Covid : le jour d’après, « sauf que »

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« La vie d’avant me hèle » dit-il en trépignant. Bientôt la délivrance, sortez les coupelles et soufflez les trompettes. Il est l’heure du temps d’avant.

Par Karl Eychenne.

Sauf que. Refermer une parenthèse dépend de ce qu’on y a mis dedans. Pensez à une valise pleine de toutes ces choses tellement nécessaires mais encombrantes, et que vous n’arrivez pas à fermer. Hé bien, la parenthèse Covid c’est un peu ça.

On y a mis tout et n’importe quoi, et tout ça en même temps : des mots, des maux, des idées, des bêtises, du PIB, de la dette, des inégalités, et même de la culture… Ce genre de parenthèse gloutonne est toutefois assez rare. Manque de bol on est tombé dessus.

La parenthèse Covid est devenue tellement chargée que se pose la question de sa fermeture. Le souci est que l’objet le plus encombrant qu’on y trouve est aussi celui dont nous aurons le plus de mal à nous débarrasser. Il s’agit de notre hébétude aboulique, ce regard hagard qui dure, cette incompréhension face à ce qui n’était pas censé advenir.

Nous, la seule espèce à pouce opposable capable d’envoyer des Hommes dans l’espace, nous n’avons pas été capables de nous protéger contre un pangolin, à moins que ce soit un autre hôte car il faut le rappeler : nous ne savons toujours pas qui a joué l’interface entre l’infecté (nous) et l’infectieux (virus).

Admettons que nous parvenions quand même à refermer la parenthèse Covid. Elle sera quand même bien lourde à trimbaler. Nous nous imaginons reprendre la vie tambour battant, le cœur vaillant. Mais il n’est pas exclu que l’on redémarre plutôt claudicant, errant à hue et à dia, avec une bonne gueule de bois. « Le genre de tête dans les fesses que même un bon dolipranus ne vous fera pas passer », comme dirait le fêtard masqué.

Certes, nous allons bien devoir rallumer l’interrupteur. Mais sortir de la grotte après y avoir été confinés si longtemps peut nous éblouir dans un premier temps. Puis viendra le temps du dessillement et enfin du soulagement.

Covid et coulrophobiques

Pire que tout, il nous faudra gérer cette nouvelle phobie que nous avons développée tout au long de cette crise : la coulrophobie… Il s’agit de la peur des clowns. Pas ceux des cirques pour enfants avec leur gros nez rouge, mais ceux qui passèrent à la télé avec leur blouse blanche.

Heureusement, la réciproque n’est pas vrai : ce n’est pas parce que tous les clowns portent une blouse blanche que toutes les blouses blanches sont portées par des clowns. Autrement dit, il y a eu des bonnes blouses blanches. Malheureusement ce ne furent pas celles invitées le plus souvent afin de nous informer.

C’est ainsi. Avant la campagne de vaccination nous eûmes droit à la campagne de vaticination. Ces oraisons funèbres d’oracles nous prévenant du déluge si nous faisions l’inverse de ce que les autres oracles disaient. « L’ennemi est bête, il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui ! », comme nous le rappelait déjà Pierre Desproges.

Et puis quand même, un peu de bienveillance. Pensons à nos semblables. Faire tomber le masque d’un seul coup d’un seul ne risque-t-il pas d’effrayer votre voisin ? Et que verrons-nous désormais le soir sur les plateaux télé ? Que deviendront ces chroniqueurs en blouse blanche ? Que deviendront tous ces graphistes spécialistes de la courbe qui monte de manière exponentielle ? Et tous ces masques alors, combien de soirées à thème ou de jeux pour adultes afin de tous les recycler ?

Enfin les question qui fâchent

Une fois ces questions techniques réglées, viendra alors le temps des questions qui fâchent, celles cachées sous le tapis parce que franchement, c’était pas le moment :

  • le quoi qu’il en coûte que coûte, ca coûte combien en fait ?
  • la monnaie des banques centrales, vous mettez quoi pour que ca pousse aussi vite ?
  • la dette c’est vraiment chouette ?
  • pourquoi les marchés financiers étaient-ils vaccinés avant nous ?

Et il ne faudra pas rester à peindre la girafe trop longtemps, car l’histoire s’aigrit vite, l’amertume et le ressentiment pèsent lourd avec le temps. Fatalement, viendra le temps du contrefactuel, « et si on avait fait ceci ou cela, alors… ».

Promis, on ne nous y reprendra plus ? On fera le nécessaire pour ne pas se faire confiner une nouvelle fois ? À voir.

« La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. L’homme est une création du désir, et pas une création du besoin. » Gaston Bachelard.

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