Social : Macron, la théorie, la pratique et les élections de 2022

Emmanuel Macron by #G7Charevoix (CC BY-NC-ND 2.0) — G7Charevoix , CC-BY

Le plan social proposé par Macron ne règlera aucun problème. Celui-ci obéit avant tout à un clientélisme électoral.

Par Nathalie Mp Meyer.

Le Contrat d’engagement jeune (CEJ) annoncé par Emmanuel Macron cet été vient de rejoindre les rives dispendieuses de notre modèle social. Dès le 1er mars 2022, toute personne de moins de 25 ans sans emploi ni formation depuis plusieurs mois, soit environ 400 000 jeunes, percevra une allocation mensuelle de 500 euros ainsi qu’un accompagnement personnalisé de mise en emploi de 15 à 20 heures par semaine pendant une période de 6 à 12 mois.

Coût de la mesure : 2,6 milliards d’euros en rythme annuel mais « seulement » 550 millions d’euros de rallonge dans le projet de loi de finances pour 2022 car malgré l’effet d’annonce recherché par Emmanuel Macron pour donner l’impression que son gouvernement travaille jusqu’au dernier moment, cette mesure se substitue d’une part à la Garantie jeunes tout en l’élargissant en durée, montant et nombre de bénéficiaires et s’intègre d’autre part dans l’opération « 1 jeune 1 solution » mise en place par le ministère du Travail à l’été 2020.

Non pas qu’il faille en déduire que cela ne coûte pas grand-chose, bien au contraire. Chaque gouvernement qui s’installe à la tête de notre État y va de son petit dispositif miracle de retour ou d’accès à l’emploi et apporte un alourdissement certain à l’enveloppe rebondie de nos dépenses sociales, surtout quand il sent venir à vive allure la campagne pour la prochaine élection présidentielle.

Le social : un domaine attirant les politiques

Rappelons-nous par exemple qu’en 2016, Manuel Valls avait annoncé une extension de la Garantie jeunes afin de calmer la contestation étudiante « Nuit debout » face à la loi Travail El Khomri alors que se profilait déjà la campagne pour l’élection présidentielle de 2017. Dans ce contexte, le CEJ que M. Macron nous présente comme si l’on allait enfin faire ce que l’on n’a encore jamais fait pour les jeunes et pour l’emploi semble au contraire d’une affligeante banalité qui s’inscrit dans la plus pure continuité avec le quinquennat de François Hollande. Autrement dit : traitement social du chômage et dérive ininterrompue des dépenses publiques.

Qui pourrait croire que ce même M. Macron n’a eu de cesse d’expliquer sa candidature présidentielle de 2017 par les désastreuses scléroses qu’il observait aussi bien dans le modèle français que dans la gouvernance Hollande (dont il fut pourtant conseiller puis ministre de l’Économie) ? Qui pourrait croire, surtout, qu’en 2018, dans un tweet très étudié publié dans la nuit par sa conseillère presse de l’époque, ce même Macron jetait un énorme pavé dans les non-dits du modèle social dont nous tirons année après année une gloire grotesque (vidéo du tweet ci-dessous, 01′ 53″) :

« Moi, je fais un constat qui est de dire, tout le système social, on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. […] Regardez : on met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens, ils sont quand même pauvres, on n’en sort pas. »

 

 

Il avait raison, bien sûr. On sait que nos dépenses publiques totales rapportées au PIB sont les plus élevées du monde développé (55,4 % en 2019 et 61,6 % en 2020) et c’est encore plus vrai si l’on s’en tient aux dépenses sociales (31 % du PIB en 2019) :

Mais ce serait sans compter sur la technique du « en même temps » qui permet de dire et faire à peu près tout et son contraire.

Donc il est possible d’expliquer d’un côté que l’on met un pognon de dingue dans la politique sociale, et cela sans grand résultat. Mais comme d’un autre côté :

« La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. » (Macron, Lettre aux Français, janvier 2019)

Et comme la lutte contre la pandémie a été érigée en une guerre impitoyable qui justifie toutes les protections possibles « quoi qu’il en coûte », force est de constater que le macronisme actif, exactement comme le hollandisme, le sarkozysme, le chiraquisme et le mitterrandisme actifs, revient à suivre la pente automatique de la dépense publique.

Or qui dit dépense publique, dit tout aussi automatiquement impôts élevés, déficits publics, dette publique, pouvoir exorbitant de l’administration, bureaucratie délirante, mauvais résultats et insatisfaction latente ou plus voyante des administrés. Comment résorber l’insatisfaction, surtout à la veille d’une élection ? Par une belle couche de dépense publique en plus.

Cercle vicieux, car tout ceci revient à spolier le secteur marchand (maintenant via l’impôt ou dans le futur via la dette) de sommes toujours plus élevées qu’il pourrait investir directement et plus efficacement en raison de sa connaissance intime des marchés sur lesquels il opère. De plus, personne ne dépense plus judicieusement l’argent dont il dispose que le propriétaire de cet argent quand il agit pour lui – deux caractéristiques que ne possèdent nullement les agents de l’État qui dépensent pour d’autres de l’argent qui ne leur appartient pas. Gaspillage assuré.

Résultat, au lieu de favoriser l’emploi et le pouvoir d’achat, l’augmentation perpétuelle des dépenses sociales tend au contraire à les étouffer sous son poids.

L’emploi des jeunes gêné par une mauvaise gestion du social sous Macron

Concernant spécifiquement l’emploi, et celui des jeunes notamment puisqu’il s’agit de cela avec le CEJ, il est désagréablement frappant de constater à quel point d’année en année les sujets d’importance ne sont pas abordés et à quel point on nous amuse avec des mesures qui n’ont aucune chance d’avoir le moindre impact contre le chômage. Emplois aidés, emplois d’avenir, Garantie jeunes, vaste nébuleuse de la formation, 35 heures – rien n’a marché, mais on ne se lance pas moins bille en tête dans le Contrat engagement jeune qui ne marchera pas mieux, en attendant le prochain dispositif, plus large, plus coûteux et à deux doigts de se transformer en revenu universel.

Les 35 heures, malgré leur échec sur l’emploi et leur implication certaine dans la désorganisation de moult entreprises et services publics (l’hôpital, par exemple) restent la base de l’horaire de travail. Pourtant à l’époque Hollande, Emmanuel Macron n’hésitait pas à se prétendre affranchi des dogmes de la gauche Aubry-Filoche :

« La gauche a cru que la France pouvait aller mieux en travaillant moins, c’était des fausses idées. » (Macron, Université d’été du Medef, 2015)

Pour se faire remarquer, manifestement ; pour se démarquer du hollandisme de façon purement formelle. Car de telles idées iconoclastes ne furent jamais suivies d’effet de sa part. Du reste, à l’époque, devant le tollé soulevé à gauche par ses propos, il avait immédiatement rétropédalé en disant qu’on l’avait mal compris.

Quant au salaire minimum, dont un groupe d’experts avait proposé de revoir l’indexation automatique sur l’inflation, il a été conforté dans sa forme actuelle par Bruno Le Maire dès le début du quinquennat. Le ministre de l’Économie estimait qu’une telle décision aurait « du mal à être comprise » par les personnes concernées. Ne parlons même pas de sa baisse.

On sait pourtant que le SMIC indexé ou pas, forme une barrière à l’entrée sur le marché du travail des personnes les moins formées. D’où chômage, chômage et re-chômage de masse. De ce fait, s’il est vraiment question de protéger les demandeurs d’emploi (jeunes ou moins jeunes) les moins qualifiés et les plus éloignés de l’emploi, pourquoi ne décidons-nous pas de baisser notre salaire minimum qui s’avère être l’un des plus élevés de l’OCDE relativement au salaire médian(*) des salariés à temps plein ?

Social Macron

Imaginons qu’on introduise plus de souplesse dans le salaire minimum. Cela permettrait de faire entrer dans l’emploi ces personnes peu ou pas formées, souvent des jeunes, que les employeurs n’embaucheront jamais au niveau actuel du SMIC, d’autant que former un nouveau salarié exige toujours qu’un employeur ou un employé expérimenté y consacre du temps qu’il passerait autrement à s’occuper de ses clients, de ses contrats et de sa production.

Mais si le salaire est plus bas, le surcoût lié à la formation baisse et le nouveau salarié obtient la chance de pouvoir être formé directement de façon opérationnelle dans un domaine professionnel précis plutôt que de rester au chômage et suivre, peut-être, une vague formation mal définie par des administrations dont les connaissances entrepreneuriales sont pour ainsi dire nulles. Acquérant ainsi une première vraie expérience, son employabilité serait considérablement améliorée pour la suite.

Ce n’est clairement pas le chemin emprunté par le gouvernement. Le CEJ propose bien des formations et des stages, mais dans un cadre coûteux pour les finances publiques et couvé par l’administration.

De plus, si notre économie se porte si bien – croissance en hausse, chômage en baisse – comme Bruno Le Maire ne cesse de le répéter partout, quelle est l’utilité de ce nouveau dispositif ? Eh bien, comme d’habitude : compenser par un peu plus de dépenses et de bureaucratie une situation structurellement orientée vers le chômage de masse par trop de dépenses publiques et de bureaucratie.

Mais de façon plus circonstancielle, il s’agit bien évidemment de se rappeler au bon souvenir des électeurs en vue de l’élection présidentielle qui se rapproche. Après le « quoi qu’il en coûte » covidien, on a eu droit récemment à un tel festival de chèques énergie et inflation que le clientélisme électoral commence à se voir.

En fait, on ne voit plus que lui.

Selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro, 52 % des Français pensent que le CEJ ne sera pas efficace pour ramener les jeunes concernés vers l’emploi, 75 % pensent qu’il va coûter très cher pour rien et 68 % pensent que ce genre de mesure engagée à quelque mois de l’élection présidentielle est surtout électoraliste. 63 % d’entre eux pensent même qu’il faut arrêter le « quoi qu’il en coûte » qui ne fait qu’accroître le poids de la dette pour les générations futures.

Le début d’une certaine sagesse libérale chez les Français face à des dépenses open bar qui finissent par sembler folles ? Disons que j’aimerais le croire.

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