Avortement et clivage politique : les États-Désunis d’Amérique

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Les débats sur l’avortement se poursuivent au États-Unis. Mais au-delà du débat sur l’avortement, la plus grande division du pays est politique.

Par Pierre-Guy Veer.

Ce n’est un secret pour quiconque connait l’histoire des États-Unis : la division de sa Guerre de Sécession entre le Nord et le Sud est encore visible.

Et ce n’est pas une simple question de religion bien que les anciens États confédérés sont souvent désignés par l’expression Bible Belt traduisant leur forte proportion de croyants.

Avortement

Si les débats sur l’avortement étaient une source d’énergie, les États-Unis auraient l’électricité la plus propre de la planète.

Mais contrairement à la plupart des pays industrialisés qui limitent l’accès à l’avortement durant les quinze premières semaines de grossesse, certains États de cette zone géographique, notamment l’Arkansas et le Texas, veulent complètement l’interdire voire le punir de la peine de mort.

Les conservateurs votent ces lois et pensent pouvoir l’emporter, surtout depuis la nomination de six juges réputés conservateurs à la Cour Suprême fédérale favorables à cette législation.

Ils pourraient être déçus : Amy Comey Barrett, nommée dans les semaines suivant la mort de Ruth Ginsburg, ne s’est pas clairement prononcée sur l’arrêté Roe v. Wade permettant l’IVG durant le premier trimestre. Elle a fait comme son prédécesseur Elena Kaigan, et affirmé que ses convictions personnelles n’entraient pas en ligne de compte.

En même temps que les ultra-conservateurs souhaitent pénaliser l’avortement, plusieurs États semblent vouloir le considérer comme un moyen de contraception accessible à tout moment de la grossesse. À New York, il est maintenant autorisé après 24 semaines de grossesse « si la santé de la mère est en danger ».

Par exemple, l’interruption d’une grossesse survenue à la suite de violences domestiques n’est plus considérée comme un meurtre. En Virginie, au lieu de trois médecins, un seul peut maintenant décider si un avortement tardif est justifié et ce bien sûr, aux frais du contribuable ; et les chiffres sont trafiqués.

Si des pratiques plus que douteuses sont exposées au grand jour, comme avec le Projet Veritas, on a vite fait de condamner ces journalistes pour atteinte à la vie privée au lieu de s’attarder sur les pratiques de prélèvements de tissu fœtal, même si elles sont plus tard confirmées sous serment.

La montée de Donald Trump

Au-delà du débat sur l’avortement, la plus grande division du pays est politique. Elle oppose principalement les centres urbains démocrates et les régions plus rurales républicaines. Les premiers, majoritaires en nombre, sont incapables de concevoir que certains puissent voter républicain.

Ils ne se rendent pas compte qu’ils sont en partie responsables du phénomène Trump. En effet, plutôt que de tenter un rapprochement avec leurs pairs américains, ils s’efforcent de les rabaisser à la moindre occasion.

Même Barack Obama et Hillary Clinton ont pris part à la mêlée en qualifiant de « déplorables » « s’accrochant à leurs fusils et à leur religion » les populations rurales et les supporteurs de Trump.

Par ailleurs, tout commentaire un tant soit peu critique de l’islam est considéré islamophobe, rendant même certains alliés des démocrates hostiles à cette cancel culture. Pourtant, l’islamophobie existe bel et bien chez les conservateurs, parmi lesquels certains se targuent de combattre l’implantation de la Shakira Law (sic).

Quelqu’un qui ose questionner des pratiques douteuses comme le crime d’honneur ou la misogynie est vite taxé d’islamophobe et le débat prend fin, cédant la place à la montée de populistes, tel Donald Trump, qui considère qu’avec plus de 74 millions de votes à la dernière élection, il a visiblement retenu l’attention par ses politiques ou son franc-parler.

Ce n’est pas en disant de ces électeurs qu’ils ont le cerveau lessivé ou en utilisant des insultes que ceux-ci vont changer leur fusil d’épaule. Et pourtant, ce ne sont pas les raisons qui manquent pour détester Trump.

Mais Joe Biden est mal parti pour unifier le pays comme il le promettait. En plus d’avoir rompu plusieurs de ses promesses, il pratique aussi l’insulte gratuite à l’encontre des États qui abandonnent l’obligation du port du masque.

Pourtant, au 2 février 2021, trois des cinq États avec la mortalité per capita la plus élevée sont majoritairement démocrates : New York, le Massachussetts et le New Jersey. La Floride a levé ses restrictions il y a longtemps, et le Texas l’a fait le 10 mars. Bien que supérieurs à la Californie, ces États sont néanmoins en dessous de la moyenne nationale de 132 morts pour 100 000 habitants.

Les États-Unis ne mériteront pas leur nom de sitôt. La rupture entre les républicains et les démocrates est si profonde – et les médias et politiciens ne font que jeter de l’huile sur le feu – que les États ne feront que dériver vers plus de différences.

Tenteront-ils de se séparer ? N’y comptez pas. Leur guerre civile a laissé des traces, et plusieurs États comme la Californie sont tellement dépendants du fédéral – 45,8 % des terres – qu’une séparation causerait un cauchemar inimaginable.

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