Zemmour : le coup de pouce involontaire des médias

Les médias français sont en train de faire avec Zemmour la même erreur que les démocrates en 2016 ont fait avec Trump. En attaquant leur adversaire sur la forme et non sur le fond, ils le renforcent.

Par Pierre-Guy Veer.

Polémiste que ses détracteurs adorent détester, homme qui dit le vrai pour ses partisans. Une chose est sûre : Éric Zemmour ne laisse personne indifférent.

Et les esprits risquent de s’échauffer s’il venait à confirmer sa candidature à l’élection présidentielle de 2022. Il obtient déjà entre 12 et 15 % dans les sondages.

Mais en attendant une confirmation (ou non) de la part de Zemmour, le fiel de ses opposants ne se fait pas attendre. L’humoriste (?) Gaëtan Matis a récemment « blagué » que, s’il avait eu une machine à voyager dans le temps, il aurait organisé une rencontre entre Zemmour et ses partisans au Bataclan… le 13 novembre 2015. L’indignation fut telle que le théâtre du Point Virgule, où Matis devait se produire les 9 et 10 octobre, a annulé les spectacles par crainte pour la sécurité de tous.

Pousser les gens vers les extrêmes et vers Zemmour

Vu de l’Amérique, cette « blague » n’est non seulement pas surprenante, mais plutôt un présage de la campagne à venir, avec ou sans Zemmour. Il suffit de s’intéresser à l’attitude des médias envers les non-démocrates depuis l’élection de Saint Obama pour s’en convaincre. Leur penchant est tellement évident qu’il faut faire gaffe à ce que son téléviseur ne bascule pas vers ce côté.

En 2010 les médias ont vite dépeint les mouvements des Tea Party dénoncant la politique de santé d’Obama comme composés d’« hommes blancs ignorants et en colère. » Pourtant, les participants aux manifestations avaient des origines (et une éducation) très diversifiées et ils n’ont causé (ou si peu) de soucis, contrairement aux manifestations « surtout pacifiques » de l’année dernière.

Les démocrates ont aussi fait des pieds et des mains pour remuer le couteau dans la plaie. En campagne, Obama dénonçait ceux qui « s’accrochent à leurs bibles et leurs fusils » et Hillary Clinton traitait de « déplorables » les partisans de Trump.

Il n’est donc pas surprenant que de nombreux électeurs aient choisi Trump en 2016 et 2020. À force d’être constamment raillés, ils ont fini par se rallier à un candidat attentif à eux, peu importe que ses idées étaient nuisibles pour tous. C’était visiblement la meilleure façon de dire fuck you à tous ces haineux.

Voir le fond et non la forme

Ainsi, si les médias français répètent cette formule, les idées de l’extrême droite, notamment à propos de l’immigration, vont gagner en popularité, de même que les candidats comme Zemmour qui en font leur cheval de bataille.

Car oui, l’immigration peut être considérée problématique dans sa forme actuelle. Toutefois, lesdits problèmes proviennent presque exclusivement des politiques de l’État : subventions agricoles, guerres, interventions, etc.

En France, un nombre incalculable d’immigrés sont entassés dans des cités, principalement en banlieue parisienne. En considérant que les enfants de ces immigrés semblent rejetés partout où ils vont, que sont-ils supposés faire ? Même un ancien haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, enfant de ces cités mal famées, sonne l’alarme à propos de la ghettoïsation et l’inefficacité de la surenchère de fonds publics. Les États-Unis ont également vécu de telles difficultés quand les bien-pensants ont eu la brillante idée d’entasser des familles démunies dans des HLM.

Bref, les médias français devraient cesser de faire l’impasse sur le sujet de l’immigration et atteindre le point Godwin lorsque quiconque ose l’aborder. Sans quoi Zemmour, Le Pen ou tout autre populiste saisira l’opportunité et se trouvera facilement au second tour de l’élection présidentielle.

Si des débats posés sont organisés, alors ces personnes seront facilement évaluées comme étant des xénophobes voulant simplement stopper l’immigration alors qu’elles ne proposent pas de solution intelligente.

Car n’en déplaise aux détracteurs d’un récent article, je défends corps et âme la liberté d’expression. C’est en laissant les idiots parler que leur statut est confirmé. Il suffit de lire le programme du parti de Le Pen en 2017 pour comprendre qu’il adore un gros gouvernement.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.