« Un Afghan à Paris » : une leçon de vie

Comment la découverte et l’amour de la littérature peuvent venir sauver un homme qui avait perdu sa liberté.

Par Johan Rivalland.

J’ai découvert ce jeune homme fascinant et extraordinaire qu’est Mahmud Nasimi en le voyant dans l’émission La Grande Librairie de François Busnel, lui-même fasciné à juste titre (de même que les autres invités sur le plateau) par l’itinéraire et la personnalité hors normes de cet auteur. Aussitôt j’ai eu envie d’acheter son livre.

Un homme qui ne parlait pas un mot de français en 2017

Il faut bien imaginer (et on a peine à le croire en le lisant et en l’entendant) qu’après avoir été contraint de fuir son pays du jour au lendemain en 2013, sans même pouvoir dire adieu à ses proches bien-aimés, puis de traverser à pied de multiples pays au péril de sa vie dans des conditions terribles sur lesquelles il ne s’étend pas, par pudeur et retenue, cet homme est arrivé en France sans parler un seul mot de notre langue.

La suite est incroyable. Et c’est là que débute la narration de ce petit livre.

Car aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est en errant seul et misérable dans les rues de Paris, sans attache ni ami à qui parler, que le jeune homme entre dans le cimetière du Père Lachaise. Il se trouve subjugué en y découvrant pour commencer la tombe de Balzac dont il ignore tout, venant de l’autre bout du monde. Et il explique comment, par une simple recherche sur Google à partir de son téléphone, il lève le voile sur l’identité de cet inconnu manifestement prestigieux, avant de se passionner pour son œuvre, comme il le fera ensuite pour d’autres grands auteurs de notre littérature dans les mêmes conditions.

Et voilà qui va changer sa vie, sa manière de vivre et de voir les choses. Petit à petit, il va quitter sa prison extérieure pour gagner sa liberté intérieure.

« Un Afghan à Paris » : la capacité de surmonter les obstacles et construire son bonheur

Car rapidement, lui qui n’aimait pas les livres et souffrait de solitude et de désespoir, va se laisser guider par sa curiosité et sa passion. Méthodique, à l’aide de son cahier sur lequel il note tout de manière scrupuleuse, il va non seulement apprendre par lui-même (dans un premier temps) le français, mais surtout dévorer les œuvres de Balzac, Proust, Éluard, et d’autres encore. À telle enseigne que moi qui ne suis pas un petit lecteur (ni un très grand), je me trouve tout petit au regard de la culture française que cet homme – en à peine trois ou quatre ans – a déjà acquise, au-delà de son vécu déjà exceptionnel.

Mais ce qui le caractérise avant tout est un certain état d’esprit dont beaucoup auraient à s’inspirer, une force de caractère et une liberté intérieure si remarquables qu’ils en deviennent un vrai modèle. Ou comment, par un certain état d’esprit, alliage d’optimisme et de volonté, on peut parvenir à surmonter une succession de malheurs intenses et se forger un avenir qui semblait en grande partie compromis.

Le livre est écrit dans une langue remarquable, à la fois soignée, pleine de finesse et très poétique. Le propos est intelligent, réfléchi, et dégage un souffle de vie et de sérénité en partie retrouvée qui forcent le respect. La nostalgie, la solitude et le désespoir – jamais bien loin – parviennent à être surmontés grâce à une force vitale trouvant son inspiration dans la haute littérature. Pas si banal.

À nous, peuple râleur, qui a l’habitude de se lamenter pour un rien, Mahmud Nasimi offre une leçon de vie dont chacun gagnerait à s’inspirer. Je lui souhaite tout le succès et le bonheur qu’il mérite, et de pouvoir retrouver un jour ses proches, toujours présents dans son cœur.

 

Mahmud Nasimi, Un Afghan à Paris, Les Éditions du Palais, avril 2021, 120 pages.

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