloud français ne se résume pas qu’à OVH

Par sa taille et sa couverture médiatique (surtout durant les pannes), OVH est l’arbre qui cache la forêt du cloud français. Petit tour d’horizon de différents acteurs.

Scaleway est un petit OVH. Sa taille le laisse dans l’ombre, mais lui permet de s’adapter plus rapidement aux révolutions et ainsi gagner en parts de marché.

Outscale est une filiale de Dassault Système lancée en 2010 suite aux révélations de Snowden. Ce cloud souverain est à destination des acteurs critiques. Il est certifié SecNumCloud pour sa sûreté par l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI).

Qarnot propose un cloud atypique puisque ses serveurs prennent la forme du radiateur de nos logements. Ainsi la chaleur dégagée par le calcul sert à se chauffer.

Même Naval Group vient de mettre un pied dans le cloud. L’entreprise a conçu le premier cloud immergé au monde en partenariat avec Microsoft.

Il faut aussi rappeler les poids lourds du développement et de l’infogérance tels Atos, Sopra ou Capgemini.

L’État français toujours fidèle à lui-même

Pour ceux qui ont encore un doute sur la compétence de l’État en dehors du régalien, le cloud français est un sketch.

Le gouvernement a commençé par promptement saboter l’écosystème avec une lourde réglementation. Par exemple, en 2000, l’hébergeur Altern a dû fermer, car la loi française l’obligeait à contrôler les 21 893 sites qu’il hébergeait. Des entrepreneurs du numérique sont alors partis vers la Californie. La goutte d’eau (fiscale) arriva en 2012 avec Hollande et a provoqué le Mouvement des Pigeons.

Par une sorte de miracle, le champion national OVH est tout de même parvenu à s’en sortir. Le gouvernement qui visiblement ne voulait pas de cloud chez lui a fait preuve d’une totale indifférence envers la pépite française.

Par exemple en 2011, l’État a lancé le projet Andromède avec pour objectif de bâtir un cloud souverain. Mais au lieu de consolider le champion, l’État a décidé de lui créer deux concurrents : CloudWatt (Orange & Thales) et Numergy (SFR & Bull). Après 285 millions d’euros investis tous les deux ont mis la clé sous la porte en quelques années.

Cette indifférence à son propre écosystème reste encore présente, puisque l’État a choisi Microsoft pour héberger les données de santé des Français (Health Data Hub).

Le cloud français est donc bien présent avec sa french touch. Il regroupe des poids lourds et des entreprises innovantes. L’État les soutient comme la corde soutient le pendu.

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