Taïwan : pourquoi l’avenir du monde s’y joue

Le futur des sociétés développées se joue à Taiwan. Qui la contrôle et sa production des semiconducteurs contrôle l’ informatique et le monde.
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Taïwan : pourquoi l’avenir du monde s’y joue

Publié le 10 septembre 2021
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Par Alexandre Massaux.

Depuis plusieurs mois, la presse étrangère évoque la pénurie de semi-conducteurs et de micropuces. Les mesures Covid ont perturbé leur production. Ces nouvelles sont passées relativement inaperçues et n’ont pas soulevé beaucoup de réactions en France. Pourtant, l’enjeu est beaucoup plus important qu’on ne le pense.

Dans notre monde actuel dépendant des appareils informatiques, les semiconducteurs sont essentiels. Sans eux, nos ordinateurs ne pourraient pas être fabriqués. Ainsi, au début de l’année, Renault et PSA ont dû mettre à l’arrêt plusieurs chaînes de montage dans leurs usines durant deux à trois jours, amputant ainsi leur production.

Problème : leur production est concentrée à Taïwan, pays au cœur de l’affrontement entre les États-Unis et la Chine. Le futur des sociétés développées se joue désormais là-bas. Qui contrôle Taïwan et sa production de semi-conducteurs contrôle l’informatique et donc le monde.

Une concentration de la production à Taïwan

Selon CNBC,  63 % des revenus liés à la production de semi-conducteurs proviendraient de Taïwan. La société Taïwan Semiconductor Manufacturing Co (TSMC) représentait à elle seule 54% des revenus. Taïwan est suivi par la Corée du Sud (Samsung) avec 18 % et la Chine (SMIC) avec 6 %. La fabrication des semi-conducteurs se fait aux frontières de la Chine.

Dans le passé, le pétrole et les hydrocarbures étaient au centre de l’attention géopolitique. Le Moyen-Orient a été la région que les grandes puissances cherchaient à contrôler pour assurer leur approvisionnement. Désormais, les semi-conducteurs ont pris cette place en tant que ressource d’intérêt stratégique. Néanmoins, contrairement au pétrole, leur production est plus concentrée et centralisée : au lieu d’un groupe de pays comme l’OPEP c’est un seul pays qui la contrôle.

Taïwan en tant que point focal de la nouvelle guerre froide

Taïwan n’est pas un pays en position géopolitique paisible. L’État, officiellement appelé République de Chine a été créé par les nationalistes chinois qui s’opposaient aux communistes de Mao Zedong. Ce faisant, la République Populaire de Chine (la Chine communiste) considère que Taïwan fait partie de son territoire et ne cache pas son vœu de voir l’île revenir sous son contrôle.

Le secrétaire général de la Chine, Xi Jinping, a déclaré cet été et à l’occasion du 100ème anniversaire du PPC que :

« Résoudre le problème de Taïwan et réaliser la réunification totale de la patrie constituent la tâche historique et immuable du Parti communiste chinois et correspondent également à l’aspiration commune de tous les Chinois ».

De même :

« faire résolument échec à toute tentative visant à l’« indépendance de Taiwan » et créer ensemble un bel avenir pour le renouveau national »

Une situation qui, si elle se produisait, bouleverserait l’économie mondiale en donnant à la Chine des infrastructures essentielles.

Les États-Unis, forts de leur position géographique et de leur présence dans le Pacifique concentrent de plus en plus leurs efforts sur l’Asie. Leur retrait d’Afghanistan peut d’ailleurs s’interpréter comme une volonté de recentrer leurs forces sur la Chine et l’Asie.

De plus, TSMC a commencé la construction d’une usine en Arizona qui sera opérationnelle en 2024. Une situation gagnante aussi bien pour les États-Unis que pour l’entreprise taïwanaise qui sécurise leur infrastructure et production. L’entreprise informatique américaine Intel se développe elle aussi dans cet État américain.

Le problème de l’attractivité

La capacité des États-Unis à attirer des entreprises lui procure un avantage stratégique non négligeable.

Reste la question de l’Europe dans cette nouvelle confrontation. Les pays européens restent trop discrets sur ce sujet. Et surtout, se pose la question de leur capacité à attirer cette industrie. S’ils ne sont pas capables de rivaliser avec les États-Unis dans ce domaine, ils seront encore une fois dépassés par les évènements et dépendants des politiques des États-Unis et de la Chine.

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Créer un compte Tous les commentaires (5)
  • Quand on voit ce qu’est devenue l embryon de silicon valley qu’etait Grenoble on se dit que pour la France , ce n’est pas gagné …

  • Comme ça a plutôt empire dans notre beau pays on n est pas prêt de voir refleurir une industrie dynamique

  • C’est votre vraie tête ?

  • Dans cette affaire le marché décide de moins en moins et la géopolitique de plus en plus. Dans les deux cas l’Europe est mal placée : elle n’est pas le plus gros client civile et militaire et reste insignifiante sur le plan géopolitique. Il lui reste que la carte de la neutralité ?

  • C’est marrant: je suis en train de relire la série de science-fiction Hyperion (Dan Simmons). Ce dépeint une société totalement dépendante de la technologie et où personne ne sait très bien où est situé et qui contrôle le « TechnoCentre ». À la fin… ça se passe mal.
    C’est dangereux de faire tout reposer sur un truc fragile…

  • Les commentaires sont fermés.

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