Assa Traoré, la nouvelle star antiraciste de Louboutin

Louboutin by Pierre Anquet (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0)

La convergence des luttes se ferait-elle donc entre quartiers sensibles et CSP++ ?

Par Frédéric Mas.

Assa Traoré l’a annoncé fièrement sur sa page Facebook : elle est la nouvelle ambassadrice des chaussures de luxe Louboutin.

Elle a déclaré : « Je suis profondément touchée par le précieux soutien que vous témoignez à une cause aussi importante et universelle que celle de la lutte contre les violences policières. Mon frère Adama Traoré est mort il y a cinq ans entre les mains des gendarmes, à l’âge de 24 ans, le jour de son anniversaire. »

La nouvelle a vite fait le tour des réseaux sociaux, et certains commentateurs se sont scandalisés de voir une figure controversée de l’extrême gauche associée à une marque plus associée au Diable s’habille en Prada qu’à La lutte des classes en France.

Pourtant, Louboutin a tout compris du public de sa nouvelle star qui, de son côté, a tout compris ce qu’elle pouvait tirer de l’hypermédiatisation de sa cause.

Contre les « violences policières »

Assa Traoré s’est déclarée « contre les violences policières » depuis la mort de son frère Adama à la suite d’une interpellation par des gendarmes le 16 juillet 2016.

Le jeune homme, bien connu des services de police, meurt malgré un massage cardiaque et l’intervention du samu. La nouvelle déclenche une semaine de violences nocturnes contre la police à Beaumont-sur-Oise où s’est déroulé le drame.

Depuis ce moment s’est engagée une bataille d’expertises et de contre-expertises judiciaires entre la famille Traoré et les gendarmes. L’enjeu ? Essayer d’établir la responsabilité ou non des forces de l’ordre dans le décès du jeune homme. À l’heure actuelle, le feuilleton judiciaire suit son cours.

Dans cette triste guerre de tranchées, Assa Traoré joue de manière totalement décomplexée la carte de la médiatisation. Les avocats des gendarmes ont dénoncé à plusieurs reprises des méthodes qui, selon eux, font pression sur le fonctionnement apaisé de la justice.

Pour Me Rodolphe Bosselut, interrogé par Le Point :

« La famille Traoré estime qu’elle est aux prises avec une justice raciste. Mais les investigations menées depuis 2016 le montrent : il n’y a pas de violences policières. Le dossier est ouvert sur le grief de « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Or toutes les constatations des médecins légistes ont établi qu’il n’y avait pas trace de la moindre violence. »

Antiracisme woke

Assa Traoré s’est en effet construit une image de rempart contre le racisme, reprenant le message woke et indigéniste très en vogue dans les pays de langue anglaise. En juillet 2019 elle déclare dans les colonnes du journal Le Parisien :

« Notre combat est universel. Il dénonce la répression policière vécue par les jeunes de couleur dans les quartiers populaires. L’affaire Adama a permis de mettre à nu un système répressif, autoritariste et violent qui s’appuie sur une justice à deux vitesses. »

Le wokisme a largement été abordé dans les colonnes de Contrepoints. La spécificité de sa redéfinition du combat contre le racisme tient à son caractère « systémique » : c’est toute l’institution policière qui est raciste, comme toutes les institutions républicaines car elles tendent à privilégier les Blancs et à dominer les personnes de couleur.

Sous ce traitement, c’est l’ensemble des relations sociales qui sont racialisées, comme le dénoncent les tenants de la conception « universaliste » de l’antiracisme, qui elle n’essentialise pas la couleur de peau pour en faire une arme contre les « puissants ».

Un public radical chic

L’antiracisme woke d’Assa Traoré est populaire auprès des people. Parmi les soutiens médiatiques d’Assa Traoré, on compte Youssoupha, Kery James, Mac Tyer ou encore Omar Sy, Christine & the Queens, IAM et Yannick Noah.

Un public « radical chic », aurait pu dire Tom Wolfe, qui est aussi le public cible de Louboutin.

Plus généralement, l’idéologie woke a bonne presse auprès des élites éduquées qui sont passées par les grandes universités et les écoles les plus cotées. Beaucoup d’entre elles sont devenues des bastions de ce nouveau phénomène de « maoïsme culturel » comme l’ont montré Greg Lukianoff et Jonathan Haidt dans The Coddling of American Mind.

La convergence des luttes se ferait-elle donc entre quartiers sensibles et CSP++ ? En tout cas, pour Louboutin, c’est une opération de comm’ réussie. Les rebelles 2.0 pourront parader en Louboutin sur les campus de Harvard ou Princeton la conscience tranquille.

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