Avortement et clivage politique : les États-Désunis d’Amérique

Les débats sur l’avortement se poursuivent au États-Unis. Mais au-delà du débat sur l’avortement, la plus grande division du pays est politique.

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Avortement et clivage politique : les États-Désunis d’Amérique

Publié le 16 mars 2021
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Par Pierre-Guy Veer.

Ce n’est un secret pour quiconque connait l’histoire des États-Unis : la division de sa Guerre de Sécession entre le Nord et le Sud est encore visible.

Et ce n’est pas une simple question de religion bien que les anciens États confédérés sont souvent désignés par l’expression Bible Belt traduisant leur forte proportion de croyants.

Avortement

Si les débats sur l’avortement étaient une source d’énergie, les États-Unis auraient l’électricité la plus propre de la planète.

Mais contrairement à la plupart des pays industrialisés qui limitent l’accès à l’avortement durant les quinze premières semaines de grossesse, certains États de cette zone géographique, notamment l’Arkansas et le Texas, veulent complètement l’interdire voire le punir de la peine de mort.

Les conservateurs votent ces lois et pensent pouvoir l’emporter, surtout depuis la nomination de six juges réputés conservateurs à la Cour Suprême fédérale favorables à cette législation.

Ils pourraient être déçus : Amy Comey Barrett, nommée dans les semaines suivant la mort de Ruth Ginsburg, ne s’est pas clairement prononcée sur l’arrêté Roe v. Wade permettant l’IVG durant le premier trimestre. Elle a fait comme son prédécesseur Elena Kaigan, et affirmé que ses convictions personnelles n’entraient pas en ligne de compte.

En même temps que les ultra-conservateurs souhaitent pénaliser l’avortement, plusieurs États semblent vouloir le considérer comme un moyen de contraception accessible à tout moment de la grossesse. À New York, il est maintenant autorisé après 24 semaines de grossesse « si la santé de la mère est en danger ».

Par exemple, l’interruption d’une grossesse survenue à la suite de violences domestiques n’est plus considérée comme un meurtre. En Virginie, au lieu de trois médecins, un seul peut maintenant décider si un avortement tardif est justifié et ce bien sûr, aux frais du contribuable ; et les chiffres sont trafiqués.

Si des pratiques plus que douteuses sont exposées au grand jour, comme avec le Projet Veritas, on a vite fait de condamner ces journalistes pour atteinte à la vie privée au lieu de s’attarder sur les pratiques de prélèvements de tissu fœtal, même si elles sont plus tard confirmées sous serment.

La montée de Donald Trump

Au-delà du débat sur l’avortement, la plus grande division du pays est politique. Elle oppose principalement les centres urbains démocrates et les régions plus rurales républicaines. Les premiers, majoritaires en nombre, sont incapables de concevoir que certains puissent voter républicain.

Ils ne se rendent pas compte qu’ils sont en partie responsables du phénomène Trump. En effet, plutôt que de tenter un rapprochement avec leurs pairs américains, ils s’efforcent de les rabaisser à la moindre occasion.

Même Barack Obama et Hillary Clinton ont pris part à la mêlée en qualifiant de « déplorables » « s’accrochant à leurs fusils et à leur religion » les populations rurales et les supporteurs de Trump.

Par ailleurs, tout commentaire un tant soit peu critique de l’islam est considéré islamophobe, rendant même certains alliés des démocrates hostiles à cette cancel culture. Pourtant, l’islamophobie existe bel et bien chez les conservateurs, parmi lesquels certains se targuent de combattre l’implantation de la Shakira Law (sic).

Quelqu’un qui ose questionner des pratiques douteuses comme le crime d’honneur ou la misogynie est vite taxé d’islamophobe et le débat prend fin, cédant la place à la montée de populistes, tel Donald Trump, qui considère qu’avec plus de 74 millions de votes à la dernière élection, il a visiblement retenu l’attention par ses politiques ou son franc-parler.

Ce n’est pas en disant de ces électeurs qu’ils ont le cerveau lessivé ou en utilisant des insultes que ceux-ci vont changer leur fusil d’épaule. Et pourtant, ce ne sont pas les raisons qui manquent pour détester Trump.

Mais Joe Biden est mal parti pour unifier le pays comme il le promettait. En plus d’avoir rompu plusieurs de ses promesses, il pratique aussi l’insulte gratuite à l’encontre des États qui abandonnent l’obligation du port du masque.

Pourtant, au 2 février 2021, trois des cinq États avec la mortalité per capita la plus élevée sont majoritairement démocrates : New York, le Massachussetts et le New Jersey. La Floride a levé ses restrictions il y a longtemps, et le Texas l’a fait le 10 mars. Bien que supérieurs à la Californie, ces États sont néanmoins en dessous de la moyenne nationale de 132 morts pour 100 000 habitants.

Les États-Unis ne mériteront pas leur nom de sitôt. La rupture entre les républicains et les démocrates est si profonde – et les médias et politiciens ne font que jeter de l’huile sur le feu – que les États ne feront que dériver vers plus de différences.

Tenteront-ils de se séparer ? N’y comptez pas. Leur guerre civile a laissé des traces, et plusieurs États comme la Californie sont tellement dépendants du fédéral – 45,8 % des terres – qu’une séparation causerait un cauchemar inimaginable.

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  • En Europe, nous avons tendance à considérer une baisse de participation à des élections comme un affaiblissement de la démocratie : ce qui est certain, c’est qu’une forte hausse traduit, surtout dans un système bi-partisan, une encore plus forte hausse du clivage politique

  • C’est pareil en France : entre les métropoles bobos et les provinciaux gilets jaunes…

    Le bien commun n’est pas l’objectif du collectivisme, mais c’est d’écraser tous ceux qui ne rentrent pas dans son moule (afin que ses contradictions qui ont toujours eu des conséquences épouvantables ne soient révélées).

  • L’opposition démocrate-républicain n’est pas une opposition entre états, mais entre ruraux et citadins. Voyez, dans le Wyoming, la ville vote démocrate. En Californie, les campagnes votent républicains.
    Les états « bleus » ont beaucoup de villes, les états « rouges » de campagnes, c’est tout. La division n’arrangerait rien du coup…

  • « Ruth Gainsberg »

    Ruth Ginsburg

  • Sur bien des points les conservateurs sont devenus ceux qui défendent la liberté, alors que la cancel culture n’est qu’une nième évolution de l’internationale socialiste, qui est d’ailleurs encore chantée par les démocrates et autres socialistes occidentaux.

    Sur l’islam: l’islamophobie n’existe que dans la tête de ceux qui ne connaissent pas l’islam.

    Car si on n’est pas musulman et que l’on connait le coran et l’histoire de l’islam, l’islamophobie n’est que de la pure légitime défense. Le coran prône d’imposer l’islam au monde entier. Les musulmans forment théologiquement une armée d’envahisseurs qui ont pour but de détruire notre culture, notre histoire, nos valeurs pour les remplacer par l’islam, de gréé ou de force.

    Les musulmans pratiquants ne le cachent pas et ils essayent déjà de retourner nos législations pour imposer légalement l’islam, quand ils ne font pas directement des attentats. Les musulmans modérés prétendent que tout cela est faux, mais ils sont en réalité une armée endormie, car dès lors que les musulmans pratiquants commenceront à devenir une force suffisante, ils les appuieront alors sans réserve.

    Cela se passe toujours comme cela depuis Mahomet. L’Empire byzantin a été détruit, alors qu’il était bien plus avancé militairement, scientifiquement et culturellement. Plus récemment l’Inde, qui a été amputée du Pakistan, le Liban et la Yougoslavie, qui ont fini en guerres civiles, et les quelques chrétiens qui restent en Turquie se font largement persécutés, etc. Quasiment tous les pays qui ont des minorités musulmanes ont des problèmes avec cette minorité.

    L’islam est une doctrine politique, religieuse et culturelle de conquête et d’asservissement. Les libéraux devraient être les premiers à s’opposer à l’islam, tout comme ils devraient être les premiers à s’opposer au socialisme.

    Il en est de même pour l’avortement. L’avortement viole le droit naturel des enfants, alors que du point de vue libéral, le droit naturel protège autant les enfants que les parents, et même les enfants qui ne sont pas encore sortis du ventre de leur mère et qui n’ont encore aucun moyen de s’exprimer…

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