La durée des vols bientôt divisée par deux. Merci le capitalisme !

Avion by Axel Drainville(CC BY-NC 2.0)

La startup Boom Supersonic, basée à Denver au Colorado, développe actuellement un avion de ligne et United Airlines a annoncé son intention d’en acheter 15, avec une option pour 35 de plus si les tests de sécurité sont satisfaisants.

Par Jon Hersey.
Un article de la Foundation For Economic Education

La croissance de la startup Boom illustre parfaitement la beauté et la puissance des marchés. Ils incitent à expérimenter pour trouver la meilleure réponse aux besoins des clients, car une entreprise gagne lorsque ses clients gagnent aussi.

La startup Boom Supersonic, basée à Denver au Colorado, développe actuellement un avion de ligne qui dépassera la vitesse du son en vol et United Airlines a annoncé son intention d’en acheter 15, avec une option pour 35 de plus si les tests de sécurité sont satisfaisants.

Mais que se passera-t-il si ces avions se révèlent dangereux pour les utilisateurs et pour la planète ? Certains s’interrogent avant de mettre des vies en jeu.

Chaque progrès entraine de nouveaux risques dont certains sont impossibles à prédire. On pourrait avoir tendance à surestimer ces risques dans la mesure où l’on considère que l’intérêt de l’entreprise est de façon inhérente opposée à celui des consommateurs : le bénéfice net contre la sécurité des passagers et celle de la planète en général. Pourtant nous reconnaissons dans nos vies individuelles que causer du tort à autrui ne nous aide en rien, sauf à chercher un bénéfice à très court terme. Le mensonge, la triche, le vol et les comportements irréfléchis ne constituent pas une stratégie gagnante mais la recette de l’échec.

Malgré cela, certains persistent à croire que des individus regroupés sous la forme d’une entreprise échapperaient à ce principe et que les entreprises seraient par nature destinées à être en conflit avec leurs consommateurs.

Est-ce vraiment le cas ? Il est vrai que des Bernard Madoff peuvent tirer leur épingle du jeu par la fraude mais il est difficile d’argumenter qu’il s’agit d’une stratégie gagnante à long terme. La preuve : voyons ce qu’est devenu Bernie.

À l’inverse, la sécurité et la satisfaction des consommateurs sont vitales pour l’entreprise. Par les mots d’un illustre businessman, Benjamin Franklin : « When you’re good to others, you are best to yourself » (la bonté envers autrui est une grande bonté envers soi-même). C’est le secret de Polichinelle du succès de chaque relation et de chaque entreprise, et Boom Supersonic ne déroge pas à la règle.

J’ai eu la chance d’interviewer le PDG Blake Scholl avant qu’il ne dévoile le premier prototype en octobre 2020 et l’un des points sur lequel il mettait le plus d’emphase était son engagement à chercher des problèmes pour apporter des solutions :

Je crois sincèrement que le vol supersonic, fait correctement, sera bon pour tout le monde. Si vous recevez des critiques, regardez-vous dans le miroir et demandez vous « est-ce valide ? » Si oui, taisez-vous et aller résoudre les problèmes !

 

Lorsque Boom a rencontré la FAA (Federal Aviation Commission), des objections ont été levées des deux côtés. « Nous avons apporté une liste et eux aussi. La nôtre était plus longue ! » explique Scholl. Anticipant la sensibilité environnementale des consommateurs, Boom a conçu ses moteurs pour fonctionner avec des carburants alternatifs.

Attirant les meilleurs talents du domaine, Scholl a bâti ce que le professeur Adam Grant dans son livre Think Again nomme un « réseau de challenge » : un groupe d’experts n’ayant pas peur de questionner leurs idées et de repenser leurs décisions lorsque de nouvelles données apparaissent. lls reconnaissent qu’il leur sera impossible de révolutionner l’aviation en ignorant ce type de problème d’une part, ainsi que la valeur ajoutée qu’ils peuvent apporter au client d’autre part.

 

Ce défaut d’état d’esprit a été la principale source d’échec du Concorde, prédécesseur de Boom né d’une association entre les gouvernements français et du Royaume-Uni.

Selon Scholl :

Ils n’avaient pas pour but d’implémenter un modèle économique durable, mais cherchaient plutôt à impressionner les Russes.

La réalisation technique était en effet impressionnante, mais le financement par le contribuable les a éloignés des besoins réels et des moyens des clients.

C’est d’ailleurs une caractéristique des projets publics dont la direction est moins centrée sur la satisfaction des clients que celle des bureaucrates donneurs d’ordres. Certains commentent : « C’était serré, peu spacieux et avec des sièges plus étroits encore que ceux de Ryanair ! » À la fin des années 1990, la traversée de l’Atlantique revenait à 5000 euros pour un avion dont le développement a coûté 2,7 milliards d’euros (de 2003) de chaque côté de la Manche. Et pour quel résultat ? Si vous souhaitez voir le Concorde, il faut aller au musée. Il a été décommissionné officiellement en 2003.

Par contraste, les entreprises privées souhaitant réussir sont contraintes de réfléchir à la faisabilité économique ainsi qu’aux besoins des clients. Par exemple, après seulement deux semaines sur le projet, Scholl déterminait que la consommation excessive de carburant était le principal facteur de prix du billet du Concorde :

De combien devons-nous réduire la consommation pour arriver aux prix d’une business class actuelle ?

La réponse ? 30 %, un objectif atteignable étant donné les progrès de technologie et de conception des moteurs de ces 50 dernières années.

L’histoire de Boom illustre parfaitement la beauté et la puissance des marchés. Ils incitent les entreprises à innover pour trouver le meilleur moyen de satisfaire le consommateur, car l’entreprise gagne lorsque le consommateur gagne aussi.

Traduction d’Alexis Commere pour Contrepoints.

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