La CNIL condamne les cookies de Google et Amazon, mais pas le fichage gouvernemental

La CNIL sanctionne Google et Amazon pour avoir traqué l'internaute, mais ne dira rien concernant le fichage politique massif des citoyens.
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La CNIL condamne les cookies de Google et Amazon, mais pas le fichage gouvernemental

Publié le 14 décembre 2020
- A +

par h16

Ah, enfin, on a trouvé en France un moyen de faire rendre gorge aux zabominables GAFA : toute la puissance de la Commission Nationale Informatique Et Liberté vient de s’abattre sur ces entreprises technologiques maléfiques !

Certes, l’information, pourtant d’importance, n’a pas bénéficié de toute la couverture médiatique qu’il aurait fallu. Il faut dire qu’elle s’insérait dans une actualité fort chargée dans laquelle on apprenait aussi que les vaccins arrivent, qu’on allait relâcher quelque peu le confinement histoire de laisser le cheptel se papouiller un peu en famille afin de mieux le culpabiliser arrivé janvier et un peu plus discrètement, que Macron sous-entendait vaguement que la situation du pays ne permettrait probablement pas du tout la tenue d’élections présidentielles sereines en 2022.

Devant ces éléments lourds de conséquences qui excitent l’appétit journalistique, on comprend dès lors la discrétion de la presse devant la victoire pourtant décisive de la CNIL contre Amazon et Google.

Et quelle victoire ! Comme le décrit avec brio un superbe monument de journalisme paru sur Le Figaro, « La CNIL reste en pointe sur les sanctions infligées aux GAFA en Europe » : apparemment, il y aurait comme une espèce de course continentale à la sanction, un championnat européen de l’amende et un véritable concours occidental de l’emmerdement technologique que la France se fait fort de gagner haut la main ; comme, du reste, toute compétition dans laquelle il s’agit de distribuer de la misère et des vexations, où elle tient absolument à défendre son rang aussi âprement que possible.

Cette fois-ci, la CNIL a trouvé un bel angle d’attaque : Amazon et Google ont eu l’impudence de déposer des petits cookies chez leurs utilisateurs leur permettant de conserver quelques données sur eux et, accessoirement, de les tracer dans leurs déplacements sur internet. Or, déposer ainsi des petits fichiers de données sans leur accord préalable, voyez-vous, c’est absolument interdit et ça fera 35 millions d’euros d’amende pour Amazon.fr et 100 millions d’euros d’amende pour Google.fr, signez en bas et vous pouvez payer par virement voici le RIB du Trésor public, le contribuable vous remercie.

Dans son jugement, la CNIL explique que les deux sites n’ont pas produit de bandeaux suffisamment clairs pour que l’internaute sache à quoi servent ces fichus cookies du Diable et la façon dont il peut les refuser, sapristipopette, ce qui justifie donc une amende bien poivrée, non mais.

Rassurez-vous : cette sanction financière ne vient pas seule puisqu’elle s’accompagne d’une mise en demeure pour ces deux sites de corriger leurs pratiques scandaleuses dans les trois mois.

Et alors que les petits euros de Google et d’Amazon vont donc se déplacer des comptes de ces grosses entreprises dodues vers les maigres caisses de l’État français, on entend déjà le soupir de satisfaction des institutions devant ces amendes. Pensez donc ! Il s’agit à ce jour de la plus forte amende prononcée par une autorité de protection des données en Europe, et c’est Français, ça, môssieur !

À présent, on ne pourra s’empêcher de s’interroger sur l’impact réel de cette sanction. D’une part, il ne faudrait pas oublier que les 135 millions d’euros que ces sociétés vont payer ne proviendront de nulle part ailleurs que de la poche de leurs clients, d’une façon ou d’une autre. La sanction financière d’une entreprise a sans doute un côté réjouissant pour certains (notamment ceux qui ne comprennent pas l’économie de base), mais comme elle ne concerne qu’assez rarement les avoirs directs des dirigeants et des actionnaires, l’impact en est toujours reporté sur le client, d’une façon ou d’une autre ; et ce, jusqu’à la disparition de l’entreprise au besoin.

En outre, un autre impact ne semble pas avoir été pris en compte : puisqu’il est maintenant clair que ces entreprises vont devoir faire un effort supplémentaire assez substantiel pour expliquer à leurs clients qu’elles conservent des petits fichiers sur eux, on doit s’attendre à une nouvelle vague de bandeaux et autres affichages plus ou moins obstructifs de conditions générales d’utilisation sur ces sites puis sur tous ceux qui se sentiront concernés par ce récent jugement.

Or, si vous aimiez déjà tendrement la bordée de cases à cocher et autres fenêtres encombrantes concernant le RGPD, vous allez adorer la nouvelle mouture de messages de consentement compatibles avec la CNIL. Dans cette course au consentement européen et français, l’internaute va devenir un cliqueur compulsif sur le bouton « Je consens » ce qui a l’énorme avantage de décharger complètement les sociétés de toute responsabilité et, plus gênant, toute possibilité d’assainir les pratiques de navigation sur internet.

En somme, grâce au superbe travail frénétique des législateurs européens et français, ou bien l’internaute ne va plus nulle part, ou bien il coche OK mécaniquement sans plus aucune considération sur les données qu’il lâche alors au site visité : c’est l’exact opposé de ce qu’on cherchait à faire, à savoir protéger les données personnelles de l’internaute.

Mais au-delà de ces constatations à vrai dire fort embarrassantes pour nos législateurs compulsifs et si on se reconcentre sur la CNIL, on ne peut s’empêcher de noter aussi qu’elle n’a – semble-t-il – émis aucune sanction salée contre le fichage qui se met actuellement en place à l’échelle du pays avec l’application dédiée au traçage des contacts contaminés par le coronavirus. Il est vrai que la médiocrité de cette application met assez facilement l’utilisateur à l’abri de toute utilisation malencontreuse du produit, ce dernier ne tombant en marche qu’assez rarement.

Mais de la même façon, la CNIL ne semble pas trop s’émouvoir non plus des récents changements par décret sur les fichages de la population par la police et la gendarmerie, fichages qui s’étendent maintenant aux opinions politiques, syndicales, philosophiques et religieuses, ce qui, dans un pays harpant bruyamment sur ses droits de l’Homme et tout le tralala, devrait pourtant faire bondir.

Et en pratique, on ne pourra s’empêcher de noter l’asymétrie qui existe déjà entre le suivi de l’internaute par les sociétés commerciales et dont ce dernier peut se protéger assez facilement s’il le veut (depuis l’usage d’un navigateur respectueux à une pratique plus précautionneuse de navigation en passant par d’autres options offertes gratuitement ou commercialement), et le fichage maintenant systématique de l’État par absolument tous les moyens possibles, depuis le berceau jusqu’à la tombe.

La CNIL montre ici toute l’hypocrisie de son action : que fera-t-elle lorsque ce même État mettra en place un passeport médical obligatoire ? Où sera-t-elle lorsque l’État commencera à utiliser une forme ou l’autre de crédit social sur ses citoyens, à la mode chinoise ?

Rien.


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  • La CNIL condamne les cookies de Google et Amazon, mais pas le fichage gouvernemental

    Ah ah, quand c’est un cookie US, c’est évidement dégueulasse, mais quand c’est français et fourré à la daube pas de chez Fauchon mais de chez Fauché, là forcément on peut être fier.

    la situation du pays ne permettrait probablement pas du tout la tenue d’élections présidentielles sereines en 2022

    Prenons le au mot : les Belges n’ont pas eu de gouvernement pendant quelques mois. Aucune catastrophe n’est arrivée, et le pays allait même un peu mieux. Le président du Sénat ne pourra faire pire.

    Quant à Papy et Mamy, il ne faudra pas grand chose pour qu’il nous incite à les pousser dans le cellier, puis dans l’escalier à grand coups de pompes à Rivotril dans le derrière, on a des égards, quand même, non?

    Ah, pour le Rivotril, c’est déjà fait! J’ai du manquer une étape 🙁

    Je pressens que l’on va avoir une succession de bandeaux « Je consens à ». Il faudra cliquer une dizaine de fois avant d’accéder au site.
    Bien joué : les sites de seconde importance (non US) vont déguster…

  • On peut noter une fois de plus à quel point la France est loin d’être un pays démocratique, et le double jeu des socialistes qui leur est coutumier, dire une chose et faire exactement le contraire!

  • Il faut bien lutter contre les coronacookies.

    Au moins la CNIL a sous-traité les CERFAS qui vont résoudre le problème aux entreprises.

  • « Macron sous-entendait vaguement que la situation du pays ne permettrait probablement pas du tout la tenue d’élections présidentielles sereines en 2022. »

    La rédaction du CERFA autorisant à « voter mal » a pris du retard …

  • Je vous trouve un peu injuste avec la CNIL, qui ne se prive pas de commenter et de critiquer les articles qui lui sont soumis dans le cadre de ses prérogatives.
    Le problème est que bien souvent son avis n’est que consultatif donc le législateur en fera ce qu’il voudra (quitte à se prendre un retour de bâton derrière au CC).
    Quant aux fichiers mis en place par les services de l’État, il faudrait valider qu’ils sont bien dans ses attributions. Mais d’un autre côté, condamner l’État a payer une amende parce-qu’il fait des bêtises, c’est juste faire circuler des sous dans ces tuyaux que les énarques aiment tant…

    • Quant aux paroles de Macron, à lire la citation dans l’article en lien je les comprends plutôt comme un « perdu pour perdu, autant faire des trucs pas populaires mais nécessaires à la fin de mon mandat si je n’ai aucune chance d’être réélu ».
      Ce qui serait, enfin, une rupture par rapport à son prédécesseur.

      • Mais vu le degré de clairvoyance dont il a fait preuve jusqu’à présent (pour le pays et sa propre carrière), on peut s’attendre au pire …

      • @Anagrys
        Bonjour,
        S’il pense qu’il ne se représentera pas en 2020, (et avant qu’il ne provoque une catastrophe) la SEULE chose qu’il ait à faire est un référendum pour savoir s’il mène son mandat à terme ou non. Dès l’annonce du « NON ! », il n’est plus président, et il a le lendemain pour passer son pouvoir Exécutif au président du Sénat intérimaire jusqu’à la tenue de prochaines élections.

    • La CNIL a 2 défauts :
      1) Elle a tendance à avoir une indignation de plus en plus sélective, comme l’indique l’article.
      D’un côté elle suit très souvent le gouvernement, en donnant un avis pas trop défavorable, même si parfois elle se pince le nez lorsque cela sent vraiment mauvais.
      Pour l’histoire, grave, des 3 décrets modifiés, elle a dit, pas trop fort, qu’elle n’y était pas vraiment favorable, et qu’il fallait plus de garanties !
      Qu’elle n’a pas eu d’ailleurs, bien que le ministre de l’Intérieur ait affirmé le contraire.
      Le même ministère trouvait très bien de garder les plaques d’immatriculation des radars-tronçons pendant 24 à 36 mois, au lieu des… 24h prévues par le décret (hors cas d’infraction).
      Donc aucune confiance dans les belles paroles sur ce thème.
      D’un autre côté, elle s’attaque aussi à des puissants, comme ici avec les GAFA.
      Je ne suivrais pas l’article qui semble dire que ce n’est pas justifié, car c’est son rôle de régulateur, rôle qui est clairement celui de l’État, même libéral, chargé d’organiser et contrôler plus que de faire lui-même.
      Mais on a un peu l’impression que c’est pour « se faire bien voir » de l’opinion publique, plus que par conviction.
      Alors que les mêmes règles d’encadrement de ces comportements abusifs et dangereux pour la démocratie, s’appliquent à tous, que ce soit pour les gouvernements, les puissants ou les plus faibles.

      2) Elle croit parfois que c’est elle qui définit les règles, alors qu’elle ne fait pas les lois, elle les appliquent.
      Or elle a tendance à vouloir réécrire ces lois, en les interprétant largement.
      Elle y est bien aidée parce que les lois sont, de plus en plus, fort mal écrites, souvent ambigües et/ou trop vagues.

      Ces défauts sont malheureusement intrinsèques à ces « autorités indépendantes », qui sont des objets administrativo-judiciaires étranges, créées par les gouvernements successifs pour faire semblant de ne pas se mêler trop directement de ces affaires.
      En bref, elles permettent à l’État de se défausser de son rôle de régulateur, pourtant celui le plus nécessaire.

  • Rappelons que la CNIL est une abomination juridique pour les justiciables (pas l’état qui s’est exclu du champ d’application du texte) car elle est en même temps procureur et juge.

    Elle vous accuse et vous juge elle-même. C’est plus simple et on n’est pas soumis à cet affreux aléa juridique.

    Vous avez bien sûr le droit de vous défendre, mais les chances qu’elle se donne tort et qu’elle apprécie vos gesticulations sont faibles. Vous pouvez bien sûr ensuite faire appel devant le conseil d’état où vous aurez également beaucoup de chance d’être entendu positivement, nombre de juges de la CNIL étant issus du Conseil d’Etat ! Un entre soi qui vous garantit un certain aveuglement mais peut être pas exactement celui qu’on attend de la justice.

  • J’espère au moins pouvoir me débarrasser de certains « cookies » au printemps 2022…
    Au vu des sondages (pardonnez le jeu de mots, c’est la seule défense qu’il nous reste), ce ne sera pas du gâteau !

  • Et si les GAFA consentent à ne pas payer l’amende, que se passera-t-il au juste?

  • Amazone par exemple utilise des méthodes que je qualifie de crapuleuses, sans la moindre ambiguïté.
    Deux exemples que j’ai pu constater personnellement, lors d’une commande concernant les conditions de livraison un case de souscription a une sorte d’abonnement a d’autre livraison est pré-cochées ce qui s’appelle de la vente forcée de la vent forcée, si vous ne faites pas attention, en commandant un article a dix euros vous avez plus de quarante euros de port !
    Beaucoup plus insidieux, et peu visible, la case enregistrer les coordonnées de carte bancaire est aussi cochée d’office. Lors d’une autre visite vous pouvez vous trouver avec un cde validée et payée par inadvertance.
    Traiter ces pratiques avec une fermeté exemplaire peut se faire sans aucune lois.

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