Prix du gaz : attention danger

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La France étant dépendante à 99 % de ses importations de gaz, l’opérateur Engie s’est vu obligé de répercuter cette flambée des prix du gaz sur la facture des particuliers.

Par Philippe Charlez.

La Commission de régulation de l’énergie a annoncé vendredi 25 juin que le tarif du gaz allait augmenter de 10 % au premier juillet. Une douche froide pour les consommateurs toujours très irrités quand ils voient leur facture énergétique augmenter.

Est-il nécessaire de rappeler que le mouvement des Gilets jaunes avait comme origine l’augmentation du prix des carburants ?

Cette forte hausse est en grande partie liée à l’augmentation des prix du gaz en Europe faisant suite à l’accroissement du prix du pétrole. Rappelons en effet que contrairement au pétrole, le gaz se transporte mal.

De ce fait, il est préférentiellement consommé localement ou régionalement (70 % des volumes mondiaux). À l’export il est soit transporté onshore par gazoduc (20 % des volumes mondiaux) soit par voie maritime (méthaniers) après avoir été liquéfié sous forme de GNL1 (10 % des volumes mondiaux).

En conséquence, alors que le marché du pétrole est mondial, il existe trois grands marchés internationaux du gaz (États-Unis, Europe et Asie) sur lesquels les prix peuvent différer significativement.

Le prix du gaz américain (aussi appelé Henry Hub) est contrôlé par un marché spot qui évolue quotidiennement suivant la demande : prix plus élevés en hiver quand les demandes électriques et gazières sont hautes et prix plus bas en été quand les demandes se réduisent. En revanche, les États-Unis étant (grâce notamment à leur production de gaz de schiste) autosuffisants en gaz, le Henry Hub est décorrélé des prix du pétrole.

En Europe et en Asie au contraire, les importations de gaz, principalement par gazoduc en provenance de Russie et de Norvège mais aussi sous forme de LNG en provenance d’Algérie, du Nigéria et du Qatar, sont négociées sous forme de contrats long terme (20 ans en moyenne) avec les États producteurs. Ces contrats garantissent au producteur l’accès à un marché sur de longues périodes ; en contrepartie il garantit au consommateur l’approvisionnement sur la même période. Ces contrats étant généralement indexés sur le prix du baril de pétrole, on comprend pourquoi depuis le creux de l’année dernière faisant suite au premier confinement, les prix du gaz se sont mis à flamber comme ceux du pétrole, le baril frôlant les 80 dollars en fin de semaine dernière.

La France étant dépendante à 99 % de ses importations de gaz, l’opérateur Engie s’est donc vu obligé de répercuter cette flambée des prix du gaz sur la facture des particuliers.

Comme le baril de pétrole, les prix du gaz ayant fortement baissé durant la crise depuis début 2020 l’augmentation n’aura finalement été que de 1,1 %.

prix du gazPour les pays européens dont l’électricité est fortement gazière (Italie, Espagne, Royaume-Uni), la punition sera double : parallèlement à l’augmentation du prix du gaz, les consommateurs subiront aussi une augmentation significative du prix du MWh. En France, le gaz ne représentant qu’une très faible fraction de la génération électrique, la répercussion sur le prix du MWh devrait être insignifiante.

Cet épisode doit nous inciter à une très grande prudence quant à l’évolution de la composition du mix électrique.

La volonté idéologique des Verts français mais aussi belges et allemands de sortir du nucléaire pour foncer tête baissée dans les renouvelables intermittents aura comme inévitable conséquence d’accroître de façon importante la part du gaz dans la génération électrique future.

Contrairement au nucléaire pour lequel le coût du combustible (l’uranium) ne joue que marginalement (5 %) sur le prix du MWh, le coût du gaz impacte à hauteur de 70 % le tarif du MWh gazier.

En réduisant le nucléaire au profit du gaz, la France augmenterait non seulement ses émissions de GES (ce qui est contraire au résultat recherché) mais fragiliserait son indépendance énergétique en se plaçant de facto à la merci de marchés gaziers et pétroliers extrêmement fluctuants. Des données factuelles qui devraient faire réfléchir nos hommes politiques à neuf mois de l’élection présidentielle.

  1. Gaz Naturel Liquéfié
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