La souveraineté alimentaire en France, la fin d’un règne

Les conditions de production françaises, grevées de contraintes environnementales et administratives, de salaires et de coûts sociaux plus élevés que dans des pays concurrents font que notre balance commerciale agricole se détériore d’année en année.

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blé by Matthieu Milliot(CC BY-NC 2.0)

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La souveraineté alimentaire en France, la fin d’un règne

Publié le 21 novembre 2020
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Par Armand Pâquereau.

La notion de pénurie alimentaire a disparu de l’inconscient collectif. Le syndrome du rationnement de la période 1940-1945 n’est plus enseigné dans les programmes scolaires.

Les baby-boomers nés après cette période sont la première génération qui n’a pas vécu une guerre. Et pourtant, au fil des ans nous sommes bien entrés dans une guerre économique dont les effets sont moins spectaculaires, mais ravageurs au fil des ans.

Un vieil adage disait : « celui qui aura la dernière bouchée de pain gagnera la guerre ».

Grâce aux moyens de transport modernes qui ont raccourci les distances et au pétrole qui en a réduit les durées, la mondialisation a permis de masquer les aléas de production par des échanges commerciaux tous azimuts.

La France, premier producteur agricole de la CEE, est cependant confrontée à des contraintes réglementaires et une concurrence économique grandissantes.

Le poids de l’activité agricole, y compris le secteur des industries agro-alimentaires, représente 1,5 % de la population active occupée, participe au PIB pour 3,7 % (2016) et 6,7 % (2018) mais ce ratio s’élevait à 8 % en 1980.

La population active agricole, qui a diminué des deux-tiers depuis un demi-siècle, a réussi l’exploit prodigieux de permettre de diminuer le coût de la part alimentaire dans le budget des ménages dans les mêmes proportions.

En témoigne cette constatation de la consommation des ménages :

Dans une baguette de pain de 0,90 euro, la part qui revient au paysan est de 3,4 %.

Cependant, les consommateurs toujours attirés par l’option du « toujours + pour – cher », ont trouvé dans les produits d’importation une solution pratique pour alléger encore ce poste de dépenses.

Les conditions de production françaises, grevées de contraintes environnementales ruineuses, de contraintes administratives complexes et en perpétuel changement, de salaires et de coûts sociaux largement plus élevés que dans des pays producteurs concurrents font que notre balance commerciale agricole se détériore d’année en année.

L’un des secteurs les plus décroissants est celui de la production de légumes, fortement concurrencé par les importations : entre 2000 et 2014, elle a décru de 12,25 % (Eurostat Agreste 2014).

C’est pourtant le secteur où la Bio, tellement plébiscitée par les lobbies, les médias et l’opinion, est la plus facile à mettre en œuvre. Mais le « toujours + pour – cher » fait rage ici aussi et les producteurs français ne peuvent rivaliser en coût de production avec des produits importés de pays aux salaires de misère et dont les normes sont moins sévères que celles en vigueur en France.

Il résulte de cette course aux bas prix une aggravation du solde de la balance commerciale des produits agricoles bruts qui est devenu négatif en 2016, comme on peut le voir sur le bas du graphique ci-dessous.

Les exportations de produits bruts stagnent depuis 2011 alors que les importations sont en croissance régulière et continue.

Il serait un peu long de détailler tous les éléments qui concourent à augmenter notre dépendance alimentaire, mais on peut s’arrêter deux cas.

Les règlementations européennes sont de plus en plus contraignantes en matière d’environnement et imposent des contraintes et des investissements qui diminuent la compétitivité des entreprises, et sont loin d’être compensées par des primes qui, de compensatoires, sont devenues confiscatoires.

En témoigne la lutte contre les nitrates qui continue sans relâche alors qu’un colloque le 31 mars 2011, qui a réuni 11 éminents scientifiques du monde entier, a démontré l’absence de dangerosité des nitrates aux doses usuelles et leurs nombreuses incidences bénéfiques sur la santé.

Tout agriculteur, et tout agronome objectif connaît l’effet positif des nitrates sur la croissance des végétaux, l’augmentation de la masse végétale et des rendements des récoltes. Cette augmentation de la masse végétale s’accompagne d’une augmentation de la surface foliaire qui, par la photosynthèse augmente la quantité de CO² captée, avec un rejet d’oxygène supérieur. La masse végétale réincorporée dans les sols se traduit par une augmentation de la production d’humus, donc de la fertilité, qui entraîne une amélioration de la compétitivité des entreprises.

Cette décision de l’UE de limiter les nitrates fragilise les producteurs européens face à leurs concurrents étrangers.

Pour le glyphosate, dont l’UE a validé le 27 novembre 2017 l’utilisation jusqu’en 2022, la France comme très fréquemment a surajouté et interdit son usage aux agriculteurs dès la fin 2020. Mais curieusement, elle n’interdit pas l’importation de produits contenant des résidus de cet herbicide.

Là encore, cette interdiction entraîne des surcoûts financiers et techniques pour les agriculteurs français, et diminue leur compétitivité.

Malgré la publicité des pouvoirs publics enjoignant les consommateurs à acheter localement, les échanges agricoles continuent de se dégrader.

Près de un fruit ou légume sur deux consommé en France est importé, tout comme 25 % de la viande de porc ou 34 % de la volaille. Ceci explique en partie la sous-rémunération des agriculteurs qui doivent s’aligner sur les prix de dumping des produits importés.

Cette dépendance alimentaire, un paradoxe pour le premier pays agricole européen, représente un danger non seulement pour notre équilibre économique, mais à terme pour notre approvisionnement. Au rythme où disparaissent les agriculteurs, victimes de la concurrence internationale et surtout d’une volonté délibérée de l’opinion à vouloir imposer des modes de culture de la fin du XIXe siècle, la part des importations va croître. Le jour où les produits importés n’auront pas comme concurrents les produits de l’agriculture française, les produits importés pourront augmenter leurs prix à volonté, jusqu’à ce que notre balance commerciale ne nous permette plus de les payer.

Les responsables politiques de l’UE se moquent d’un tel risque en signant les accords du CETA et du MERCOSUR. La France, qui a rejeté cet accord sur le MERCOSUR ne l’a pas motivé par le risque d’une concurrence délétère pour les agriculteurs français, mais à cause de la déforestation qui « met en péril la biodiversité et dérègle le climat »

Quel sera le danger le plus grand et le plus immédiat : la fin de la souveraineté alimentaire ou le dérèglement climatique annoncé ?

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  • pénurie alimentaire , pénurie énergétique , pénurie d’emploi….tout ça parce que la France est dirigé par des incompétents au service d’eux même ;

  • On va le répéter..dans de nombreux secteurs l’économie agricole n’est plus une économie reposant sur la logique de marché mais de subventions conditionnées à des lubies diverses et variées.
    mais la cause de cela est que des gens ont vu des « problèmes » à résoudre de façon politique.. la souveraineté est un sujet poltique..il vaut mieux l’eviter .

    En outre, au niveau du marché intérieur les agriculteurs français ont souffert de campagnes de dénigrement dépassant allègrement la diffamation en étant accusés d’être des empoisonneurs..

    Il n’y pas lieu de penser que les politiques ont un rôle à jouer dans l’agriculture autre que marginalement législatif et, dès lors , l’agriculture doit être ce que les entrepreneurs veulent en faire.

    • le problème est l’étatisation de l’agriculture (comme tous les autres domaines économiques où les fonctionnaires veulent mettre leurs gros doigts pour faire croire qu’ils servent à quelque chose).

      • et, la souveraineté nationale ,ou bien elle est voulue par les gens,.eh bien , qu’ils achètent des produits Français ou bien, elle n’est pas voule et elle doit être imposée d’une façon ou d’un autre..

  • Dans ce domaine comme dans celui de l’énergie, il est grand temps de mettre en question les contraintes qui nous sont imposées de façon supranationale et de retrouver notre capacité à décider de ce qui nous concerne.
    Au vu du résultat, il est également indispensable de s’interroger sur l’évolution réglementaire globale, sur ses instigateurs et ses objectifs.

    • La France en surajoute à chaque fois. Ce sont nos écolos le plus grand problème de la France et des français, car ils nous ruinent littéralement en poussant les débiles qui nous gouvernent à interdire n’importe quoi contraire à leurs phobies!

  • Autant je suis bien d’accord avec le constat de l’auteur, autant je ne peux m’empêcher de noter qq phrases qui montrent que les discours bien-pensants anti-économiques dont notre pays est inondé, laissent des traces même chez ceux qui essaient de s’en défaire.

    « avec des produits importés de pays aux salaires de misère  »
    Salaire de misère?? Par rapport au SMIC français sans doute. Mais si vous comparez au cout de la vie du pays en question, ce n’est plus le cas.
    De plus, vous diminuez ou supprimez toutes les taxes, impositions, réglementations cotisations solidaires qui grévent le cout du travail en France, vous obtiendrez un salaire final qui rendra toute sa compétitivité à la production française.

    « qui doivent s’aligner sur les prix de dumping des produits importés. »
    Dumping: « Pratique qui consiste à vendre sur les marchés extérieurs à des prix inférieurs à ceux du marché national, ou même inférieurs au prix de revient. »
    Rien n’indique que les produits importés aient fait l’objet d’un dumping! La plupart n’en n’ont pas besoin puisque que venant de pays aux couts de production nettement inférieurs à la France.
    D’autre part, quand bien même ce dumping existerait, il faut distinguer 2 sortes de dumping. Celui organisé par le producteur lui-même qui veut se débarrasser d’une surproduction ou pénétrer un nouveau marché et celui organisé par l’Etat via la subvention pour soutenir un secteur économique. Le 2è dumping est organisé avec l’argent des autres et je comprend qu’on puisse le dénoncer. Néanmoins, il ne faut pas oublier que l’agriculture français en a longtemps bénéficié via la PAC et en bénéficie encore via les nombreuses subventions étatiques. Donc réclamer la fin du dumping étatique des autres imposerait d’arrêter le notre…

    « Le jour où les produits importés n’auront pas comme concurrents les produits de l’agriculture française, les produits importés pourront augmenter leurs prix à volonté, »
    Une analyse qui aurait sa place dans l’Obs.
    Les différents producteurs étrangers étant en concurrence les uns avec les autres pour vendre sur le marché français, il n’y a aucune chance pour que la disparition d’une production française entraine l’augmentation du prix.
    Pour exemple, la Belgique ne possède pas constructeur automobile. Les voitures vendues en Belgique ne sont pas spécialement plus chères que les mêmes vendues en France!

    • voila… la Belgique ne s’inquiete pas de sa souveraineté automobile? que fait le gouvernement belge?

    • Très juste. L’Allemagne et les Pays-Bas nous ont dépassé, un comble, alors que nous étions de loin le pays agricole le plus performant et exportateur, et ils n’ont pas des salaires de misère!

      • L’Allemagne, pas si sûr… Les pays de l’Est fournissent une main d’œuvre bon marché toute proche.
        Ex : l’abattage de porcs de France en Allemagne par des ouvriers vivant en dortoirs, et retour de la bête en France

    • Entièrement d’accord.
      Ajoutons par exemple que les accords du CETA, avec le Canada- pays bien connu pour ses salaires de misère, son climat riant et une totale absence de règles- donc, ces accords ont vu une amélioration de notre balance commerciale AA. Nous avons pu exporter plus de fromages grace aux accords, tandis que les canadiens rechignent à nous vendre leur viande bovine, tant les règles européennes sont contraignantes. Le jeu n’en vaut pas la chandelle pour eux.

    • Vous pouvez donc citer le dumping social de certains pays.

  • Il est loin le temps où l’on apprenait en géographie que la France était un grand pays agricole et agro-alimentaire, même si déjà ,à cette époque, le pays n’était pas assez compétitif en exportation de produits transformés.

  • Tous les pays du monde ont tendance à aider leur agriculture, considérée comme un secteur vital, presque stratégique en termes d’indépendance. Sauf peut-être quelques uns, comme le RU, et encore.

    La question est donc de savoir si nous intervenons plus, moins, mieux ou moins bien que les autres pour soutenir notre agriculture.
    Il est un fait incontestable que les contraintes imposées aux agriculteurs français ont tendance à crever le plafond depuis deux ou trois décennies ; et que ces contraintes expliquent à elles seules le recul de notre agriculture, et la dépendance qui va être désormais la nôtre vis à vis de l’étranger, et cela pour la première fois depuis… au moins la 2ème Guerre Mondiale.

    La technostructure socialo-écolo aura tout détruit dans ce pays : l’industrie, l’agriculture, le petit commerce ; même le bâtiment est en difficulté récurrente, malgré le manque de logement en France : un tour de force de notre technostructure, vraiment. Pauvre France…

    • Vous pourrez également ajouter dans vos exemples la Nouvelle-Zélande qui a supprimer toute aide financière et toute intervention étatique directe au secteur agricole dans les années 80 ce qui a dynamisé le secteur.
      L’agriculture représente 5% du PIB du pays mais surtout les produits agricoles et agroalimentaires représentent 57% des exportations du pays.
      La réussite du modèle agricole néozélandais n’est jamais cité par tous nos prointerventionisme étatique, et pour cause…

  • Le département américain de l’Agriculture (USDA) a publié il y a quelques jours une étude économique consacrée au volet agricole du Green deal européen, ce que l’on appelle la stratégie « farm to fork » (« de la ferme à la table »). Les conclusions des différents scénarios de son application sont effarantes : baisses de production importantes, hausses des prix délirantes, appauvrissement de l’Europe et propagation de la famine dans le monde.https://www.lopinion.fr/edition/economie/vue-d-amerique-strategie-agricole-europeenne-farm-to-fork-s-annonce-229603

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