Comment le capitalisme a libéré les femmes

Ce que les machines à laver nous enseignent sur les progrès économiques et l’évolution de la place des femmes dans nos sociétés.

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Comment le capitalisme a libéré les femmes

Publié le 29 décembre 2020
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Par Chelsea Follett, depuis les États-Unis.

Y a-t-il quelque chose qui a davantage transformé le monde qu’Internet ? L’économiste sud-coréen Ha-Joon Chang le pense. Il soutient l’idée qu’une invention, un vecteur de libération, a eu un impact bien plus important dans notre quotidien : la machine à laver ! Machine que le regretté Hans Rosling considérait comme la plus grande invention de la révolution industrielle. Parce qu’elle a libéré les femmes de la corvée du linge, ou du moins d’y consacrer une journée entière par semaine.

Résultat : les Américaines perdent à présent moins de 2 heures par semaine en moyenne pour cette tâche, et, aujourd’hui aux États-Unis, une plus grande proportion des ménagères défavorisées possède des machines à laver que n’en possédait la classe moyenne durant les années 1970. Même si la machine à laver est loin d’être la seule cause de l’émancipation des femmes en Occident, elle y a contribué à sa manière. « Sans la machine à laver, l’ampleur de la transformation du rôle des femmes dans la société et dans les dynamiques familiales n’aurait pas eu autant d’importance » avance Chang.

Temps consacré à la lessive (en nombre d’heures par semaine)

Source : Econweb and BLS

Et le changement se poursuit. Grâce à la croissance économique et à la rapide diminution de la pauvreté dans le monde, davantage de femmes possèdent ou ont accès à une machine à laver. Ainsi, une étude de 2013 estimait à 46,9 % le nombre de ménagères en possédant une à travers le monde en 2010. Cela signifie que le marché des machines à laver a des marges importantes de croissance – et qu’il existe là un grand potentiel humain, prêt à se déployer.

Prenez la Chine, le pays qui a connu la plus spectaculaire sortie de pauvreté, depuis que la libéralisation économique a permis à des centaines de millions d’individus de s’extraire de la misère. L’activité économique a été multipliée par 31 entre 1978, quand le pays a abandonné ses politiques économiques communistes, et 2016.

En 1981, moins de 10 % des Chinoises citadines possédaient une machine à laver, tandis qu’en 2011, le chiffre s’élevait à 97,05 %. En 1985, moins de 5 % des ménages ruraux possédaient une machine à laver, en partie à cause du coût, mais aussi parce qu’ils n’avaient pas accès à l’électricité. En 2011, le taux montait à 62,57 %. La possession d’une machine à laver est donc un indicateur utile pour apprécier les formidables progrès de la Chine ainsi que la réduction des écarts entre la ville et la campagne.

Taux d’équipement en machine à laver des ménages chinois

Source : Laili Wang, Xuemei Ding, Rui Huang and Xiongying Wu, “Choices and using of washing machines in Chinese households”, International Journal of Consumer Studies (38) 2014, pp. 104-109.

C’est une situation quelque peu différente en Inde, où les réformes économiques libérales n’ont débuté qu’en 1992, bien plus tard qu’en Chine. De 1992 à 2016, l’activité économique du pays a été multipliée par 4. Seulement 11 % des ménages possédaient une machine à laver en 2016.

Comme en Chine, c’est dans les zones urbaines que l’on compte le plus grand nombre de ménages possédant une machine à laver, jusqu’à 20 % dans les villes les plus peuplées. Cela signifie que beaucoup de femmes continuent de faire la lessive à la main, frottant et battant le linge des heures durant, parfois sans avoir accès à l’eau courante. Néanmoins, les choses s’orientent dans la bonne direction. À mesure que l’économie de l’Inde croît et que la pauvreté régresse, davantage de femmes pourront se libérer de cette sale corvée.

Que de chemin parcouru depuis le brevet déposé en 1937 par l’entreprise Bendix pour la première machine à laver automatique à usage domestique. Comme l’indiquait leur publicité dans le magazine Life de 1950, « l’esclavage de la corvée de lessive a disparu en seulement 13 ans » pour les femmes américaines. En 2007, Panasonic a lancé une machine à laver avec système de stérilisation, conçu spécifiquement pour répondre aux attentes des ménagères chinoises, et a grandement augmenté sa part de marché dans le pays.

Il est important de comprendre ce qui est à la racine de ce progrès. Non seulement la concurrence et la recherche du profit ont été nécessaires à l’invention de la machine à laver, mais c’est surtout l’élan capitaliste qui a favorisé le développement continu des marchés à destination de nouveaux clients dans les pays en voie de développement. Tandis que l’innovation marquait le pas dans les systèmes socialistes, le capitalisme a contribué à l’émergence d’innovations, bouleversant bien plus le quotidien des individus que n’importe quel autre système économique et permettant la plus forte hausse de niveau de vie de l’Histoire.

L’Afrique est le continent qui enregistre les pires records en matière de liberté économique, de pauvreté ainsi que d’accès aux technologies permettant d’économiser du temps. Mais même sur ce continent, le cercle vicieux tend à se briser, et le capitalisme aide, petit à petit, à réduire la pauvreté. Le nombre de personnes possédant une machine à laver reste faible, mais la plupart des Africains restent optimistes quant à leur avenir et leurs opportunités économiques.

Aujourd’hui, les machines à laver réalisent toujours les mêmes tâches qu’il y a 80 ans – tâches qui ne se limitent pas au nettoyage du linge. Ces machines ont transformé le quotidien des ménagères, permettant aux femmes d’utiliser leur temps et leurs ressources à des choses beaucoup plus constructives. Et via le taux d’équipement en machine à laver à travers le monde, on peut suivre les progrès des libertés économiques.

Un article publié initialement en mai 2017.


Sur le web.

 

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  • Reste à régler la monumentale corvée du repassage … Suis prête à dresser une statue tout aussi monumentale à celui ou celle qui invente le tissu qui ne se froisse (vraiment) jamais …. ; )

  • LOL, question d’argument pour étayer son point de vue sur le capitalisme.
    http://tnhistoirexix.tableau-noir.net/travailenfant.html

    • Quel est votre point ?

      • Mon point de vue est très simple c’est LOL.
        Le point de vue de l’auteur est partial pour un objectif partial, un classique ici.

        En effet on pourrait écrire le même article: comment l’énergie a libéré la femme, comment l’intelligence humaine qui créa les laves linges et la lessive, a libéré la femme, comment le soleil (source de toute vie sur terre) a libéré la femme (oui car il faut bien se nourrir pour créer des machines et enfin libérer la femme),……

        Tout est lié, on ne peut extraire une contribution et dire que tout lui est du.
        C’est la progrès dans son ensemble qui a libéré la femme et c’est loin d’être terminé.

        • @Leham
          « C’est le progrès dans son ensemble qui a libéré la femme  »
          Le cas du lave-linge, qui a donc libéré du temps aux femmes pour faire d’autres choses (personnelles et/ou familiales et/ou professionnelles) est un exemple de progrès. Progrès « Kapitaliste » puisque des entrepreneurs se sont certainement enrichis sur le dos de ces pauvres femmes, avides de consumérisme, et plus rapidement que ne l’ont fait l’énergie, qui existe depuis la création de l’Univers, il y a environ 13 milliards d’années, et que notre propre Soleil, qui est âgé de 4,57 milliards d’années seulement. Tous les deux ont bien pris leur temps. Le progrès « Kapitaliste » l’a fait en 13 ans : « Que de chemin parcouru depuis le brevet déposé en 1937 par l’entreprise Bendix pour la première machine à laver automatique à usage domestique. Comme l’indiquait leur publicité dans le magazine Life de 1950, « l’esclavage de la corvée de lessive a disparu en seulement 13 ans » pour les femmes américaines. »

        • Ce n’est pas partial, c’est une constatation.
          Votre « tout est lié » est simpliste (tout est dans tout et réciproquement) et fait peu de cas des liens de cause à effet : la mécanisation a libéré l’agriculteur en lui permettant de se consacrer à des tâches plus valorisantes, est-ce partial ?

          Il y a un lien entre lavage du linge et la femme, vous n’y pouvez rien, historiquement et sociologiquement ça s’explique… tout comme pour l’homme et les travaux des champs ou la chasse.

        • L’energie a liberé tous les humains. En revanche, du fait de la repartition sociale du travail qui attribuait massivement le linge aux femmes, l’accumulation capital destiné a la production de service de nettoyage (les machines a laver) a libéré du temps aux femmes.

          Le soleil n’a rien libere du tout. Une liberation impose par la logique des choses, une servitude prealable. Dites moi ce qui dans l’humanité représente une servitude antérieure a l’existence du soleil…
          Votre « Lol » n’est pas un argument. C’est un sophisme meprisant et pretencieux de gamin qui croit avoir trouvé un « loophole » dans un raisonnement. On est habitué à la médiocrité de ces réponses en république populaire du Frankistan. Vous manquez cruellement d’originalité.

    • @Leham
      Bonsoir,
      Les enfants n’ont pas commencé à être exploités par les salauds de patrons au XIXème siècle. Les enfants travaillent dans les fermes de leurs parents depuis l’apparition de l’agriculture. Ils travaillaient pour les seigneurs et autres aristrocrates/nobles au Moyen-Age. Pendant la Préhistoire, ils allaient chasser assez tôt, vu que l’espérance de vie n’atteignait même pas 30 ans. C’est ce qu’on appelle le progrès, et donc oui, il y a eu des mauvaises périodes. Vous devez râler parce que le progrès n’est pas arrivé au même moment pour tout le monde, n’est-ce pas ? Ce salaud de patron sur la gravure aurait dû être taxé à 68% déjà à cette époque, pour la redistribution des richessses ! Mais que faisaient les socialistes !?

      Il est question de Victor Hugo dans votre lien, qui était contre le travail des enfants, et il avait bien raison. Je vous conseille la petite histoire de son contemporain Guy de Maupassant « Aux champs ».
      texte ici : http://www.bmlisieux.com/litterature/maupassant/auchamp.htm

      • Dans le Tiers-monde nombreux sont les enfants qui meurent de faim, et donc pour eux travailler leur sauve la vie. Les bobos ont beaucoup de mal à comprendre quelle est la vie des pauvres dans ces pays misérables. Trouver un travail permet à toute une famille de survivre! Je sais, il vaudrait mieux qu’ils aillent à l’école, en théorie, mais ils n’ont pas le choix! Tout comme les enfants d’agriculteurs du passé et de nos jours encore dans les pays pauvres!

        • @Virgile
          Bonjour,
          Dans le Tiers-Monde, il y a beaucoup d’enfants qui travaillent et qui préfèreraient aller à l’école. Certains récoltent de quoi survivre dans les décharges publiques, pieds-nus et sans protection respiratoire. Les bobos ne comprennent pas les pauvres, ceux-ci les incommodent. Ils s’en servent seulement de faire-valoir. Ils voudraient aussi que les pays d’Afrique, tel le Mali par exemple, aient déjà l’eau potable, la Sécu’, le SMIC, etc…, et ne comprennent pas que sans structure économique stable et viable dans un contexte politique d’Etat de Droit, cela n’est pas possible. Ces pays progressent comme ils le peuvent. Dans ces pays, travailler permet d’améliorer sa condition de vie. Chez nous, ceux qui travaillent sont punis.

      • Sur l’esclavage des enfants et la machine à laver, un souvenir d’il y a longtemps : les premières machines ne comportaient pas de fonction d’essorage – il fallait tordre le linge – puis sont apparues les machines avec séchoir : deux rouleaux à tourner à la manivelle, évacuant l’eau par compression du linge. Ce fut une de mes rares contributions aux tâches ménagères

  • Ça fait plaisir de voir un article sérieux, je veux dire concret ! Cela dit constat a été établi depuis longtemps (mais ça valait la peine de le répéter) par Alfred Sauvy et surtout Jean Fourastié (voir Fourastié.org) qui l’ont bien sûr étendu à tous l’électroménagers et bien d’autres choses. Lorsque j’allais dans les pays communistes, j’étais frappé par le fait que le plan prévoyait des moyens pour le militaire, puis pour les hommes mais que les produits et le matériel de base pour les femmes n’existaient pas. C’est bien le capitalisme qui s’est soucié d’elles !!!
    Par ailleurs 1000 fois d’accord sur les commentaires relatifs au repassage. Il y a bien longtemps mon écrivaine de fille n’achète que de l’indéfroissable, même imparfait !

    • Oui le constat avait déjà été posé. Le jour où je l’avais lu je ne sais plus où, j’en avais parlé à ma soeur et ma femme en « taquinant », en leur disant que la machine à laver avait fait plus pour elles et leur emploi que toutes les féministes du monde… J’avais eu à peine le temps de sortir !…

  • Quand les chasseurs cueilleurs ont su comment faire pousser des plandes ils se sont sédentarisés. Première révolution !!!!!!!!!

  • Les commentaires sont fermés.

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