Comment échapper au flicage fiscal par l’économie numérique ?

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Les contribuables se penchent à nouveau sur leur déclaration d’impôt. Surprise pour certains, le fisc connaît les revenus de leurs ventes d’objets ou de locations effectuées sur les sites intermédiaires.

Par Simone Wapler.

Vinted, Leboncoin, eBay, Airbnb… vous avez pris l’habitude de vendre ou même louer sur ces sites d’intermédiation ? Cette année, les montants de vos transactions apparaissent sur votre déclaration de revenus pré-remplie.

C’est le fruit de la réglementation qui depuis 2020 oblige ces plateformes de mise en correspondance de communiquer à l’administration française l’identité des personnes cumulant plus de 3000 euros annuels de ventes ou effectuant plus de 200 ventes annuelles. Pour les locations meublées, le plafond est fixé à 365 euros.

Évidemment, le fait que ces sommes apparaissent ne signifient pas encore que vous deviez acquitter des impôts sur le revenu dans le cas de revente d’objets vous ayant appartenu. Tout au moins, pas encore…

Dans le cas de la location meublée, le régime fiscal « micro-bic » s’applique entre 305 euros et 72600 euros. L’État vous taxera à votre taux d’imposition sur la moitié des loyers que vous aurez perçus. Au-delà de 23 000 euros, vous devrez aussi abandonner 17,2 % en plus au titre des prélèvements sociaux ». Au delà de 23 000 € de recettes, c’est le prélèvement des charges sociales qui s’applique.

Dur, dur, la vie de contribuable dans le pays le plus taxé au monde. Que voulez-vous, si la Banque centrale européenne créait aussi tout l’argent de nos impôts, il n’y aurait plus de justice fiscale ! Il faut bien que le riche souffre quoi qu’il arrive. L’expiation de ses crimes est à ce prix.

Contre le flicage fiscal, le retour en grâce de la brocante

Si tout ce flicage vous exaspère, il vous reste les brocantes pour vendre vos objets. Si vous ne voulez pas passer pour un ringard réfractaire au numérique ou un complotiste possédé par un délire orwellien, vous direz que vous défendez les circuits de proximité de la brocante face aux multinationales tentaculaires. Ceci vous rangera dans le camp du bien des écolos. La fréquentation des brocantes nécessitera un peu de créativité pour le recyclage de votre cash. Priez pour que Bercy ne considère pas cela comme du blanchiment si vous le déposez dans votre banque où votre conseiller pourrait saisir Tracfin à propos de vos comportements suspects.

Le bitcoin et les cryptomonnaies n’échapperont pas au flicage fiscal

De l’autre côté de l’Atlantique, le récent recul du bitcoin est attribué à la volonté de Biden de doubler la taxation aux plus-values pour les contribuables gagnant plus de un million de dollars. En France, tout contribuable connaît cette musique par cœur : l’impôt commence par ne frapper que quelques-uns puis très vite l’assiette (qui est proportionnelle à la pitance du gouvernement) s’élargit. Cet incident doit rappeler que les cryptomonnaies sont très dépendantes de la politique fiscale. Dès que la Banque centrale en prendra ombrage, il suffira de taxer à la sortie les mouvements qui devront être communiquées à Bercy par les sites d’échange ayant pignon sur rue tels que Coinbase ou Kraken.

L’étau se resserre sur les locations en meublé

Airbnb a permis de populariser la location en meublé en ouvrant des débouchés bien plus larges. Du coup, de nombreux habitants de grandes villes fréquentées par une clientèle touristique ou d’affaires y ont vu l’opportunité d’une source de revenus complémentaires. De même, des investisseurs lassés des encadrements de loyers et des contraintes pesant sur l’immobilier d’habitation traditionnel, se sont tournés vers cette formule. Ceci déplait à certaines mairies dont celle de Paris. Hidalgo prévoyait de réduire la durée maximale autorisée par la loi concernant la location de sa résidence principale et de passer le plafond actuel de 120 jours à 30 jours annuels. Las, une commission de 20 Parisiens (dernière mode parodique de la démocratie de proximité) a retoqué le projet. Malgré cet échec, anticipons que cette petite marge de manœuvre pour obtenir des revenus complémentaires va se rétrécir. L’autre façon de parvenir à matraquer cette pratique consistera à durcir encore la fiscalité sur les revenus encaissés.

La rage de l’impôt n’enrichit pas, elle appauvrit

Si la politique fiscale et redistributive de notre pays fonctionnait si bien, nous ferions partie des pays les plus prospères au monde.

Nous avons les dépenses publiques les plus élevées d’Europe, soit 62,1 % du PIB (voire 66,8 %) en 2020.

Pourtant, en richesse (PIB) par habitant, nous n’occupons que le 21ème rang mondial.

Les 25 pays les plus riches par habitant :

flicage fiscalSource : https://www.visualcapitalist.com/mapped-the-25-richest-countries-in-the-world/

Les pays nordiques (Norvège, Suède, Danemark) – souvent cités comme modèles de social-démocraties – sont plus riches que la France tout en prélevant beaucoup moins ; respectivement 58 %, 54 % et 53 %.

Il serait urgent que les Français se vaccinent aussi contre La Rage de l’Impôt et le flicage fiscal pour limiter cette spirale de l’appauvrissement, du chômage et du partage de la misère.

Mise à jour : l’article a été corrigé le 27/04/2021. L’erreur portait sur le régime fiscal « micro bic ».

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