Le procès en sorcellerie des GAFAM

Mark Zuckerberg by JD Lasica(CC BY 2.0) — JD Lasica, CC-BY

Plutôt que d’attaquer les GAFAM, il faudrait laisser les entreprises numériques se multiplier en favorisant la liberté entrepreneuriale et la compétition.

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’IREF Europe.

Le numérique est une invention aussi extraordinaire et prometteuse que redoutable et dangereuse. Tout dépend de l’usage qu’on en fait, comme pour le nucléaire. Facebook est sans doute la plateforme qui a le plus d’utilisateurs : trois milliards dans le monde ! C’est aussi pourquoi elle est la plus forte et la plus fragile, la plus aimée et la plus attaquée.

France Haugen était employée de Facebook, qu’elle a quitté en mai dernier en emportant illégalement des tombereaux de documents confidentiels appartenant à son employeur. Elle prétend l’avoir fait pour des raisons morales. En réalité c’était pour des raisons politiques, voire idéologiques.

Elle s’offusque que malgré la fermeture des comptes de Trump par Facebook et Twitter début janvier 2021, après l’invasion du Capitole, les partisans de celui-ci aient pu continuer à s’activer sur les plateformes.

Elle dénonce le fait que les conservateurs américains qui s’inscrivent sur Facebook aient accès rapidement, via les algorithmes de la firme, à des sites très à droite de l’échiquier. La plateforme est encore accusée de n’avoir pas su empêcher les activistes antivaccin de propager sur le réseau des doutes sur la gravité de l’épidémie et des inquiétudes sur le danger des vaccins.

France Haugen répète à l’envi que Facebook place « le profit avant l’humain ». Comme les procureurs américains qui s’émeuvent que Google aient des taux de commission distincts selon les clients veulent en fait condamner l’économie de marché. « Une telle plateforme ne devrait pas être un business immensément rentable, mais plutôt être un bien public qui facilite les échanges entre acheteurs et vendeurs » d’espaces publicitaires, disait un salarié de Google. Il ne s’agit plus de critiques raisonnées, mais d’un procès en sorcellerie.

Une plateforme est une place publique

La vraie question est moins celle de savoir pourquoi Facebook a permis aux antivax de s’exprimer que celle de savoir pourquoi Facebook devrait interdire aux antivax, ou aux conservateurs américains, ou à Donald Trump… de s’exprimer.

Le succès des réseaux sociaux comme Facebook tient précisément à la facilité qu’ils offrent d’échanger des points de vue et de débattre comme à leur capacité de mettre en place des algorithmes capables de rediriger automatiquement leurs utilisateurs vers des sites où ils se complaisent. S’ils deviennent des organes partisans, ils perdent leur raison d’être.

Les réseaux sociaux sont les places publiques modernes sur lesquelles des groupes d’amis peuvent se retrouver et où chacun peut s’exprimer sauf à y interdire la violence et les comportements illégaux.

France Haugen et ses clones voudraient que Facebook milite avec les progressistes plus encore qu’il ne le fait déjà. La seule liberté d’expression qu’ils défendent est la leur. Les seuls vols de documents punissables sont ceux des autres. Eux seuls informent, les autres désinforment !

L’éthique concurrentielle

Il reste que les algorithmes des réseaux sociaux peuvent en effet receler des dangers propres au défaut de discernement de la machine. Ils peuvent recommander aux anorexiques des sites pro-anorexie susceptibles de les encourager dans leur obsession de refus alimentaire ! D’une certaine manière, Facebook nous manipule en nous conduisant sur des sites qui ne sont pas ceux que nous cherchons.

C’est tout le risque d’un système de recommandations automatisées. Mais ce sont ces algorithmes qui permettent le plus souvent de trouver rapidement ce qu’on recherche. Toute machine restera imparfaite avec le bon et le moins bon. Aux hommes qui instruisent les logiciels de garder la raison et la mesure nécessaires, notamment en ne s’abandonnant pas complétement à une « intelligence » artificielle qui n’est pas intelligente.

Mais le meilleur moyen de limiter au mieux les dérives morales ou financières des grandes entreprises numériques, c’est la concurrence et le marché. Les outils numériques ne sont pas plus des biens publics que l’eau, l’énergie, l’alimentation…, toutes choses d’ailleurs que seuls le marché et l’initiative privée ont permis de développer et de rendre aussi accessibles qu’elles le sont aujourd’hui. Les entreprises ne prospèrent qu’en offrant des biens et services utiles à des consommateurs libres de les acquérir.

Et elles ont intérêt à tenir compte de leurs clients pour réussir.

À l’encontre du « politiquement correct » d’aujourd’hui, le propos de Milton Friedman publié en 1970 dans le New-York Times reste d’actualité :

La responsabilité du chef d’entreprise est de gagner autant d’argent que possible tout en se conformant aux règles de base de la société, à la fois celles représentées par la loi et celles représentées par la coutume éthique.

Prémonitoire, il ajoutait :

C’est la raison fondamentale pour laquelle la doctrine de la responsabilité sociale implique l’acceptation du point de vue socialiste selon lequel les mécanismes politiques, et non les mécanismes de marché, sont le moyen approprié pour déterminer l’allocation de ressources rares à des utilisations alternatives.

Ce qui n’exclut pas, précisait-il, que certains puissent créer des entreprises dans un but charitable avec l’objectif de rendre certains services plutôt que de gagner de l’argent.

Pour inciter les grandes entreprises numériques à adopter des comportements plus éthiques, donc non partisans, il faut que les consommateurs puissent choisir leur prestataire.

Il faut donc que se multiplient les entreprises numériques, ce qui suppose que plutôt que de les réglementer de plus en plus – créant ainsi des barrières bientôt insurmontables à l’entrée, c’est-à-dire à la création d’entreprises concurrentielles -, il faut au contraire favoriser la liberté entrepreneuriale et la compétition.

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