Europe : la crise des sous-marins révèle sa faiblesse chronique

Ursula von der Leyen by EU2017EE Estonian Presidency (creative commons CC BY 2.0) — EU2017EE Estonian Presidency , CC

L’UE est la plus naïve des puissances mondiales et en paye le prix. Retour sur ses faiblesses géopolitiques et celles de ses membres.

Par Alexandre Massaux.

Plusieurs jours après la rupture du contrat des sous-marins entre la France et l’Australie, l’Union européenne a décidé d’apporter son soutien à Paris. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a ainsi déclaré ce lundi que la France a été traitée de manière non acceptable, tandis que Charles Michel a dénoncé un « manque de loyauté » de la part des États-Unis.

Néanmoins, ces réactions restent timorées et trahissent à bien des égards des aveux d’impuissance non seulement de la part des institutions européennes, mais aussi des pays membres. L’Union européenne est la plus naïve des puissances mondiales, si pour autant on peut considérer qu’elle est une puissance, ce qui n’est pas certain.

L’Europe est paralysée par trop de faiblesses.

Une idée d’Europe puissance trop franco-française

Il est courant d’entendre dans les milieux médiatiques et académiques français, l’idée d’Europe puissance. Sauf que cette conception est une vision très française. Elle se traduit par une volonté d’une Europe plus centralisée qui serait capable d’imposer ses vues aux autres grandes puissances.

Cette idée d’origine gaulliste souffre néanmoins de cacher à peine la volonté d’avoir une Europe dirigée par la France, un scénario qui n’est évidemment pas du goût des autres États membres. Une Europe centralisée sur le modèle français se traduit dans les faits par une bureaucratisation accrue. Et c’est d’une certaine manière, ce qui s’est passé pendant les dernières décennies.

Une Europe normative au détriment du réalisme

La puissance au sein de l’Union européenne a été conçue à travers les normes. L’UE serait ainsi une puissance normative qui aurait un rôle dans la diffusion de normes dans le système international. Au lieu des vecteurs classiques que sont la force armée, les échanges économiques ou même la culture, sa force dans le système international devrait provenir du droit et des réglementations.

Cette conception qui domine l’UE souffre de deux problèmes majeurs.

L’excès de normes y est rejeté et a été l’un des moteurs de l’euroscepticisme. Comment imposer un système au monde alors qu’il est rejeté en interne ?

Cette conception nie le caractère anarchique de la scène internationale qui repose en pratique sur la compétition entre les États et sur l’équilibre des puissances. En rejetant ces réalités de plus en plus difficiles à ignorer, l’Union européenne est sortie du jeu. Mais ce faisant elle se retrouve la proie des autres puissances mondiales comme les États-Unis, la Russie, la Chine et même régionales comme la Turquie.

L’abandon du régalien par les États membres

Un autre point problématique est l’abandon du régalien par les États membres. Dans un État libéral, l’accent doit être mis dans les secteurs régaliens dont la défense. Sauf que bien qu’ayant augmenté ces dernières années les dépenses en la matière restent faibles. Hormis la France, ce sont les pays d’Europe centrale proches de la Russie qui ont des dépenses de défenses supérieures à 2 % de leur PIB. L’Allemagne et l’Italie restent à la traîne.

Par conséquent, beaucoup de pays européens comme l’Allemagne restent dépendants de l’OTAN et donc des États-Unis qui considèrent de plus en plus les Européens et le parapluie défensif qu’ils apportent comme un poids.

La multiplication de dépenses liées à l’État providence a pris le pas sur les dépenses régaliennes, posant des problèmes géopolitiques.

Conclusion

Il est temps que la puissance européenne revienne aux fondamentaux. Thatcher avait donné quelques pistes lors de son discours de Bruges, qui, s’il doit être actualisé, comporte quelques idées intéressantes :

Une coopération volontaire et active entre États souverains indépendants est le meilleur moyen de construire une Communauté européenne réussie.

De même :

Nous ne pouvons pas compter éternellement sur les autres pour notre défense, et chaque membre de l’Alliance doit assumer une part équitable de la charge.

Article modifié le 22/09/2021.

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