Élections à Madrid : Isabel Diaz Ayuso face à une gauche radicalisée

Madrid BY Michael Hirst (CC BY-NC-ND 2.0) — Michael Hirst , CC-BY

Retour sur les enjeux d’une campagne pour les élections à Madrid, marquée par la violence verbale et physique de la gauche espagnole.

Par César Casino Capian.

Le 10 mars 2020, la présidente de la Communauté Autonome de Madrid Isabel Diaz Ayuso anticipait le dépôt d’une motion de censure par l’opposition et la probable trahison de son partenaire de coalition Ciudadanos par la dissolution du parlement régional et la convocation d’élections autonomiques pour le 4 mai prochain. Retour sur les enjeux d’une campagne marquée par la violence verbale et physique de la gauche espagnole.

La Communauté Autonome de Madrid, un havre de liberté détesté par la gauche

La Communauté Autonome de Madrid est gouvernée par le Parti Populaire (PP, centre-droit) depuis maintenant 26 ans, années durant lesquelles la région est devenue le moteur économique de l’Espagne, supplantant une Catalogne minée par les névroses obsessionnelles de ses dirigeants indépendantistes.

Le succès économique de la Communauté Autonome de Madrid s’explique par l’application d’une politique économique et fiscale libérale facilitée par la décentralisation espagnole.

Depuis le début des années 2000, Madrid n’a jamais cessé de baisser ou de supprimer les impôts qui relèvent de sa compétence : suppression de l’impôt sur la succession en 2006, suppression de l’impôt sur le patrimoine en 2008, baisses de la part de l’impôt sur le revenu qui revient à la Communauté de Madrid en 2007, 2011, 2014, 2015 et 2018. Cette diminution générale de la pression fiscale s’est accompagnée d’une maitrise budgétaire remarquable : entre 2008 et 2020, c’est la région qui a le moins augmenté sa dette publique, se plaçant à la troisième place des Communautés Autonomes les moins endettées (14,3 % de son PIB en 2020).

Cette croissance s’est accompagnée d’une augmentation générale de la prospérité de ses habitants, dont le PIB par tête, supérieur à la moyenne européenne, est le plus élevé d’Espagne.

Bien évidemment, de tels résultats ont placé Madrid dans le viseur des nationalistes catalans et basques qui, soutenus par la gauche espagnole, ont accusé le PP d’avoir mis en place un « paradis fiscal » à partir duquel il serait fait concurrence au reste des Communautés Autonomes espagnoles.

Peu importe aux yeux de ses détracteurs que Madrid soit la région qui participe le plus à la redistribution des richesses, malgré un taux d’imposition plus bas que dans n’importe quelle autre Communauté Autonome.

En effet, le Fonds de Garantie des Services Publics, mécanisme mis en place par l’État pour financer les services publics dans les Communautés Autonomes les plus pauvres et ainsi réduire les inégalités territoriales, est composé à 68 % des transferts financiers issus de Madrid, contre 25,5 % issus de Catalogne, une région pourtant à la tête de la pression fiscale en Espagne… Eh oui, pour redistribuer la richesse, il faut d’abord la produire !

Le gouvernement de Pedro Sanchez, qui a pourtant fait de la décentralisation son cheval de bataille pour répondre aux capricieux nationalismes basque et catalan, menace désormais de recentraliser les compétences fiscales des régions, afin d’empêcher le gouvernement madrilène de mettre en place une politique dont le grand défaut est de mettre en évidence l’inanité de sa propre stratégie économique.

Isabel Diaz Ayuso, nouveau cauchemar de Pedro Sanchez

La pandémie de Covid-19 est venue renforcer l’exception madrilène, puisque la présidente Isabel Diaz Ayuso a mobilisé ses compétences sanitaires pour imaginer une gestion libérale de la crise destinée à maintenir un équilibre entre protection de la santé et économie : déploiement de tests massifs pour prévenir la transmission du virus, construction d’un hôpital de 1000 lits exclusivement dédié aux patients Covid-19 pour alléger la charge pesant sur le système hospitalier de la Communauté Autonome, réduction minimale des libertés fondamentales, etc.

Ainsi, les conséquences sanitaires de la pandémie à Madrid sont comparables à celles de Paris, autre capitale européenne à la densité comparable. Mais à Madrid les bars, restaurants, musées, théâtres et salles de concerts n’ont pas fermé depuis le premier confinement instauré par le gouvernement central. Cela a permis à la capitale espagnole d’être, aux côtés de l’Andalousie, la seule Communauté Autonome espagnole à avoir créé de l’emploi depuis octobre 2020.

Mécontent de la réussite d’une stratégie alternative à la sienne, Pedro Sanchez a donc fait d’Isabel Diaz Ayuso sa principale opposante durant la pandémie. Ainsi, une victoire de la présidente sortante aux élections autonomiques serait logiquement interprétée comme un désaveu du gouvernement central et un échec personnel de Pedro Sanchez, plus que comme une défaite locale des socialistes madrilènes.

Le succès d’Isabel Diaz Ayuso vient confirmer qu’au-delà de son succès économique et social, le PP madrilène a toujours eu le don d’agacer la gauche par sa capacité à produire des personnalités politiques intelligentes et courageuses, dont les plus ambitieuses sont des femmes : Esperanza Aguirre, Cristina Cifuentes et maintenant Isabel Diaz Ayuso.

Cette réalité est très dure à avaler pour le Parti Socialiste (PSOE), une formation qui se prétend à la tête de la lutte contre le sexisme supposé de la droite espagnole mais qui n’a jamais été capable de désigner une candidate à la présidence de la Communauté Autonome (Source : Twitter : @ElAzoteProgre6).

Pour résumer, Isabel Diaz Ayuso est devenue la nouvelle égérie de la droite libérale espagnole, autant par ses mérites déployés durant la pandémie que par le fait qu’elle symbolise la résistance au sectarisme de la gauche espagnole.

Du « socialisme ou liberté » au « communisme ou liberté »

Lors de sa première conférence de presse postérieure à la dissolution du parlement, la présidente madrilène fit une déclaration percutante : « Le 4 mai, je veux que ce soient les citoyens qui choisissent entre le socialisme et la liberté ». Ces mots ne manquèrent pas de faire enrager la gauche espagnole et ses sbires médiatiques, lesquels après l’avoir appelée « imbécile », « inférieure », « imprésentable », « d’un douteux équilibre mental », « dangereuse et sans scrupules » ou encore « idiote », l’accusèrent de crisper la campagne.

Mais c’était sans compter sur l’arrivée d’un invité exceptionnel dans cette course à la radicalité : le vice-président du gouvernement et fondateur de Podemos en personne, Pablo Iglesias. Le 15 mars, le « Leader Maximo », fidèle représentant des ouvriers du quartier populaire de Vallecas depuis son nouveau chalet de 280 m2 avec maison de gardien, piscine et terrain de 2000 m2, acheté pour la modique somme de 600 000 euros (officiellement1), pourfendeur de la « caste » politique et illustre défenseur des opprimés, sonnait l’alerte antifasciste et sacrifiait son poste au gouvernement pour libérer Madrid d’une extrême droite fantasmée.

Il n’a fallu que quelques heures à Isabel Diaz Ayuso pour changer de slogan : désormais, ce serait « communisme ou liberté ».

Élections à Madrid : quelles options pour la liberté ?

Dans un sondage du 11 avril, le quotidien ABC pronostiquait une victoire écrasante d’Isabel Diaz Ayuso, qui obtiendrait 43 % des voix. Ce résultat lui permettrait de gouverner avec le soutien de Vox, qui semble en mesure de conserver sa douzaine de députés. Quant à Ciudadanos, il est probable que la formation n’atteigne pas le seuil de représentation de 5 % des voix.

À gauche, trois partis sont en lice. Le PSOE madrilène, mené par l’insipide Angel Gabilondo, qui s’est autodéfini en début de campagne comme le candidat « fade, sérieux et formel », est crédité de 23 % des voix. Mas Madrid, formation créée en 2018 par le co-fondateur de Podemos Íñigo Errejón afin de permettre une alternative à la direction stalinienne de Pablo Iglesias au sein de Podemos, pourrait obtenir 12,8 % des voix. Quant à Unidas Podemos, il risque de ne pas y avoir d’effet Iglesias, puisque la formation n’est créditée que de 7 % des voix, ce qui est très proche du seuil de 5 %, en dessous duquel Podemos n’aurait pas de siège au Parlement madrilène.

Il reste encore trois semaines de campagne : malgré le harcèlement médiatique qu’elle subit, Isabel Diaz Ayuso a toutes ses chances de l’emporter et d’infliger une défaite cinglante à une gauche plus radicalisée que jamais.

Campagne pour les élections à Madrid : tous les coups sont permis

Pedro Sanchez est désormais pris au piège de sa confrontation avec la présidente madrilène : de peur de subir un désaveu de sa stratégie liberticide et infantilisante, il est obligé de s’engager dans la campagne. Du haut de ses conférences de presse hebdomadaires, que certains appellent en hommage à Hugo Chavez Aló Presidente, le chef de l’exécutif s’est engagé de plein dans la campagne électorale en multipliant les promesses irréalisables et les attaques ad feminem :

  • Le 8 avril, Sanchez annonçait l’arrivée de 87 millions de doses de vaccins entre avril et août, ce qui permettrait atteindre les 70 % de la population vaccinée à la fin de l’été. Le même jour, la chancelière allemande annonçait prudemment que l’Allemagne pourrait recevoir 83 millions de doses de vaccins entre avril et août. Ce qui nous amène à une question : comment Pedro Sanchez pourra-t-il obtenir de l’Union européenne plus de doses que l’Allemagne, alors même que la population espagnole n’est que de 46 millions d’habitants, et l’allemande de 83 millions ? Le mystère demeure…
  • Depuis plusieurs mois, Isabel Diaz Ayuso déplore le manque de transparence du gouvernement dans la répartition des vaccins entre les Communautés Autonomes, et dénonce que la sienne en reçoit moins de doses que prévu. Afin de pallier cette insuffisance et augmenter le rythme de vaccination, le gouvernement autonomique s’est mis en contact début avril avec les représentants de Sputnik pour négocier le possible achat de doses du vaccin russe. Ces discussions ont été immédiatement dénoncées par Pedro Sanchez, qui a reproché à la présidente madrilène son manque de « solidarité et de loyauté». Un jour plus tard, on apprenait que l’Allemagne était en contact avec les autorités russes et demandait l’accord de l’Agence Européenne du Médicament pour acheter le vaccin Sputnik : quelques heures seulement après avoir sermonné la présidente madrilène, Pedro Sanchez s’est rétracté et s’y est montré favorable.
  • Le 10 avril, lors d’une conférence de presse au Sénégal, Sanchez accusait sans aucune preuve la Communauté de Madrid de falsifier les statistiques des malades et des décès de la Covid-19 à Madrid. Pour rappel, l’Institut National de Statistiques fait état d’une différence de 21 000 morts de la Covid-19 entre ses chiffres et les chiffres du ministère de la Santé lors de la première vague de la pandémie (mars-mai 2020). L’accusation a donc de quoi faire sourire.

En ce qui concerne la fiscalité, le gouvernement a convoqué une « commission d’experts » pour déterminer les axes majeurs d’une prochaine réforme d’harmonisation fiscale. Les conclusions de ces 17 universitaires nommés par la ministre du Budget Maria-Jesus Montero n’auront rien d’indépendantes : le gouvernement a d’ores et déjà annoncé que ces travaux justifieraient une augmentation de la pression fiscale.

Quelques semaines seulement après les accusations de « dumping fiscal », il est clair qu’il s’agit d’une attaque implicite contre le modèle fiscal de la Communauté de Madrid. L’annonce de cette réforme a même mis mal à l’aise certains socialistes madrilènes : cette ingérence du gouvernement dans la campagne décrédibilise le candidat socialiste à la présidence de la Communauté Autonome, Angel Gabilondo, qui a promis de ne pas augmenter les impôts à Madrid s’il était élu.

Cette réforme risque de plaire à Pablo Iglesias, dont l’essentiel du programme repose sur une augmentation des impôts existants et la création de nouvelles taxes (écologique, touristique, sur les propriétés vides des grands propriétaires, etc.).

On notera également une promesse d’un sectarisme inédit : la fermeture, en pleine pandémie, de l’hôpital Isabel Zendal, dont le seul défaut est d’avoir été construit par une dirigeante de droite, dérobant ainsi à la gauche son monopole moral de la défense du système de santé publique.

Good cop, bad cop

La gauche espagnole partage un même constat : le Parti Populaire d’Isabel Diaz Ayuso et Vox incarnent une extrême droite intolérable que les partis démocrates doivent exclure de la vie politique. « Le 4 mai, nous avons une opportunité historique d’empêcher la droite machiste, raciste, homophobe et anti ouvriers d’obtenir le pouvoir à Madrid », disait Iglesias lors de l’annonce de sa candidature.

Dans cette campagne de dénigrement, les formations d’extrême gauche font le sale boulot : expulser la droite du spectre de l’acceptabilité par la diffamation et la déshumanisation de ses candidats. Les dirigeants de Podemos, une formation pourtant ouvertement financée par le régime iranien, insistent sur l’insécurité fantasmée des minorités dans le Madrid d’Ayuso : la ministre de l’Égalité, Irene Montero, prétendait ainsi que « les femmes ne se sentent plus en sécurité à Madrid », alors que son mari Pablo Iglesias rapportait la prétendue confession d’un ami gay, qui disait vouloir quitter Madrid en cas de victoire d’Ayuso, directement responsable selon lui d’un « retour à Madrid d’une pression homophobe ».

Monica Garcia, candidate de Mas Madrid, s’enfonçait encore plus dans la caricature en déclarant le 5 avril qu’elle « n’avait aucune envie qu’avec Ayuso et Monasterio, ses filles retournent à la Section féminine » (en référence à la section féminine de la Phalange Espagnole, parti unique du franquisme).

Quant aux socialistes, ils s’accommodent des logorrhées caricaturales de leurs alliés : leur leader, Angel Gabilondo, peut ainsi jouer le social-démocrate modéré qui se refuse à toute polarisation, au point de déclarer fin mars que les socialistes ne négocieraient aucun accord avec Podemos : « Avec ce Pablo Iglesias, je ne peux pas ». Comme Pedro Sanchez, qui avait passé la campagne des élections législatives de 2019 à s’ériger en candidat du dialogue et à affirmer qu’il ne gouvernerait jamais aux côtés du populisme de Podemos, Gabilondo devra trouver une bonne excuse pour rompre sa promesse en cas de victoire de la gauche à Madrid, sous réserve de ne jamais pouvoir gouverner.

Face au diable, la violence devient légitime

« Je préfère parler d’extrême droite et non de Vox. Si je dis Vox, cela suppose que je les humanise », déclarait le 14 mars José Antonio Serrano, nouveau maire socialiste de la ville de Murcie. Le 19 mars, Pablo Iglesias affirmait que « Le PP, c’est le symbole de la délinquance et du crime » et menaçait ensuite Isabel Diaz Ayuso : « dès qu’on enquêtera sur elle, il est probable qu’elle soit mise en examen et finisse en prison ».

Lors de la campagne pour les élections autonomiques catalanes, on avait pu assister aux agressions répétées commises par des militants d’extrême gauche indépendantiste contre les adhérents de Vox. À Madrid, la tendance s’est confirmée : la déshumanisation de l’adversaire a viré à sa diabolisation, ce qui rend la violence à son encontre acceptable.

Le 8 avril, Vox avait convoqué un rassemblement à Vallecas, un quartier ouvrier de Madrid traditionnellement porté à gauche. À la manière de vulgaires trafiquants de crack défendant leur coin de rue dans la série The Wire, les dirigeants de Podemos ont instantanément déclaré sur les réseaux sociaux que les militants de Vox ne pourraient se rendre dans leur quartier sans que cela soit perçu comme une provocation.

Sur la Place de la Constitution, rebaptisée Plaza Roja par Podemos, les militants de Vox qui tenaient un meeting se sont retrouvés encerclés par plusieurs centaines de militants d’extrême gauche venus les intimider et leur jeter des pierres. Quatorze manifestants en sont sortis blessés, dont le député de Vox Angel Lopez, touché par un lancer de pierre. Du côté des policiers, les autorités ont comptabilisé 21 blessés.

 

Le lendemain des affrontements, plusieurs syndicats policiers ont dénoncé la maigreur du dispositif de maintien de l’ordre. Des représentants de Jupol, syndicat majoritaire de la police espagnole, déclaraient que le dispositif était « clairement insuffisant pour contrôler des émeutes prévisibles » : les policiers n’avaient pas reçu d’instructions de leur hiérarchie ministérielle afin maintenir une distance suffisante entre manifestants et contre-manifestants pour éviter les jets de pierre et agressions. Une plainte a été déposée par ce même syndicat contre sa hiérarchie ministérielle.

Les partis de droite (PP, Vox, Ciudadanos) ont fermement condamné la violence et dénoncé les atteintes aux libertés politiques gravement menacées lorsque les rassemblements politiques de certains partis sont constamment perturbés par des manifestants violents.

Chez les socialistes, on a condamné la violence, mais toujours avec cette petite touche d’équidistance suspecte : « L’extrémisme s’alimente de l’extrémisme. […] Les attitudes violentes sont toutes déplorables », déclarait Angel Gabilondo.

Au-delà d’être d’une vacuité sans précédents, cette phrase est problématique car elle met sur un pied d’égalité la défense pacifique d’opinions politiques, que promeut Vox, et les agressions violentes commises sur des opposants politiques, soutenues par l’extrême gauche.

Pour Gabilondo, la violence est certes condamnable mais s’explique presque lorsque le discours visé est jugé extrémiste. Quant à Pedro Sanchez, il nous a rappelé que la ligne qui séparait sa prétendue social-démocratie de la radicalité communiste était de plus en plus fine en Espagne, en refusant de condamner la violence et en accusant Vox de s’être rendu à Vallecas pour « provoquer l’affrontement ».

Le lendemain de l’agression, les femmes des combattants se rassemblaient sur la Plaza Roja pour « désinfecter Vallecas du fascisme » à l’eau de javel. Plusieurs dizaines de femmes mais très peu d’hommes ont répondu à l’appel de leurs maîtres pour nettoyer les lieux et y neutraliser le « virus du fascisme ».

L’esprit des travaux collectifs d’antan demeure !

  1. Le média Ok Diario a mis en évidence que la valeur réelle du chalet serait supérieure aux 600000 euros déclarés et s’approcherait plutôt de 800 000 euros.
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.