2021 : le bal des pleureuses

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La France, pleine de pleureuses protégées, ne montrera de volonté de réforme que lorsqu’il n’y aura plus de protection.

par h16

C’est la catastrophe en République Populaire Démocratique du Bisounoursland : alors qu’on avait promis à tous des vallées de lait et de miel, les soucis s’accumulent, des petits mentons tremblotent de tristesse et certains ont même du mal à retenir leurs larmes.

Eh oui : tout ne se passe décidément pas comme prévu et le sort semble même faire l’exact contraire de ce qu’on voulait. Ainsi, plus on impose gentiment l’inclusion, la solidarité, le bien commun et l’intérêt général, plus l’exclusion, l’égoïsme et les intérêts personnels semblent s’imposer… Comme c’est étrange ! On dirait vraiment que l’introduction aux forceps de l’État et de la bureaucratie, des règles et du législateur dans la vie de tous, partout et tout le temps ne permet d’augmenter sensiblement le bonheur que de ceux qui établissent les lois à leur profit !

Zut alors ! Voilà qui est gênant et d’autant plus qu’à l’occasion de crises plus fréquentes et plus profondes, les raisons de rouspéter s’accumulent… Ce que s’empressent de faire ceux pour qui les médias ont d’ailleurs toujours eu micro ouvert.

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Alors que la situation ne semble pas s’améliorer, c’est donc une véritable noria incessante de groupes d’intérêts, de syndicalistes, de représentants officiels ou non, de figures tutélaires et autres délégués qui défilent sur les plateaux télé, radio, dans les tribunes des journaux subventionnés. Tous n’ont qu’un cri : ce qui nous arrive est abominaffreux, le monde – qu’on nous avait promis gentil et duveteux – n’est que méchancetés et aspérités pointues, c’est un scandale.

C’est bien évidemment le cas des personnels soignants qui n’en peuvent plus, sont à bout de force et sont débordés dans des services aux effectifs et aux moyens sous-dimensionnés, et ce alors même que moyens et masse salariale n’ont cessé d’augmenter sur les 30 dernières années dans ce secteur.

La pandémie joue ici un simple rôle de révélateur d’une vérité qu’il ne fait pas bon écrire : l’hôpital public se fout de la rentabilité, de l’optimisation des équipes et des moyens, croule sous la tamponnocratie compulsive et ce n’est absolument pas nouveau. Il suffit de se rappeler les cataractes de témoignages des années précédentes expliquant tous les mêmes choses, sans pandémie pour camoufler :

Ces personnels débordés sont rejoints par les enseignants qui, eux aussi, sont débordés, manquent de moyens et sont même mis en danger au contact d’élèves potentiellement bourrés de miasmes mortels. L’hécatombe observée chez les enseignants en exercice permet d’ailleurs de corroborer leurs peurs et de ne pas prendre les empilements de revendications diverses, les préavis de grèves et leurs manifestations plus ou moins vives pour de l’agitation politique habituelle à leur paroisse.

Et puisqu’on parle enseignants, ce serait dommage d’oublier les enseignants-chercheurs qui, eux, pleurnichent parce que leur ministre les a blessés en les accusant d’être islamo-gauchistes. Finalement, il y a toujours une bonne raison d’aller ouvrir son cœur aux micros mous des radios et des télés !

Pour les policiers, on appréciera leur position un tantinet paradoxale puisqu’ils gémissent tristement sur le peu d’estime qu’ils obtiennent de la part des citoyens ; c’est étonnant de la part de ces derniers de ne pas faire un petit effort quitte à développer un gentil syndrome de Stockholm, alors que l’individu lambda se fait maintenant harceler depuis des mois par le zèle trop souvent débile d’une maréchaussée bien trop heureuse de pruner le père de famille solvable, le conducteur fou à 82 km/h sur route de campagne ou le randonneur inconscient, seul en forêt, plutôt qu’aller remettre un peu d’ordre dans certains quartiers très émotifs de la Non-République Française.

Manifestement, la violence au quotidien est de plus en plus fréquente (et sur ce point, c’est exact) et nos forces de l’ordre préfèreraient ne jamais en rencontrer (on le comprend, mais ce n’est pas exactement le fondement de leur mission, n’est-ce pas).

On ne pourra pas non plus s’affranchir de noter que ce gros vague-à-l’âme touche aussi nos militaires : eux aussi, confrontés à la violence, semblent de plus en plus réticents à envisager sereinement leur mission. Dans leur récente tribune (maintenant célèbre), ils pleurnichaient par anticipation d’avoir un jour à agir en cas de guerre civile, c’est-à-dire à faire le travail pour lequel ils sont payés.

De façon moins surprenante, on notera qu’on n’entend guère les cris et les grincements de dents de tous les indépendants, les commerçants, les entrepreneurs divers et variés qui ont dû faire une croix sur au moins six mois d’activités depuis un peu plus d’un an et qui sont souvent au bord de la faillite, du suicide ou ruinés. Les pleurs des uns n’ont pas le même retentissement que les pleurs des autres.

Force est de constater qu’une fois encore en République Populaire Démocratique du Bisounoursland, ce sont finalement toujours les mêmes qui se plaignent amèrement d’une situation douloureuse, en la mettant sur le dos pratique de la société dans le cas le plus flou, ou de la pandémie dans un sursaut de précision, tout en oubliant que le principal facteur, la cause-racine des maux observés n’est autre que l’étatisation de la société pour l’un et la gestion étatique de cette pandémie pour l’autre.

Ont été ainsi créés des bastions, des États dans l’État, des mandarinats, des chasses gardées qu’il est devenu impossible de réformer ; et ce sont ces choix (catastrophiques) de collectivisation complète des soins ou de l’éducation qui aboutissent à ces problèmes, à commencer par l’illusion de gratuité de ces services qui entraîne des dérives de coûts invraisemblables et une lourdeur de plus en plus cadavérique de la bureaucratie attachée pour tenter de contrôler en vain ce qui s’y passait, qui aboutit à son tour à une impossibilité de réforme.

Alors qu’une part croissante de la population, silencieuse ou – pire – sans écoute subit de plein fouet les décisions de plus en plus criminelles de nos gouvernants pour s’enfoncer dans la misère, ces couinements stridents de professions protégées et, au fond, engluées dans leur volonté de ne rien changer, ont un côté de plus en plus gênant : on a si puissamment enfoncé dans le crâne de tous que l’État était devenu indépassable, qu’il était la source de toute chose, de toute action et de toute réaction, la solution à tout problème, que même les professions et ceux qui les exercent et sont censés représenter à la fois l’autonomie et l’indépendance sont devenus les premiers à chouiner pour que cet État leur apporte soutien et réponse à leurs problèmes, alors qu’il en est la cause.

On doit s’étonner de les voir pleurer pour faire le travail pour lequel ils sont payés (avec nos impôts qui ne diminuent pas du reste) : que leurs conditions d’exercice soient effectivement pourries est assez évident mais qu’ils réclament davantage de ce qui a propulsé leur situation dans l’ornière montre un gros problème de logique interne. Ou bien l’ornière n’est pas si inconfortable, ou bien ces pleureuses illustrent bien l’adage selon lequel on ne peut attendre de quelqu’un qu’il comprenne quelque chose alors qu’il est payé pour l’ignorer.

S’ils veulent l’estime de leurs concitoyens, mais qu’ils arrêtent de les emmerder, pardi ! Et tant qu’à choisir parmi ceux à victimiser, qu’ils prennent donc pour cible ceux qui pondent ces lois iniques, et pour lesquelles elles devraient aussi s’appliquer !

S’ils ne veulent pas être mis en danger dans leur travail, qu’ils le quittent à raison et rejoignent le camp pépère des professions exposées au marché et aux lubies de nos gouvernants, pour comparer : ces départs en masse d’adultes conscients qui prennent leurs responsabilités finiront par provoquer un vrai débat. Le reste n’est malheureusement que de la fanfreluche et le levier par lequel, justement, l’inique perdure, les réformes sont repoussées et chacun reste à sa place.

S’ils ne veulent plus s’épuiser à batailler contre la bureaucratie qui les enlise, qu’ils cessent donc de voter pour plus de bureaucratie ! Qu’ils cessent de vouloir régenter la vie des autres car à la fin, c’est évidemment la leur qui se trouve régentée !

De façon générale, ceux qui ne veulent pas se trouver en première ligne lorsque la merde va heurter le ventilateur doivent arrêter de fournir de l’électricité à ce ventilo, ne plus voter pour ceux qui ne sont que des ventilos et arrêter d’adouber ceux qui alimentent la pompe à merde.


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