Porno : Orange, SFR, Free… chargés de surveiller vos enfants

Red Lips by Jess James (CC BY-NC 2.0) — Jess James, CC-BY

Deux associations souhaitent faire pression sur les fournisseurs d’accès afin de les obliger à fermer l’accès de leurs clients à des sites pornos.

Par Margot Arold.

Où s’arrêtera le transfert de la responsabilité parentale sur un tiers ? Ce jeudi, deux associations, E-Enfance et La Voix de l’Enfant, iront devant le tribunal contre les fournisseurs d’accès à internet, jugeant que l’accès aux sites pornographiques est trop facile pour les mineurs.

Ces associations souhaitent faire pression sur les fournisseurs d’accès afin de les obliger à fermer l’accès de leurs clients à des sites pornos.

Un regard sur la date de l’amendement qui a ouvert les hostilités peut laisser perplexe : en plein début de Covid (mars-avril 2020), les sénateurs planchaient sur l’utilité d’interdire l’accès au porno et il a été intégré dans la Loi contre les… violences conjugales.

Pourquoi s’en prendre aux fournisseurs d’accès plutôt qu’aux sites diffusant du porno ?

Il semblerait plus logique de s’en prendre aux sites directement. L’argument avancé par l’avocat des associations est que les sites diffusant du porno sont dans des paradis fiscaux et que c’est un peu trop compliqué de les atteindre.

« Les sociétés qui détiennent ces sites sont opaques et quasiment intouchables du fait de leur mode d’organisation, étant souvent installées dans des paradis fiscaux. Mes clients vont essayer d’agir sur les tuyaux pour fermer le robinet ».

Soit. On va donc s’attaquer aux fournisseurs d’accès.

Mais il y a une autre raison et elle est bien plus intéressante : il a été imposé aux sites pornos de vérifier l’âge de leurs utilisateurs. Actuellement la plupart des sites se contentent d’une formule comme « Je certifie que j’ai plus de 18 ans » et hop, d’un clic, l’internaute a accès aux paradis du sexe virtuel.

La loi et les associations voudraient obliger les diffuseurs à réellement vérifier l’âge de l’utilisateur. Il faut donc collecter les données d’identité, voire de carte bancaire.

Mais il se pose alors un problème : il est difficile d’assurer une sécurité totale de ces données.

Porno : attention, données sensibles !

Pire, les données peuvent se révéler très sensibles puisqu’il s’agit de la vie privée, et ô combien privée ! Récolter ce genre d’information permet alors de suivre l’internaute dans sa navigation, de connaître son orientation sexuelle… Ce qui est illégal. C’est également un obstacle sur lequel la Grande-Bretagne s’est cassé les dents : ces informations sensibles ne pouvant pas être totalement sécurisées…

Selon L’indépendant, « le Royaume-Uni a par exemple renoncé à la vérification par carte d’identité ou carte bancaire, notamment au regard des problèmes de sécurité des données ».

Par ailleurs, les fournisseurs d’accès ont un contrat avec leurs clients et il n’y est nullement stipulé que l’accès à certains contenus pourrait leur être coupé de façon autoritaire. Les obliger à relever l’identité et l’âge de leurs utilisateurs, pour ensuite jouer les censeurs auprès de ceux qui les payent relève de la vaste blague :  non seulement cela va être difficile à mettre en place car la loi ne l’autorise pas, mais on peut supposer que ce serait le début d’un fichage plus précis encore de leurs clients : que faites-vous sur internet ? Qu’y regardez-vous et à quelle heure ?

Tous fichés, mais pour quoi faire ?

Oh certes, au pays de l’exhibition de statut immunologique pour aller boire un verre, on n’est plus à ça près : s’il est exigé de vérifier que vous êtes bien vacciné pour que vous ayez le droit d’accéder à une terrasse de café, on peut bien vous demander ce que vous allez faire sur des sites certes « inclusifs » mais n’érigeant pas forcément… la vertu en morale…

Si vous pensez qu’on frôle l’exagération, imaginez pourtant qu’au départ, le gouvernement avait envisagé « utiliser son système « FranceConnect », un service permettant de valider son identité sur le web et d’accéder aux institutions de l’État en ligne. »

Rtbf.be, qui révèle cette information, conclut que « cette option n’a toutefois pas été retenue par le gouvernement et a été abandonnée l’été dernier ». Ouf. Mais l’idée de concentrer toutes les informations qui vous concernent n’est pas loin…

Le site France Connect regroupant vos données fiscales et maintenant certaines de vos données de santé avec le pass vaccinal, on a frôlé l’idée d’y ajouter tout de même vos choix personnels en matière de porno. Pourquoi lier ces données à vos données bancaires et fiscales ?

Espérons que le jugement tiendra compte de la liberté de tout un chacun à consulter des sites pornos, et remettra le clocher au centre du village : l’éducation, l’accès à internet, le contenu regardé par les enfants en bas âge, sont du ressort des parents, non de la loi, ni d’associations qui fleurent bon les ligues de Vertu.

Il restera toujours trois vérités incontournables : la technologie permet de verrouiller des contenus ; les contenus interdits sont toujours plus attirants ; ce n’est à personne d’autre qu’aux parents de savoir quoi faire avec leur progéniture, et s’ils font des erreurs, ce n’est pas une loi qui remédiera à des failles humaines.

En tous cas, plus il y aura de lois, moins il y aura de sens de la responsabilité.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.