Les pièces de 1 et 2 centimes d’euros cassent leur pipe

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OPINION : à cause de l’inflation grandissante et des prix toujours plus ronds, les pièces de 1 et 2 centimes sont délaissées, et si elles étaient supprimées ?

Par Matthieu Verry.

Ferraille encombrant notre porte-monnaie, les pièces de 1 et 2 centimes sont délaissées. De Paris à Marseille ou de Nantes à Strasbourg, ces pièces sont laissées à leur sort dans la rue. Anciennement données à l’Église ou aux Pièces Jaunes, cet argent utile dans un autre temps doit trouver le chemin du repos.

A cause de l’inflation grandissante et des prix toujours plus ronds, la pièce rouge se meurt. Enterrée dans les tirelires d’enfants ou les pots de confiture, la petite monnaie sort régulièrement du circuit de distribution pour être stockée.

La monnaie fiduciaire française

Comprenant pièce de monnaie et billets de banque, la monnaie fiduciaire est remise en question. Cette forme de monnaie qui est la plus ancienne n’arrive pas à se réinventer alors que l’euro est utilisé par 342 millions de citoyens, dans 19 États membres de l’Union européenne.

Ces pièces rouges sont émises par les pays de la zone euro et par les pays ayant établi des accords avec les autorités européennes – Andorre, Monaco, Saint-Marin et le Vatican – soit actuellement 23 pays. Les Français possèdent en moyenne 150 pièces par habitant, contre 250 pièces par habitant en Allemagne.

« Statistiquement parlant, chaque citoyen de la zone euro détient 181 de ces pièces », souligne la Commission européenne dans un rapport de 2018.

La France étant la première destination touristique mondiale, les deux tiers du temps, les pièces qui circulent sur notre territoire ne proviennent pas de l’Hexagone. Or, les centimes d’euros ne font que très peu de va-et-vient, par exemple, pour les achats de pain, de journaux ou de cigarettes.

Au 1er janvier 2021, il y avait 37 421 979 853 pièces de 1 centime en circulation au sein de la zone euro, pour une valeur totale de 374 219 799 euros. La petite monnaie représente 48 % des pièces fabriquées chaque année ce qui représente 61 milliards de pièces frappées tous les ans – soit près de la moitié des pièces émises dans la totalité de la zone euro.

Une enquête de la BCE en 2018, rapporte que la majorité des citoyens de la zone euro serait favorable à la suppression des pièces de 1 et de 2 centimes dont 58 % des Français.

Comment supprimer les pièces de 1 et 2 centimes ?

L’idée de ces suppressions est d’arrondir l’ensemble des prix1. Par exemple, 2,98 euros donnera 3 euros et 2,97 euros donnera 2,95 euros. Dans cette idée, entre septembre et janvier une consultation en ligne a recueilli l’avis des citoyens européens. Si la décision de règles d’arrondi est faite d’ici fin 2021 par la Commission européenne, la France ne retirerait ces deux pièces rouges qu’en 2022.

Les pièces ont un prix, combien coûte la frappe de ces centimes d’euros ?

Chaque pièce de 1 centime d’euros coûte 4,5 centimes à fabriquer selon une étude de 2005.

La Monnaie de Paris précise qu’elle fabrique environ 300 millions de pièces de 1 et 2 centimes par an. Ce qui revient à un coût de 1,350 milliard d’euros pour une valeur créée de 300 millions d’euros.

Quels arguments contre la suppression des pièces de 1 et 2 centimes ?

Ces pièces ont de l’importance en particulier chez les ménages aux revenus modestes. Cela peut représenter quelques euros voire quelques dizaines d’euros non négligeables. Ces pièces rouges ont un effet psychologique qui pousse à être plus attentif sur les prix et la manière dont les arrondis sont effectués : cela permet de prendre conscience de la valeur de l’argent.

Au niveau européen, les clivages grandissent sur le maintien de ces pièces. Au niveau français, certains citoyens – qui estiment déjà négatif  le passage à l’euro – y verraient encore une inflation. La monnaie perdra sa légitimité.

Or, la monnaie c’est in fine la confiance. Ce sujet est très sensible, et si les prix des produits du quotidien sont arrondis à la hausse – par exemple le prix du café – cela sera très mal perçu. Selon certains économistes, les petits commerces risquent d’être davantage impactés que le secteur de la grande distribution car ils n’acceptent pas tous la carte de crédit –  encourageant ainsi l’argent liquide.

Quels arguments pour la suppression des pièces de 1 et 2 centimes ?

Ces pièces sont composées d’acier recouvert de cuivre rouge – d’où leurs couleurs caractéristiques – ce qui en fait un produit toxique. Si le gouvernement ne donne aucun chiffre sur le bilan carbone de la création des pièces rouges, l’impact écologique est réel.

La Banque de France estime que depuis 2002, 8 milliards de pièces en euros ont été perdues nécessitant d’en créer d’autres. Ainsi, les Français reçoivent davantage de pièces qu’ils en dépensent.

Ils utilisent également toujours davantage le paiement sans contact pour de petits achats. Selon la Banque de France, 68 % des paiements dans le commerce de détail sont réalisés en liquide en France, avec 40 % de la consommation intérieure française réglée par carte bancaire. L’État pousse vers le zéro cash en privilégiant les transactions numériques. Ainsi, le gouvernement veut mieux contrôler les flux financiers et éviter les fraudes des transactions non déclarées. De plus, le consommateur sera gagnant en étant moins manipulé par des prix psychologiques – consistant à mettre un produit à 99,99 euros au lieu de 100 euros.

Cela signifie-t-il une hausse des prix ?

Cinq pays en Europe ne fabriquent plus les pièces de 1 et 2 centimes pour leur marché intérieur : les Pays-Bas, la Finlande, l’Italie, l’Irlande et la Belgique – soit près de 100 millions de citoyens de l’UE.

En arrondissant les prix au 0 ou au 5 centimes le plus proche du chiffre exact, aucune inflation n’a été visible. De même, quand l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont supprimé leurs pièces de 0,01 dollar aucune inflation n’a été observée.

Supprimer les pièces de 1 et 2 centimes, encore un pas vers la monnaie numérique ?

Il est temps que la Commission européenne tranche ce débat et se débarrasse de ces vieilles lunes. Dans son rapport d’une cinquantaine de pages, elle envisage quatre possibilités pour ces pièces de 1 et de 2 centimes : l’émission à coûts réduits, le retrait rapide, la suppression progressive et le statu quo.

Par ailleurs, la Banque de France croit en l’avenir des billets puisqu’elle a réalisé un investissement de 250 million d’euros dans une nouvelle usine d’impression près de son implantation historique de Chamalières en Auvergne. Ainsi, La Banque de France a révélé dans un dernier rapport que la demande de billets de banque est en hausse de 7 % en moyenne par an malgré l’avancement des monnaies dématérialisées.

Comme les billets de 5 euros doivent être changés en moyenne tous les 6 mois à cause de leur circulation, une idée serait de mettre en activité des pièces de 5 euros : plus résistantes dans le temps, plus écologiques et économiques.

  1. Le SPF Finances a précisé que le montant total de l’addition sera arrondi et non chacun des articles.
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