Isabel Diaz Ayuso, une gestion libérale de la crise sanitaire

Isabel Diaz Ayuso by EPP Group on the CoR-2019(CC BY 2.0) — EPP Group on the CoR,

La gestion sanitaire par la libérale Isabel Diaz Ayuso met la gauche espagnole au bord de la crise de nerfs.

Par César Casino Capian.

Après une gestion centralisée et autoritaire de la première vague de la pandémie de Covid-19, caractérisée par le confinement le plus dur de l’Union européenne, le gouvernement espagnol s’est illustré par un déconfinement chaotique : « Nous avons vaincu le virus. […] Maintenant, il est temps de sortir, de ne plus avoir peur et de récupérer notre économie », déclarait début juin Pedro Sanchez.

Cet orgueil s’est vite estompé : face à la perspective d’une seconde vague, le gouvernement central s’est empressé de déléguer ses compétences sanitaires aux exécutifs régionaux.

Dès lors, la présidente de la Communauté Autonome de Madrid Isabel Diaz Ayuso (Parti Populaire) a entrepris une gestion libérale de la crise sanitaire, ce qui lui a valu de devenir la bête noire de la gauche espagnole. Retour sur une campagne de dénigrement qui en dit long sur le sectarisme de l’exécutif socialo-communiste…

La gauche crache son venin politique et médiatique

Même le correspondant de Libération en Espagne s’est joint à la fête ! Son article du 15 mai, intitulé « Isabel Diaz Ayuso, femme au bord de la crise droitière », reprenait mot pour mot quelques-unes des critiques les moins pertinentes relayées en mai par les journaux espagnols acquis au gouvernement de Pedro Sanchez : accusée d’avoir passé son confinement dans un « appart-hôtel de luxe », Ayuso aurait même « affirmé sans rire que le D de Covid correspond à décembre, mois où il serait entré en Espagne » avant de « quitter brusquement une réunion officielle de prévision pour se rendre à la messe » (en réalité, elle avait demandé à intervenir en premier lors de la réunion afin de se rendre à la cathédrale de l’Almudena pour une messe dite en l’honneur des victimes de la Covid).

Depuis le début de la pandémie, les insultes pleuvent : « imbécile, inférieure » (Amparo Rubiales, PSOE), « incompétente », « imprésentable », « d’un douteux équilibre mental » (Oscar Puente, PSOE), « dangereuse et sans scrupules », « idiote » (Juan-Carlos Monedero, Podemos).

Mais la palme du raffinement revient tout de même à Juan Manuel del Olmo, ancien député et secrétaire aux Communication et aux Technologies de l’information de Podemos, et à 198, sa marque de vêtements, qui a posté sur son compte Instagram le message « Ayuso, caracoño » (Ayuso, tête de chatte).

Mais pourquoi tant de haine ?

Outre le fait d’être de droite et de tradition catholique (deux crimes impardonnables pour une gauche espagnole revancharde qui rêve de rejouer une guerre civile qu’elle a perdue), Isabel Diaz Ayuso est l’élément perturbateur qui empêche la prise de contrôle par la gauche espagnole de la vitrine de la Communauté de Madrid, qui lui résiste depuis plus de 25 ans.

De surcroît, elle a eu le malheur de proposer une gestion libérale de la crise sanitaire et de ne pas avoir sa langue dans sa poche lorsqu’il s’est agi d’évaluer la gestion du gouvernement central, qu’elle a jugée « autoritaire », voire « dictatoriale ».

En effet, depuis qu’elle a repris la main sur la gestion de la pandémie, la présidente madrilène a constamment rappelé qu’il n’y aurait pas de santé publique à long terme sans préserver l’économie : « On ne meurt pas que de la Covid », avait-t-elle déclaré en octobre 2020.

Ainsi, sa stratégie s’est centrée sur quelques axes :

Évolution du nombre de morts de la Covid-19 à Madrid. Source : ministère de la Santé.

Nombre de morts par jour de la Covid-19 à Madrid. Source : ministère de la Santé.

Sans affirmer que la gestion purement sanitaire de la pandémie à Madrid a été parfaite, les graphiques montrent tout de même que depuis qu’il est en charge de la pandémie, le gouvernement régional l’a gardée sous contrôle.

En revanche, on ne peut que saluer que Madrid soit la région d’Espagne où les libertés fondamentales et économiques sont les mieux préservées : depuis la fin de la première vague, les commerces, restaurants, théâtres et salles de concerts n’ont pas fermé, tandis que le couvre-feu, avancé à 10 heures depuis le 22 janvier, était auparavant fixé à minuit. Le Monde titrait le 23 décembre « À Madrid, le spectacle continue ».

Le gouvernement central engage un bras de fer

Bien que formé par des partis qui se prétendent « fédéralistes » -entendez fédéralisme par « favorable à une décentralisation politique tant que les gouvernements régionaux qui en résultent ne sont pas de droite » -, le gouvernement PSOE-Podemos n’a pas apprécié la résistance à son égard, marquée par une défaite cinglante face aux tribunaux, ni l’efficacité de la stratégie alternative mise en place par Ayuso.

C’est pourquoi, face à la volonté affichée de la présidente madrilène de nuire le moins possible à sa population par des restrictions économiques, l’exécutif a mené une politique volontairement punitive et discriminatoire à l’encontre des madrilènes  politiquement à l’opposé d’Isabel Diaz Ayuso.

Ainsi, en mai dernier, le gouvernement a maintenu pendant deux semaines la capitale dans une phase de déconfinement qui l’empêchait de rouvrir ses commerces, alors que la situation sanitaire ne le justifiait plus et que l’immense majorité des autres Communautés Autonomes avaient été autorisées à sortir du confinement et à reprendre l’activité économique.

Pour défendre ce traitement de défaveur à l’égard de la Communauté de Madrid, l’exécutif a précisé que la décision avait été prise par un Comité d’experts du déconfinement. Fin juillet, on apprenait par un rapport du défenseur des droits espagnol que ce Comité d’experts n’avait jamais existé.

L’acharnement s’est poursuivi fin août : alors qu’une rentrée scolaire incertaine approchait, les deux principaux syndicats de gauche annonçaient une grève des professeurs pour s’opposer à l’organisation prévue par l’exécutif d’Isabel Diaz Ayuso.

UGT -le syndicat associé au PSOE- et CC. OO. -le syndicat historique du Parti communiste espagnol, désormais absorbé par Podemos- dénonçaient l’insuffisance des effectifs embauchés par le gouvernement régional pour mener à bien la rentrée scolaire. Deux semaines plus tard, quelques cas seulement étaient détectés dans quatre établissements et le Conseiller d’éducation madrilène vantait le succès de la rentrée scolaire à Madrid.

Quand la gauche dénonce la construction d’un hôpital public !

Inauguré le 1er décembre, l’Hôpital de pandémies et d’urgences Isabel Zendal, construit en trois mois par la Communauté autonome de Madrid, dispose d’une capacité de 1000 lits qui seront dédiés aux réanimations des malades moins graves de la Covid-19.

Avec ses 80 000 mètres carrés, il est trois fois plus grand que l’hôpital construit par le gouvernement chinois à Wuhan. L’exécutif madrilène compte ainsi soulager la pression sur son système de santé pour continuer à concilier la gestion de l’épidémie avec la santé économique.

La gauche espagnole, à l’image de sa consœur française, défend avec acharnement l’hôpital public, et aurait dû applaudir des deux mains l’initiative d’Isabel Diaz Ayuso.

Mais que nenni ! Depuis que la droite « néolibérale », responsable de tous les maux sur terre et dont Isabel Diaz Ayuso est la grande représentante en Espagne, a construit un hôpital public pour répondre aux besoins liés à la pandémie, la haine et le sectarisme l’emportent sur le dogme…

Ainsi, afin de poursuivre sa campagne de dénigrement à l’encontre d’Isabel Diaz Ayuso, la gauche espagnole a dû plonger dans les abysses de sa mauvaise foi :

  • Le journaliste Antonio Maestre dénonçait l’absence de chirurgiens au sein de l’hôpital, ce qui n’a rien d’étonnant puisque l’hôpital est dédié aux réanimations de malades moins graves de la Covid-19, lesquels n’ont pas besoin de chirurgies.

  • La députée de l’opposition Mónica García Gómez dénonçait l’absence de dexaméthasone, un anti-inflammatoire efficace contre le Covid-19, une information immédiatement démentie par le coordinateur de l’hôpital.

  • Le groupe d’opposition Mas Madrid en est arrivé à partager sur son compte Twitter le slogan suivant : « Nous n’avons pas une dent contre l’hôpital Zendal : nous en avons peur».

Sur Twitter, une horde de militants s’est empressée de colporter quelques critiques risibles et un nombre élevé de fausses informations : la nourriture de l’hôpital serait mauvaise ; l’hôpital est trop éloigné et il faut s’y rendre en métro ; il n’y aurait pas de machines à café ; les patients doivent marcher pour se rendre aux toilettes ; un patient est mort des suites d’un arrêt cardiaque aux toilettes, etc.

À titre de comparaison, le 24 janvier dernier, le gouvernement socialiste de la région de Valence a dû démonter et évacuer en urgence un hôpital de campagne de 30 lits fait de tentes démontables, car les patients prenaient l’eau et les tentes menaçaient de s’envoler à cause de la bourrasque Philomène…

Aux dernières nouvelles, le personnel de l’hôpital fait face à des sabotages : prises débranchées, systèmes d’évacuation bouchés, interrupteurs détruits, médicaments dérobés, etc. Face à ces actes, l’hôpital a renforcé ses mesures de sécurité et déposé plainte auprès des autorités. L’opposition n’a pas condamné ces sabotages, et c’est pourquoi Ayuso a insinué lors d’une session parlementaire que ces actes pourraient être le fait d’infirmiers et de médecins proches des syndicats de gauche.

Et les travailleurs, dans tout ça ?

La haine que voue la gauche médiatique à l’égard d’Isabel Diaz Ayuso n’est pourtant pas partagée par les travailleurs touchés par la crise économique.

En effet, depuis quelques semaines, on assiste dans plusieurs endroits d’Espagne à des chants plutôt cocasses lors de manifestations de travailleurs du secteur hôtelier. Le 28 janvier, dans le quartier réputé indépendantiste de Vic, à Barcelone, les travailleurs scandaient : « Ayuso, viens ici ! »

Même chose le 3 février, mais à Albacete, une région gouvernée par le PSOE, où les manifestants arboraient des pancartes « Nous voulons une Ayuso ! »

 

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