UE contre la Pologne : la Chine et la Russie en profitent

Russia-India-China trilateral meeting between Prime Minister, President of Russia Vladimir Putin and President of China Xi Jinping on the sidelines of G20 Summit 2019 in Osaka, Japan (June 28, 2019) by MEAphotogallery (Creative Commons CC BY-NC-ND 2.0) — MEAphotogallery,

Face au déclin européen, dont la confrontation entre l’UE et la Pologne est un exemple, la Chine et la Russie semblent déterminées à profiter de la situation.

Par Alexandre Massaux.

D’un côté, l’UE et la Pologne se font une guerre juridique. De l’autre, la Chine et la Russie déploient le grand jeu géopolitique dans le reste du monde, comme en Afghanistan, où l’Occident semble avoir perdu toute prise et où Pékin et Moscou ont entrepris de mettre le pays sous leur influence.

Les Occidentaux, perdus dans des querelles politiques internes, offrent des opportunités à des pays souhaitant prendre leur revanche sur l’Histoire.

Cette situation est rendue possible par l’abandon d’une vision géopolitique de la part des décideurs européens et occidentaux.

UE contre Pologne : un exemple de l’échec de la puissance normative

Les tensions entre l’Union européenne et la Pologne sont révélatrices de la situation actuelle, de leur opposition juridique sur des questions de compétences et de normes. Certes, celle-ci trahit des divergences politiques en matière de choix de société. Mais la Pologne reste un pays européen au même titre que la France et l’Allemagne.

En clair, ces divisions sont anecdotiques comparées à celles qui secouent le Moyen-Orient ou l’Afrique mais elles révèlent l’échec de la puissance normative qui voulait que l’UE influe sur les relations internationales grâce au droit et aux normes. L’incapacité de ce droit européen de faire consensus sur son propre territoire en dit long sur son succès. Il apparait en effet illusoire d’exporter la norme européenne dans le reste du monde alors qu’elle est rejetée en Europe même.

L’Europe reste dans une logique kantienne de paix éternelle et semble surtout incapable d’en sortir. L’absence d’un discours et d’une mentalité géopolitiques aux plus hauts niveaux de l’UE est de plus en plus problématique et aboutit à des remises en cause interne et externe.

Il est parlant que la Turquie, une puissance régionale, parvienne à imposer ses conditions aux Européens : ces derniers deviennent spectateurs et se contentent de condamner les faits, ce qui ne résout rien et contribue à envenimer la situation.

La Chine et la Russie comblent le vide laissé par les Occidentaux sur la scène internationale

Avec une Europe spectatrice et empêtrée dans ses conflits internes et des États-Unis se recentrant sur des intérêts précis, d’autres acteurs prennent l’initiative dans les affaires internationales.

C’est le cas de la Russie et de la Chine qui font preuve d’un activisme important afin d’étendre leur influence. Ces deux pays n’hésitent pas à combler le vide laissé par l’absence des Occidentaux au Moyen-Orient ou en Afrique. En effet, pour ce dernier continent, Pékin et Moscou n’hésitent pas à déployer le grand jeu.

Les pays en voie de développement sont progressivement placés sous l’influence de la Chine et maintenant de la Russie qui y font des investissements massifs. Par exemple, Pékin achète massivement des terres agricoles en Afrique, tandis que la Russie est devenue le premier marchand d’armes du continent africain.

Ces régions du monde étant en plein développement, ces investissements risquent d’être favorables à la Russie et à la Chine. Le récent épisode des mercenaires russes du groupe Wagner au Mali, pourtant pays sous influence française, montre que cette stratégie porte ses fruits.

Les nombreuses erreurs stratégiques des Européens et des États-Unis au Proche et au Moyen-Orient ont permis à la Russie et la Chine de se déployer politiquement, par exemple en Syrie, en Afghanistan et en Iran. Ce dernier pays pourrait bientôt rejoindre l’Organisation de coopération de Shanghai, le principal forum de coopération sino-russe.

Comment l’UE et les Européens doivent réagir face à la Russie et la Chine ?

Face à cette situation, les Européens auraient tout intérêt à sortir de leur torpeur et leur idéalisme. L’UE, occupée par les problèmes d’État de droit en Europe centrale, laisse la Chine et la Russie remodeler le voisinage européen en leur faveur.

Plutôt que de s’entêter à vouloir une politique centralisée, une approche décentralisée permettrait de calmer les tensions en Europe tout en permettant l’émergence d’initiatives plus concrètes. Mais cela nécessiterait de revenir à une vision plus réaliste et géopolitique.

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