Néolibéralisme, le libéralisme autoritaire ?

Friedrich August von Hayek, 27th January 1981, the 50th Anniversary of his first lecture at LSE, 1981 By: LSE Library - Flickr Commons

En ralliant Schmitt et Hayek sous la bannière des opposants à l’État-providence, remplacé par un « État total » super-régalien, Grégoire Chamayou transforme ses adversaires en nazis.

Par Vilfredo Burgess.

Le terme de « libéralisme autoritaire » n’est pas neuf1, mais jouit d’une nouvelle actualité avec la parution d’un ouvrage traduit et présenté par Grégoire Chamayou aux éditions Zones intitulé Du libéralisme autoritaire, qui met face à face les textes de deux juristes de la République de Weimar, Carl Schmitt et Hermann Heller.

Grégoire Chamayou considère que ces deux auteurs que tout oppose, l’un fasciste, l’autre antifasciste, l’un catholique et raciste, l’autre juif et antiraciste, pourraient éclairer la genèse du néolibéralisme, qu’il nomme « libéralisme autoritaire ».

Un terme qui peut sembler oxymorique, car on s’est habitué, peut-être à tort, à identifier le libéralisme avec une réduction de la taille et du domaine d’intervention de l’État.

Grégoire Chamayou souligne pourtant que cette réduction de la taille de l’État n’est pas incompatible avec une société répressive, qui dépolitise la société (par exemple en luttant contre les mouvements de grève et les syndicats) pour repolitiser l’État, réduit à ses fonctions régaliennes, et il croit en voir le modèle dans l’œuvre de Carl Schmitt, un modèle que personne, sauf la Nouvelle Droite et l’ultra-gauche, ne voudrait assumer.

Pourtant, il nous paraît que ce rapprochement fait état d’une mécompréhension des conceptions divergentes de l’État dans la philosophie et plus encore dans le cadre de pensée intellectuel du néolibéralisme. Un terme vague, mais dont on croit comprendre qu’il se réfère au renouveau libéral qui a traversé les années 1970 et 1980 dans le contexte de l’ère Reagan-Thatcher, que l’on entend également parfois désignée sous le nom de « révolution conservatrice », ce qui ne fait qu’ajouter au flou conceptuel qui entoure la caractérisation politique de cette période récente en la rapprochant de l’autre période désignée généralement sous ce nom, à savoir les mouvements intellectuels de droite réactionnaire sous la république de Weimar (Oswald Spengler, Arthur Moeller van den Bruck, Ludwig Klages, Ernst Jünger et Carl Schmitt).

Rappelons brièvement qui est Carl Schmitt. Nous renvoyons le lecteur à l’édition française de La Notion de politique, son ouvrage séminal, et à la préface qu’en a fait Julien Freund, pour une présentation plus exhaustive2.

Carl Schmitt est, comme le rappelle du reste Grégoire Chamayou, un des plus importants juristes allemands du XXe siècle. Il est impliqué dans des débats politiques autour de la question de la sécularisation : en 1921, il défend dans Théologie politique que les concepts politiques sont tous des concepts théologiques sécularisés, et revendique une conception décisionniste de la souveraineté (« Est souverain celui qui décide en situation exceptionnelle. ») qui le sépare nettement de la tradition libérale qu’il n’aura de cesse d’attaquer.

Le politique (défini comme une « substance » qui innerve l’ « instance » de l’État) prend racine dans une situation extrême de conflit entre des « amis » et des « ennemis » qui a une valeur existentielle et qui prend forme dans la guerre.

L’État libéral, note Schmitt, est un État pour lequel plus personne n’est prêt à mourir. Inspiré par l’anarcho-syndicaliste admirateur du léninisme Georges Sorel et ses Réflexions sur la violence, il voit dans ce phénomène la disparition du « mythe » de l’État3 dans une conception libérale, dépassionnée de l’État, envahi, selon lui, par d’autres dimensions secondaires (à commencer par l’économie).

Ce désengagement de l’État de sa fonction mythique et existentielle se traduit par l’invasion de la morale dans la politique, par « la » politique en tant que pratique parlementaire, par opposition à la substance « du » politique. Cette perte du politique s’identifie pour Schmitt à la transformation du droit à la lumière des guerres du XXe siècle, la moralisation de la guerre par le pacte Briand-Kellogg et l’invention du concept de « crime contre l’humanité » après la Seconde Guerre mondiale, qu’il vilipende dans Le Nomos de la Terre comme des tentatives antipolitiques : il ne peut y avoir d’ennemi de l’humanité car l’humanité n’est pas un concept politique (elle ne saurait avoir d’ennemis hors d’elle-même). Les droits de l’Homme et le « droit-de-l’hommisme » sont la quintessence de cette tendance.

Grégoire Chamayou reconnaît que l’État libéral fait une distinction entre État et société alors que l’« État total » prôné par Schmitt repose sur la fusion des deux. L’« État total » s’oppose radicalement à l’État de droit, qui considère des individus là où l’État total ne voit que des groupes, des unités organiques, le Volk.

L’État de droit fonctionne à partir de règles abstraites. Il est fondé sur un type de pensée juridique articulé à la conception décisionniste schmittienne, et qu’il appelle la « pensée de l’ordre concret », dénoncée par Hayek comme une forme de constructivisme irrationnel dans Droit, législation et liberté4. L’État de droit, en résumé, garantit la séparation et la protection des attributions respectives des domaines de l’État et de la société civile.

Cette distinction maintenue suppose aussi qu’on sépare ce qui est légal (et relève du droit positif) de ce qui est légitime (qui relève du droit naturel), selon un rapport des gouvernants au gouverné qui est régi par le consentement et plonge ses racines dans l’œuvre de Locke plutôt que de Hobbes.

Hobbes est le modèle de Schmitt. Il lui a consacré un ouvrage en 1938, car il admire dans l’œuvre du philosophe anglais la résolution de cette dichotomie dans le décisionnisme dont fait preuve le souverain dans le Léviathan : aucune loi ne peut être injuste, tout ce qu’exprime le Léviathan fait droit.

Cela ne revient pourtant pas à dire que Hobbes renie toute place au droit naturel : il maintient l’existence d’un droit de résistance individuelle, et l’analyse offerte entre autres par Yves Charles Zarka du processus de représentation dans Hobbes, où le souverain incarne la volonté du corps politique qui l’institue par le contrat comme un acteur dit un texte dont il n’est pas l’auteur, relativise grandement la lecture schmittienne.

Mais Schmitt, qui n’est pas homme à s’embarrasser des subtilités du système de Hobbes, ayant érigé l’universalisme, le normativisme et le libéralisme en « fourberies de l’esprit juif »5, est tout à fait prêt à oblitérer tous les aspects individuels et libéraux de l’œuvre de Hobbes, certes contradictoire et parfois mal comprise ou lue sans attention, et toute possibilité de désobéissance civile, de résistance à l’oppression, qui sont des caractéristiques propres à l’État de droit, des mécanismes propres à le sauver de ses propres dérives6.

Quand on a lu les auteurs libéraux et qu’on en vient à la critique violente (et parfois mensongère, au sujet de Hobbes) qu’en fait Schmitt, on ne comprend donc vraiment pas comment celui-ci peut avoir inspiré les penseurs du néolibéralisme.

Dans Le Libéralisme conservateur. Trois essais sur Schmitt, Hayek et Hegel (éd. Kimé, 1993), Renato Cristi avait déjà fait un rapprochement qui va peut-être nous permettre d’y voir plus clair. Il y fournit une curieuse interprétation de Hayek : dans la mesure où les lois doivent être « abstraites et générales », elles ne sont pas incompatibles avec la coercition, pourvu que les individus soient informés des lois en vigueur. Dans l’abstraction de la norme peuvent se nicher toutes les inégalités (on voit venir les inégalités économiques) concrètes : elles ne touchent pas au droit.

C’est assez cocasse de lire une telle critique de l’abstraction de la philosophie de Hayek comme la porte ouverte à toutes les fenêtres coercitives, car c’est exactement celle que fournit Rothbard dans L’Éthique de la liberté7.

C’est pourtant mal comprendre l’œuvre de Hayek, qui entend abstraction comme la propriété émergente d’un processus évolutionniste de complexification de la société, dans laquelle la dispersion de l’information rend tout interventionnisme direct inefficace et illégitime. Inefficace parce que l’information est trop dispersée pour être centralisée, illégitime parce que la majorité ne peut donner son consentement, faire consensus, que sur des règles très abstraites et générales et non sur des commandements particuliers (on retrouve presque là, de façon très ironique, un argument de Rousseau).

Faire de Hayek un défenseur des travaux publics et de la réduction de la société en esclavage sous couvert de règles abstraites est donc un contresens que les libertariens comme Rothbard et Hoppe sont les premiers à faire, mais qu’on n’attendait certes pas de la gauche, plus habituée à dénoncer le gouffre entre la garantie des libertés formelles (abstraites) et réelles, les premières permettant d’éviter de garantir les secondes, d’où la compatibilité possible entre un État libéral en principe et un État autoritaire dans les faits.

Le tour de passe-passe est élégant mais il n’est pas fidèle aux textes et à la pensée des auteurs contre lesquels il est dirigé. C’est précisément la tentative d’imposer une égalité concrète qui serait autoritaire et coercitive8.

Dans son ouvrage, Renato Cristi rapproche Schmitt et Hayek dans leur dénonciation du positivisme juridique. Selon lui, la cible principale de Schmitt n’est pas le libéralisme, mais la démocratie, et les critiques libérales de la démocratie formulée par Hayek ne serait que le miroir, et non le contraire, de la critique schmittienne. Nul doute que Grégoire Chamayou a mis ses pieds dans les chaussons d’une telle analyse. Le problème de la démocratie, selon Schmitt, est d’avoir politisé la société, d’avoir dépris l’État de son monopole de la politique, concentrée dans le domaine régalien.

Ce n’est pas du tout la critique de Hayek. En passant, il est comique de vouloir faire de Hayek un partisan d’un État strictement régalien et autoritaire à la Schmitt alors que le mérite des critiques libertariennes est au moins de nous avoir pourvus d’une liste de tous les domaines non-régaliens dans lesquels Hayek croyait que l’intervention de l’État était légitime.

La critique que Hayek fait de la démocratie, telle qu’elle est exprimée dans son œuvre la plus achevée, Droit, législation et liberté, est que « le pouvoir illimité est la conséquence fatale de la forme établie de démocratie » (Hayek 2007 : 620), qui résulte d’une forme de démocratie où règne la dictature des partis et où la politique devient un marché de droits-créances toujours plus invasifs pour l’individu, dans la mesure où chaque parti courtise minorité après minorité pour constituer son électorat et les arrose d’argent public une fois parvenu au pouvoir, au mépris des diverses procédures de limitations du pouvoir qui entravent cette course socialisante, laquelle bafoue l’intérêt public en faveur de son électorat, créant une « incitation » à la déresponsabilisation et à l’interventionnisme.

L’analyse, grandement influencée par sa formation d’économiste, que Hayek fait de l’État, est plus voisine de l’école du Public Choice qui propose d’analyser l’État comme un acteur économique ayant ses préférences et ses « incitations » (nous traduisons le terme du vocabulaire économique incentive) comme un consommateur, et des ouvrages de James M. Buchanan, que de l’analyse irrationnelle, « mythique », « existentielle » de Schmitt. Dans son esprit comme dans sa lettre.

L’irrespect de la suprématie du droit et de la limitation du pouvoir gouvernemental (la tradition de la rule of law) ont donc mené à une « démocratie totalitaire » (terme que l’on retrouve également sous la plume de Bertrand de Jouvenel), une forme de « dictature plébiscitaire » que Hayek dénonce comme une tyrannie des minorités alors que c’est cette dissolution de l’équilibre des pouvoirs parlementaires qu’appellent de leurs vœux Schmitt et ses thuriféraires de droite et de gauche. Quitte à trouver à Schmitt un autre ennemi que le libéralisme, il s’agit moins de la démocratie que du parlementarisme.

Les universitaires, chercheurs, théoriciens qui cherchent à plaquer Schmitt sur Hayek commettent une confusion sur le sens de « démocratie », car ce qui est dénoncé dans la « démocratie » par les libéraux n’est pas le cache-sexe d’une défense de l’autoritarisme : au contraire, c’est bien parce que la démocratie se pervertit dans une forme de dictature de la masse que les libéraux la regardent avec une suspicion justifiée.

La démocratie est moins considérée comme un processus de représentation que comme une procédure de sélection non-violente des gouvernants : Hayek n’a pas inventé cette idée, il la reprend à ses compatriotes Mises et Popper9, respectivement dans L’Action humaine et La Société ouverte et ses ennemis. Hayek souligne que ce danger de la démocratie était assurément bien compris des pères fondateurs américains et des auteurs des Cato’s Letters, qui ne sauraient être ni affiliés aux « néolibéraux » ni à une quelconque forme d’autoritarisme sans tomber dans le ridicule argumentatif complet.

Cette crainte des pères fondateurs a encore récemment été analysée par Randall Holcombe dans Liberty in Peril et c’est un contresens sur le libéralisme, sur la démocratie et sur ce que Arendt appelle l’« esprit des lois américain » que d’y voir le cheval de Troie de l’autoritarisme. Il s’agit au contraire de protéger l’individu de la volonté générale, de lui faire sa place dans la vie de la société, au lieu de le dissoudre dans des collectifs.

Nous serions donc bien surpris de voir comment l’individualisme de Hayek peut se réconcilier avec le holisme schmittien. On ne pourrait pas mieux dire que Hayek lui-même : « Ce n’est pas la démocratie, ni le gouvernement représentatif proprement dits, qui sont nécessairement corrompus ; ils sont rendus tels par l’institution que nous avons choisie, d’une ‘législature’ unique et omnipotente. » (Hayek 2007 : 636).

La critique de Renato Cristi s’appliquerait sans doute mieux à certains conservateurs comme Erik von Kuehnelt-Leddihn et son Liberty or Equality. The Challenge of Our Time (The Caxton Printers, 1952) et peut-être à la dérive droitière de Hans-Hermann Hoppe (From Aristocracy to Monarchy to Democracy, Mises Institute, 2014) mais certainement pas à Hayek, qui a toujours, et à raison, renié cette étiquette.

Peut-être serait-il, dans le même esprit, grand temps de rappeler la parenté bien plus grande de Pinochet, et même de Thatcher, avec le conservatisme, qu’avec le libéralisme, afin de mettre un terme à cette confusion.

Renato Cristi (1993 : 73) critique la critique hayékienne de Schmitt, qui rapproche la « pensée de l’ordre concret » du positivisme juridique, alors que c’est ce positivisme que Schmitt critique. Il y voit un contresens.

Pourtant, Hayek voit très bien dans Schmitt un travers commun à la « pensée de l’ordre concret » et au normativisme positiviste qu’il critique, à savoir la tentation identique d’imposer le primat du droit positif. Et il faut bien reconnaître que ce qui rapproche Kelsen et Schmitt est leur rejet, certes antithétique, du droit naturel.

La critique de Hayek est donc parfaitement fondée, et prend place dans une critique plus large des perversions de la raison qui sort de son ordre en voulant prescrire ses lois à une société qu’elle ne peut comprendre (au sens étymologique) et qui mène, ultimement, à une forme d’irrationalisme parfaitement incarné par le « mysticisme » schmittien et son culte de l’Etat.

Et nous citons encore cet auteur que personne ne semble lire correctement : « C’est ainsi que le constructivisme rationaliste, en cherchant à tout soumettre au contrôle de la raison, en donnant la préférence au concret et en refusant de se plier à la discipline des règles abstraites, se trouve marcher main dans la main avec l’irrationalisme. » (Hayek 2007 : 117-118). Voilà Schmitt et Kelsen contestés dans une seule phrase très claire.

Dire ensuite, comme le fait Renato Cristi, que Hayek et Schmitt partagent une vision dépolitisée de la société, jouer sur des nuances de la pensée de Schmitt qui aurait cessé d’être décisionniste en 1933 (le moment où il publie un article intitulé « Le Fûhrer protège le droit », drôle de façon de s’éloigner du décisionnisme), consiste donc à sortir les textes de leur contexte et à lancer la signification des mots si haut dans les airs qu’on ne voit même plus de quoi on parle.

Prétendre par exemple que Schmitt et Hayek partagent une vision purement négative du rôle de l’État est faux. Faux pour Hayek qui n’est pas un libertarien (contrairement à la vision biaisée que les intellectuels français en ont qui consiste à voir dans tout anticommuniste un libertarien et à mélanger dans cette appellation minarchistes et anarcho-capitalistes sous le terme fourre-tout et péjoratif « ultralibéral »), faux pour Schmitt, dont les passages les plus enflammés célèbrent l’État fort qui a le pouvoir de faire mourir pour lui les jeunes hommes dans la guerre, ce qui, on nous l’accordera, ne cadre pas parfaitement avec l’image d’un État n’intervenant pas dans la vie des individus.

On veut faire de Schmitt un défenseur du pouvoir qui « laisse vivre » (selon la distinction de Foucault) des monarques, contre le pouvoir « biopolitique » qui s’immisce dans la vie sociale, méconnaissant la cohérence profonde de son engagement philosophique conservateur (et absolument pas libéral) et de son engagement politique nazi. Quant à savoir s’il s’agit de dénazifier Schmitt ou de nazifier Hayek, cela n’est pas très clair.

Les élucubrations de Grégoire Chamayou prolongent, avec beaucoup moins de brio, les mêmes confusions et les mêmes sophismes. On continue allègrement de mélanger la critique hayékienne à la critique schmittienne de la démocratie et de faire innocemment comme si le terme de « politique » avait le même sens chez les deux auteurs.

Mais l’objectif est plus clair : en ralliant Schmitt et Hayek sous la bannière des opposants à l’État-providence, remplacé par un « État total » super-régalien, Grégoire Chamayou transforme ses adversaires en nazis.

L’argumentation qui consiste à dire qu’un État trop étendu fonctionne mal, ce qui n’est pas plus schmittien ou novateur que « l’eau mouille », est immédiatement nazifié, de même qu’il devient suspect d’écouter Rammstein le jour où l’on apprend qu’un criminel célèbre adorait ses chansons.

C’est le procédé classique de la reductio ad hitlerum, saupoudré de respectabilité intellectuelle par des intellectuels toujours si rétifs au libéralisme qu’ils n’ont même pas la décence de lire et de citer les auteurs qu’ils critiquent (en l’occurrence Hayek, car les atomes crochus de l’ultra-gauche avec Schmitt sont plus qu’évidents).

C’est pourtant un fait économique et historique qu’un État trop étendu fonctionne mal et détruit la société qu’il régit. Son extension10 croît en proportion de son inefficacité à intervenir partout, l’élévation du fardeau fiscal augmente la pression sur la classe productive, fait obstacle à la production de richesses, diminue en retour le revenu fiscal de l’État (selon l’effet Laffer que les lecteurs du contributeur Philippe Lacoude connaissent bien11) et incite à une production déchaînée de lois et de règlements pour donner une illusion de contrôle et de puissance (toute ressemblance avec une situation et des événements actuels est pure coïncidence).

Les divergences économiques entre Hayek et Schmitt crèvent les yeux : le libéralisme nazi est un contresens complet, il s’agit d’un capitalisme d’État que défend Schmitt (et que Hayek, dans La Route de la servitude, renvoie justement dos à dos avec le capitalisme d’État soviétique), un monopole de la production laissé aux industriels.

Autant dire que Mussolini était libéral parce que les squadristes brisaient les grèves, exactement comme Margaret Thatcher, n’est-il pas vrai ? Comme le dit l’universitaire Eddy Malou, « mais oui, c’est clair ». Et comme ajoutait Georg Wilhelm Friedrich Hegel, « je vous l’avais bien dit ».

Le texte de Grégoire Chamayou est d’autant plus troublant qu’il retranscrit fidèlement l’antilibéralisme de Schmitt, écrivant par exemple avec justesse au sujet de la critique schmittienne de la démocratie : « Mais que reste-t-il alors au concept d’une démocratie authentique, non adultérée par le libéralisme ? Eh bien la dictature, avec Mussolini pour modèle. »

Et il cite Schmitt écrivant que renoncer aux élections n’est pas anti-démocratique mais antilibéral, ce qui est en opposition complète avec la définition hayékienne de la démocratie comme mode de sélection pacifique des gouvernants.

Grégoire Chamayou continue en montrant comment Schmitt refuse la tradition du « laissez-faire » en économie (l’économie doit aussi être soumise à la décision souveraine). On ne peut s’empêcher d’opiner du chef en lisant cette paraphrase, mais qu’est-ce que ça peut bien avoir à faire avec Hayek ? Grégoire Chamayou effectue un lien entre cette remise en cause du libéralisme classique et les racines de l’ordolibéralisme allemand.

Pour ne rien arranger à la macédoine conceptuelle, il les appelle néolibéraux  allemands. Ça commence à devenir n’importe quoi. Puis son analyse de la crise de 1929 nous précipite dans le décor : ainsi donc les néolibéraux allemands des années 1930 ont analysé la crise de 1929 comme l’effet d’une intervention de l’État dans l’économie.

Ils ne sont pas les seuls, a-t-on envie d’ajouter : c’est en fait l’analyse fournie par tous les économistes libéraux de la planète, qu’ils soient allemands ou américains, des années 1930 à aujourd’hui, et qui plus est, cette analyse s’applique tout aussi bien à la crise de 2008.

Grégoire Chamayou écrit que cette analyse revient à parler d’une cause non-économique de la crise économique, comme si l’État n’était pas une entité économique, comme si les monopoles étaient des aliens dans la théorie économique. Et de là, il en déduit que la théorie libérale (enfin, « néolibérale allemande des années 1930 ») de l’État est… schmittienne. Mais oui, c’est évident : les deux dénoncent la démocratie et l’État parlementaire comme responsables de la crise de 1929 (dont on chercherait bien vainement des mentions substantielles dans les grands écrits de Schmitt, qui, selon toute probabilité, s’en fichait complètement), donc ils sont du même bord, ils se sont inspirés.

Que cette analyse soit pertinente ou non, on ne nous le dira pas. Quiconque ne considère pas la crise de 1929 comme un effet du capitalisme déréglé est donc nazi dans l’âme. Milton Friedman, dont je ne suis pas sûr qu’il ait beaucoup lu Schmitt, aurait été surpris, d’autant plus surpris que ce néolibéral (mais néolibéral américain des années 1950, pour le début de sa carrière, faut suivre) attribuait la crise de 1929 à un défaut d’intervention de l’État, plus précisément à une mauvaise intervention de la Fed12 Friedman and Schwartz argued that all this was due to the Fed’s failure to carry out its assigned role as the lender of last resort. Rather than providing liquidity through loans, the Fed just watched as banks dropped like flies, seemingly oblivious to the effect this would have on the money supply. The Fed could have offset the decrease created by bank failures by engaging in bond purchases, but it did not. As Milton and Rose Friedman wrote in Free to Choose: ‘The [Federal Reserve] System could have provided a far better solution by engaging in large-scale open market purchases of government bonds. That would have provided banks with additional cash to meet the demands of their depositors. That would have ended—or at least sharply reduced—the stream of bank failures and have prevented the public’s attempted conversion of deposits into currency from reducing the quantity of money. Unfortunately, the Fed’s actions were hesitant and small. In the main, it stood idly by and let the crisis take its course—a pattern of behavior that was to be repeated again and again during the next two years.’ According to Friedman and Schwartz, this was a complete abdication of the Fed’s core responsibilities—responsibilities it had taken away from the commercial bank clearinghouses that had acted to mitigate panics before 1914—and was the primary cause of the Great Depression. » https://fee.org/articles/the-great-depression-according-to-milton-friedman/].

Mais une analyse fine du « néolibéralisme » conduirait en fait à se rendre compte qu’il n’y a pas grand-chose de commun à Hayek, Friedman et Ronald Reagan, et qu’il faudrait donc abandonner ce terme publicitaire ; mais Grégoire Chamayou ne l’entend pas de cette oreille.

Sa posture théorique dans le ciel des idées le dispense commodément d’une analyse et d’un compte-rendu honnête de la recherche en économie sur le sujet pour se livrer à ce qu’il sait faire le mieux : des rapprochements hasardeux entre les pommes et les oranges.

Que Hayek ait critiqué les néolibéraux de l’École de Chicago et que l’École autrichienne d’économie ait dénoncé le conservatisme des ordolibéraux n’est vraiment pas le genre de broutilles dont un grand esprit philosophique devrait daigner s’embarrasser13.

Le texte de Grégoire Chamayou continue sur sa lancée, mélangeant ordolibéralisme, néolibéralisme et nazisme, sans qu’on voit très bien où le libéralisme va être incriminé. Les dérives idéologiques des économistes allemands des années 1930 constitueraient les prodromes du « néolibéralisme » dans sa fascination pour un État autoritaire laissant l’économie fonctionner librement.

C’est méconnaître la pensée libérale profondément, qui considère que la liberté économique ne peut fonctionner sans liberté politique, que les deux vont de pair, comme l’expérience dictatoriale du Chili l’a montré, le règne sanguinaire de Pinochet s’étant conclu par un référendum et une démission et la transition du pays vers la démocratie.

À l’inverse, le nombre de pays socialistes ayant effectué grâce au socialisme leur transition vers la démocratie est, force est de le reconnaître, plutôt faible, et ce ne sont pas les criminels Poutine et Castro qui diront le contraire.

La stratégie argumentative qui consiste à faire de Walter Eucken et des ordolibéraux allemands des porte-voix du libéralisme en général ou d’un « libéralisme autoritaire » revient donc à retirer toute signification au libéralisme, un peu comme une citation hors contexte de Marx pourrait le faire passer, à l’inverse, pour un libéral14. En effet, la pertinence de ces gloses sur les ordolibéraux pour une théorisation générale d’un « libéralisme autoritaire » n’est pas établie, et la compatibilité de l’ordolibéralisme avec le libéralisme lui-même ne l’est pas non plus.

Il ne suffit pas de se dire libéral pour être libéral, sinon on pourrait tout aussi bien parler de « libéralisme jupitérien » pour évoquer le « libéralisme » du président Macron, qui est autoritaire justement, mais libéral en même temps, pour des raisons peu claires.

De façon frappante, on pourrait donc simplement corriger le texte de Grégoire Chamayou, s’il veut bien le permettre : il suffit qu’il efface « libéralisme autoritaire » à chaque fois dans le texte pour écrire à la place « fascisme ». Et ça devient tout de suite plus clair. N’importe quel historien sait cela du fascisme, et ils ne sont pourtant pas nombreux à dire que le fascisme était un mouvement libéral, sous prétexte qu’il « légifère par ordonnance en matière économique et sociale ».

Ce qui est cocasse, pour un mouvement d’idées qu’on accuse de ne pas se préoccuper des réalités sociales et de ne pas intervenir dans l’économie. Grégoire Chamayou prenant conscience de la fragilité de cette recette qui fait fi de l’assentiment général (dont on a vu l’importance pour le « néolibéral » Hayek) en déduit que le « libéralisme autoritaire » ne peut être que transitoire (on voit venir la « stratégie du choc », la théorie complotiste de Naomie Klein), ce qui ne cadre pas tout à fait avec la dictature de Pinochet (de 1973 à 1990, avec justement une transition vers la démocratie), le mandat de Thatcher (ou plutôt, justement, ses deux mandats) et celui de Reagan (ou plutôt, ses deux mandats), tous des « néolibéraux » austéritaires.

On rappellera d’ailleurs qu’en matière de consentement populaire et de dictature, Allende n’avait rien à lui envier.

Grégoire Chamayou en vient à Hayek, et redouble d’agressivité contre ses thèses « aberrantes ». Il présente les similitudes que fait voir l’analyse de Hayek entre socialisme et nazisme sans les réfuter par des arguments : il préfère dire que « la ficelle est grosse » et que c’est du « révisionnisme ».

Il faut dire que cela met en difficulté son argumentation qui consiste à faire de Hayek un nazi, c’est-à-dire un « disciple de Schmitt » selon sa thèse originale. Il cite des passages où Hayek fait l’éloge de la finesse de l’analyse schmittienne de la dictature des partis, faisant l’impasse sur toutes les mentions où Hayek évoque Schmitt comme le « théoricien nazi du totalitarisme » et reproche à Carr de se rapprocher de ses thèses15.

Que Walter Benjamin, Hannah Arendt, Giorgio Agamben, Julien Freund, Raymond Aron aient lu, cité et admiré les analyses de Schmitt ne prouve rien d’autre que le talent intellectuel de cet esprit. Pas que cette liste de noms dessine une nébuleuse libérale ou nazie.

Mais le cherry-picking de Grégoire Chamayou s’expose ainsi dans toute sa grandeur : il extrait un passage où Hayek fait l’éloge de l’analyse schmittienne de la dictature des partis dans les démocraties illibérales pour plaquer immédiatement l’ombre nazie sur la philosophie de Hayek.

On se prend donc à rire en le lisant évoquer la distinction entre libéralisme et démocratie que fait Hayek comme « sa » distinction, comme si le libéralisme était né avec Hayek, comme si toute l’histoire du scepticisme libéral envers les méfaits de la démocratie (et pas de la démocratie comme système de sélection pacifique des gouvernants) n’avait pas existé, de Jefferson à Tocqueville.

L’analyse qui veut que la faiblesse institutionnelle de la république de Weimar et les conflits partisans, surtout au sein de la gauche et des communistes à la botte de Staline aient précipité l’Allemagne dans le nazisme, sous prétexte que Schmitt l’a perçu simplement parce que ça crève les yeux (il n’y a qu’à se renseigner sur la stratégie du « social-fascisme » et l’hostilité congénitale entre le KPD et le SPD), devient elle-même « nazie ». Nos yeux n’en croient pas leurs oreilles.

Dans sa conclusion, Grégoire Chamayou conteste la lecture foucaldienne du néolibéralisme. Là encore, rien d’étonnant à ce qu’il s’en prenne à Foucault, puisqu’il est incapable de comprendre le sens historique du pouvoir biopolitique (dont l’État-providence est la quintessence) par opposition à l’État fort mais limité de l’Ancien régime.

Il superpose à cette dichotomie pertinente un « État total » dans le sens d’« État-providence » contre lequel Hayek et Schmitt écrivent et un « État total » dans le sens schmittien, c’est-à-dire l’État fasciste, qu’il confond avec l’État minimal libéral qui serait la copie de l’État fort mais limité de l’Ancien régime. Voyez le cheminement !

Pour Grégoire Chamayou, Foucault a eu tort de voir dans le néolibéralisme une « phobie de l’État », puisque le néolibéralisme est une forme de fascisme rêvant d’un Mussolini qui laisserait les industriels faire leurs affaires, ce qui est exactement ce que Mussolini faisait ; bref, qui rêve d’un nouveau Mussolini.

Encore une fois, Grégoire Chamayou croit visiblement qu’une économie qui ne collectivise pas les moyens de production est une économie « libre » ou « libérale ». Mais il faut bien reconnaître que sa compréhension du terme est si vertigineusement floue qu’on ne saurait lui tenir rigueur de son incurie et de ses amalgames.

Non, Grégoire Chamayou est plus intelligent que Foucault et sa préface de trente pages décousue témoigne d’une meilleure compréhension du problème que les cours de Foucault au Collège de France : ne voir dans le néolibéralisme (qui, ici, désigne le renouveau libéral des années 1970, et plus le nazisme des années 1930 ; je vous avais dit qu’il fallait suivre !) qu’une phobie de l’État et l’émergence de formes de gouvernementalités horizontales, la valorisation de la responsabilité, non, ce n’est que la moitié du tableau.

L’autre moitié, c’est l’autoritarisme, la violence, le néofascisme. Foucault, au contraire, avait très bien compris Hayek et Mises, qu’il était un des très rares intellectuels français à avoir lus : leur « néolibéralisme » s’oppose justement à la tendance moderne de l’État à s’immiscer dans la vie sociale et privée des individus, donc au pouvoir « biopolitique », au pouvoir sur les corps, visible dans l’immixtion de l’État dans le domaine de la santé, dans les politiques d’hygiène publiques et leurs dérives possibles, dont l’eugénisme est sans doute la plus cauchemardesque.

Au lieu de voir dans le totalitarisme une forme maximale de biopolitique, en droite ligne de l’hygiénisme des campagnes de vaccination de la colonisation (Arendt avait bien vu la continuité qui va du système colonial de l’arbitraire au système totalitaire), il s’agirait exactement du contraire : le totalitarisme serait l’anti-biopolitique, l’anti-État-providence, bref, le totalitarisme serait pré-libéral.

C’est « étrange » concède Grégoire Chamayou dans un rare moment de lucidité, mais c’est vrai. Ça n’a rien à voir avec les textes de Hayek qu’il ne cite presque jamais, mais c’est vrai. Ça n’a rien à voir avec les études historiques sur le fascisme, qui montrent entre autres l’héritage vichyste de notre État-providence, mais c’est vrai.

Vraiment, Grégoire Chamayou n’a pas froid aux yeux. Rien d’étonnant que l’analyse hayékienne lui passe au-dessus de la casquette. Sa vision est binaire comme celle de tous les idéologues, elle est mal informée comme celle de tous les pseudo-intellectuels prêts à réfuter Foucault et à montrer que le sec mouille (on apprend par exemple que Ortega y Gasset, qu’il a l’air de bien connaître, était économiste, « néolibéral » bien sûr, quoique pas allemand), elle méprise les faits et l’analyse économique ou historique comme tous les fanatiques : être contre l’État-providence, c’est forcément être nazi.

Être opposé à un État gargantuesque, c’est forcément être favorable à un État autoritaire. Tout ce qui s’approche de près ou de loin d’une critique de sa conception de la démocratie, de sa conception de la politique, de son idéal de société, est nazi.

Grégoire Chamayou n’argumente pas. Il verrouille l’argumentation et les termes du débat de façon à avoir raison, même quand il a tort. Sir Karl Popper nous a appris à nous méfier des adversaires avec qui on ne peut même pas discuter sans être insultés, qui ont toujours l’anathème facile et cèdent aux analogies douteuses. Nous ferions bien de l’écouter.

  1. Cf. par exemple Jean, Jean-Paul (1987), « Le Libéralisme autoritaire », Le Monde diplomatique, octobre 1987, pp. 16-17.
  2. Schmitt, Carl (1992), La Notion de politique, Paris, Garnier-Flammarion.
  3. Schmitt, Carl (1923), La Théorie politique du mythe in Zarka, Yves Charles (dir.), Carl Schmitt ou le mythe du politique, Paris, PUF, 2009, pp. 183-198.
  4. Hayek, Friedrich August (2007), Droit, législation et liberté, Paris, PUF, pp. 184-186.
  5. Zarka 2009 : 67.
  6. Ce que Rawls, dans Théorie de la justice, et Arendt, dans Du mensonge à la violence, ont longuement discuté.
  7. Rothbard, Murray (2009), L’Éthique de la liberté, Paris, Les Belles Lettres, pp. 349-363 et notamment p. 362 : « On a rarement mis aussi crûment en lumière à quel point il est absurde de vouloir fonder la liberté individuelle uniquement sur des règles générales, universelles (‘également applicables’) et prévisibles. Cela signifie que, par exemple, si une règle générale de l’État décrète que chaque personne sera réduite en esclavage une année sur trois, il n’y aurait rien de coercitif dans cet esclavage universel. »
  8. On peut penser à l’interventionnisme illimité transformant l’État-providence en équivalent politique de la notion théologique de création continuée et auquel on s’expose en ne distinguant plus equality of outcome (l’égalité du résultat) et equality of opportunity (égalité d’opportunité) en relisant la parabole de Wilt Chamberlain dans Nozick, Robert (2016), Anarchie, État et Utopie, Paris, PUF, pp. 200-204.
  9. « I suggest the term ‘democracy’ as a short handy label for… governments of which we can get rid without bloodshed – for example, by way of general elections ; that is to say, the social institutions provide the means by which the rulers may be dismissed by the ruled. » Popper, K.R. (1963), The Open Society and Its Enemies, Princeton, Princeton University Press, vol. 1, p. 124.
  10. Dont Justin Murray, dans un article pour le Mises Institute, a proposé une mesure intéressante : l’Implied Public Reliance ( = (population active – fonctionnaires)/population totale) : https://mises.org/library/greece-reliance-public-funds-central-problem.
  11. Ils peuvent, le cas échéant, se reporter au chapitre que lui consacre Philippe Simonnot dans Nouvelles leçons d’économie contemporaine, Paris, Gallimard, 2017, pp. 407-416.
  12. « As a result of examining more closely the key years between 1929 and 1933, Friedman and Schwartz first concluded that the Great Depression was not the necessary and direct result of the stock-market crash of October 1929, which they attribute to a speculative investment bubble. (The popping of the “bubble” may have been instigated by the Federal Reserve’s raising of the discount rate—the interest rate the Fed charges on loans to commercial banks—in August 1929. The cause of the speculative bubble that led to the crash is a somewhat controversial topic. Whereas Friedman and Schwartz accepted that the bubble was caused by investors, seemingly endorsing—at least partly—the Keynesian “animal spirits” explanation, Austrian economists have argued otherwise.) In fact, they believed that the economy could have recovered rather rapidly if only the Fed—the central bank of the United States —had not engaged in a series of disastrous policies in the aftermath of the crash. […
  13. « Even before the war, Mises did not have the highest opinion of most German economists. After his emigration, he had avoided any closer involvement with them. He would acknowledge Erhard’s achievements by contributing to a Festschrift in Erhard’s honor, but he declined to write an entry for the new standard social-science dictionary, the Handwörterbuch der Sozialwissenschaften ; only after Gottfried Haberler pleaded the case of the editors did Mises agree to write a piece on « Economic Liberalism, » a complement to Hayek’s article on « Political Liberalism. » And the prospect of cooperating with the fashionable Ordo School, be it in the Mont Pèlerin Society or elsewhere, did not exactly warm his heart either. He believed the Ordo people were hardly better than the socialists he had fought all his life. In fact, he eventually called them the « Ordo-interventionists. » And his New York associates seem to have harbored essentially the same views — but without Mises’s hesitation to express such views in print. » https://mises.org/library/against-neoliberals.
  14. N’est-ce pas lui qui écrit : « Une « éducation du peuple par l’État » est chose absolument condamnable. Déterminer par une loi générale les ressources des écoles primaires, les aptitudes exigées du personnel enseignant, les disciplines enseignées, etc., et, comme cela se passe aux États-Unis, surveiller, à l’aide d’inspecteurs d’État, l’exécution de ces prescriptions légales, c’est absolument autre chose que de faire de l’État l’éducateur du peuple ! Bien plus, il faut proscrire de l’école au même titre toute influence du gouvernement et de l’Église. » dans la Critique du programme de Gotha ? https://www.marxists.org/francais/marx/works/1875/05/18750500d.htm Alors quoi ? Marx, précurseur de l’école libre ?
  15. Hayek, Friedrich August (2016), La Route de la servitude, Paris, PUF, p. 199.
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