Espagne : pourquoi la gauche reste silencieuse sur les crimes communistes

Pedro Sanchez 2018 by SPD Schleswig-Holstein (CC BY 2.0) — SPD Schleswig-Holstein, CC-BY

Une sinistre coalition gouverne l’Espagne et s’apprête à imposer sa « mémoire démocratique ».

Par César Casino Capian.

Le 19 novembre 2020, le Parti Populaire (PP) présentait à la commission constitutionnelle du parlement espagnol une déclaration condamnant au même titre les totalitarismes communistes et nazi. Rejetée par les députés de la gauche espagnole, l’initiative aura eu le mérite de mettre en évidence les lacunes historiques de certains représentants ainsi que la complaisance vis-à-vis de la violence politique de certains partis.

Une initiative dans la continuité des résolutions européennes

L’initiative des députés du Parti Populaire s’inscrivait dans la continuité de deux résolutions émanant de l’Union européenne :

  • La résolution 1481 du Conseil de l’Europe de 2006

Dans ce texte, le Conseil de l’Europe déplorait que « le grand public est très peu conscient des crimes commis par les régimes communistes totalitaires » et que « les partis communistes sont légaux et encore actifs dans certains pays, alors qu’ils n’ont parfois même pas pris leurs distances par rapport aux crimes commis dans le passé par des régimes communistes totalitaires ».

Afin de lutter contre cela, l’institution exhortait « tous les partis communistes ou postcommunistes de ses États membres qui ne l’ont pas encore fait à reconsidérer l’histoire du communisme et leur propre passé, à prendre clairement leurs distances par rapport aux crimes commis par les régimes communistes totalitaires et à les condamner sans ambiguïté ».

Elle appelait les États à condamner fermement les régimes totalitaires communistes.

  • La Résolution du Parlement européen du 19 septembre 2019

Elle porte sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe. Dans cette résolution présentée par de nombreux députés d’États d’Europe de l’Est ayant vécu le joug communiste, le Parlement européen rappelle que « les régimes communistes et nazi sont responsables de massacres, de génocide, de déportations, de pertes en vies humaines et de privations de liberté d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité ».

Elle prie les États-membres de l’Union « de procéder à une évaluation claire et fondée sur les principes en ce qui concerne les crimes et actes d’agressions commis par les régimes communistes totalitaires et le régime nazi ».

L’initiative du PP a été soutenue par les députés de Ciudadanos et de Vox mais a indigné la gauche espagnole, qui a trouvé deux justifications à son négationnisme.

Les deux négationnismes espagnols

  • Le négationnisme des communistes convaincus

Dans ce bloc, on retrouve les députés de Podemos et d’Izquierda Unida, deux partis ouvertement communistes représentés au gouvernement.

C’est le président d’Izquierda Unida, Enrique Santiago, qui a exposé son point de vue aux parlementaires espagnols.

Pour lui, « comparer le nazisme avec une quelconque autre idéologie, c’est banaliser le mal et les crimes contre l’humanité qu’ont perpétré Hitler et Mussolini. L’unique régime politique qui a planifié et mis à exécution l’élimination systémique et industrielle de collectifs et de peuple entiers a été le nazisme ».

C’est pourquoi son parti a refusé de « mettre au même niveau les victimes et les bourreaux », pour ne pas être « complice de crimes contre l’humanité ».

Ce même Enrique Santiago disait en 2019 admirer le processus révolutionnaire au Venezuela, « pays d’Amérique latine dans lequel se sont déroulées le plus d’élections » et prétendait que « si l’Espagne se trouvait dans les mêmes conditions que la Russie en 1917 », il n’aurait aucune réticence à se rendre « demain au Palais de la Zarzuela pour faire au roi Felipe VI ce que Lénine fit au tzar Nicolas II ».

Il est donc inutile de recommander à Enrique Santiago, aux députés et militants de Podemos et Izquierda Unida Le livre noir du communisme : crimes, terreur, répression, ouvrage qui dresse un bilan des crimes communistes et de ses 65 à 85 millions de victimes.

  • La complicité des ignares

On retrouve la majorité de ceux coupables de cécité complice à l’égard du négationnisme communiste dans les rangs du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Pour justifier leur refus de condamner les régimes communistes, ces derniers se sont prêtés à un syllogisme d’une sophistique redoutable :

    • le Parti communiste espagnol (PCE) a participé à la transition et à la rédaction de la Constitution ;
    • la transition espagnole et la Constitution sont un héritage à préserver ;
    • on ne peut condamner le communisme sans condamner la transition espagnole et sa Constitution.

Pour éviter de tomber aussi bas, les députés socialistes devraient peut-être revoir leur bibliographie. Ainsi, ils se souviendraient que le PCE de 1977 avait souscrit à l’euro-communisme, rejetant ainsi le léninisme, la nécessité d’une insurrection armée et d’une dictature du prolétariat, lui préférant lesdites « libertés bourgeoises ».

C’est d’ailleurs à la suite de ce tournant qu’est né en 1964 le Parti communiste espagnol marxiste-léniniste et d’autres organisations terroristes dérivées du marxisme-léninisme :

  • le GRAPO, 84 assassinats et 3 séquestrations ;
  • l’ETA, plus de 3000 attentats, 864 morts et plus de 7000 victimes ;
  • le Front révolutionnaire antifasciste et patriote, 5 assassinats. Organisation dans laquelle milita Javier Iglesias, le père du vice-président du gouvernement Podemos Pablo Iglesias. Un héritage dont ce dernier est particulièrement « fier », au point de nous partager une comptine que son père lui chantait enfant.

La mémoire démocratique de la gauche totalitaire espagnole

Mais si la gauche espagnole s’acharne à nier le totalitarisme communiste, c’est aussi pour ne pas se condamner elle-même. En effet, Pedro Sanchez a entériné une alliance avec plusieurs partis dont la relation avec la violence politique est plus qu’agitée : Podemos, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) et EH-Bildu.

D’abord, le dirigeant de Podemos Pablo Iglesias a toujours confessé son admiration pour le « génie bolchévique de Lénine ». C’est pourquoi en 2016, lors d’une conférence à Ségovie, il s’excusait de « ne pas casser la gueule à tous les fachos avec qui [je] débat[s] à la télé », et plaisantait sur une poursuite de l’événement ailleurs « qu’en allant à ce truc de pédés, le théâtre », lui préférant « une partie de chasse dans Ségovie pour appliquer la justice prolétarienne. »

Quant aux dirigeants d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), formation de la gauche indépendantiste catalane, ils revendiquent encore la figure de Luis Companys.

Durant la guerre civile, ce président de la Généralité de Catalogne a été le responsable de la création de camps de concentration et de l’exécution politique de plus de 8000 personnes en Catalogne, en grande majorité des catholiques, journalistes et chefs d’entreprise. Ils ont d’ailleurs obtenu de Pedro Sanchez qu’il reconnaisse « la figure de Companys » dans sa Loi de mémoire démocratique…

Et que dire de EH-Bildu… ?

Cette formation politique issue de l’ETA mêle le racialisme xénophobe du nationaliste basque Sabino Arana aux fondements révolutionnaires du marxisme-léninisme. Ses militants applaudissent encore les terroristes lors de leur sortie de prison et son dirigeant, Arnaldo Otegi, surnommé El Gordo lorsqu’il militait à l’ETA, a été condamné en 1979 pour la séquestration du directeur de l’usine Michelin Luis Abaitua. En juin 2019, lors d’une interview à la télévision publique espagnole, il revendiquait le « droit » de l’ETA à commettre des attentats.

Voilà donc la sinistre coalition qui gouverne l’Espagne et qui s’apprête à imposer sa « mémoire démocratique ». Nul doute qu’elle saura acheminer la démocratie espagnole vers la « République plurinationale solidaire » rêvée par Iglesias, vers laquelle Sanchez semble prêt à maintenir le cap à condition de rester capitaine du navire.

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