Un libéral est-il forcément « sans scrupules » et « pour les riches » ?

Une idée reçue fréquente est qu’être libéral c’est être sans scrupules et défendre systématiquement les riches. Retour sur ce poncif dans ce court billet.

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Un libéral est-il forcément « sans scrupules » et « pour les riches » ?

Publié le 10 novembre 2020
- A +

Par Christophe Didier.

J’avais pourtant posté en toute bienveillance cet article mentionnant la résistance d’un libraire face à la fermeture administrative liée à l’épidémie de covid qu’il venait de subir.

Quand j’ai reçu ce commentaire :

« Toi qui te définis comme libéral sans scrupules à enrichir des milliardaires, pourquoi perds-tu ton temps à défendre des libraires indépendants… »

Je passe la suite, une agression gratuite sur Houellebecq.

Les partages sur Facebook étant souvent sujet au point Godwin, et particulièrement en ce moment, je m’attendais plutôt à une attaque du type : « soutenir les ouvertures de librairies, c’est vouloir la mort de ma grand-mère (ou de mon grand-père ou de toute autre personne âgée liée à l’agresseur par un lien familial quelconque).

Dans ce cas précis le point Godwin est à 3 étages :

  • étage 1 : libéral
  • étage 2 : sans scrupule
  • étage 3 : prêt à enrichir un milliardaire

Sans parler de la classique interrogation manichéenne : être pour Amazon et en même temps (tiens, ça me rappelle quelqu’un) client des libraires indépendants.

Détaillons donc ce chef-d’œuvre d’affirmation gratuite et d’idée préconçue en même temps (encore !).

Libéral

Oui, je me revendique ouvertement libéral. Et je n’ai même pas honte. Je jette régulièrement à la face de Facebook et de mes interlocuteurs quand ils sont devant moi (c’est dire mon courage) cette quasi insulte pour ceux habitant l’Hexagone.

Je mesure le niveau de violence ressenti par l’outragé, mais cela ne m’arrête pas. J’ai bien conscience qu’avoir pour objectif de faire confiance dans l’individu pour résoudre ses propres problèmes est un peu audacieux.

Surtout en ce moment où la résurgence de multiples boucs émissaires amène à penser que l’autre est toujours le responsable.

Sans scrupules

L’association libéral/sans scrupules est un grand classique, une évidence, une lapalissade. Un libéral ne PEUT PAS avoir de scrupules. Surtout quand il est ultra.

Effectivement, je n’ai aucun scrupule à réclamer davantage de liberté, à réclamer moins de règlementations inutiles ou à avoir l’ambition que les individus bien formés et bien accompagnés pourraient vivre une vie plus indépendante et plus intéressante.

Prêt à enrichir un milliardaire

À la décharge de mon contradicteur, j’avais effectivement dû écrire que cela ne me dérangeait pas que Jeff Bezos soit riche. Comme je suis taquin, j’ai même sûrement ajouté, réflexe conditionné du libéral moyen, « tant mieux pour lui ».

Du coup la remarque porte-t-elle sur le fait qu’un libéral est forcément sans scrupules ? Ou qu’il faudrait avoir des scrupules à enrichir quelqu’un qui l’est déjà ? D’une part, je ne vois pas pourquoi un libéral serait forcément dénué de scrupules. D’autre part, il n’en a pas l’exclusivité. Il existe probablement quantité de communistes, d’écologistes ou d’automobilistes sans scrupules. Et on ne leur en fait pas la remarque.

Quant à enrichir un type déjà riche, ça va sérieusement compliquer le choix des fournisseurs. Entre la provenance des composants, le nutriscore, la quantité de plastique et la richesse du patron de la boîte, faire ses courses va prendre beaucoup, beaucoup de temps.

Moi qui suis simplement client Amazon parce que c’est pratique (j’habite à la campagne) et que j’ai un choix immense. Suis-je bête et naïf, je suis libéral, je n’avais donc pas compris qu’acheter ne sert plus à satisfaire un besoin personnel mais à satisfaire les besoins des autres.

Voir les commentaires (43)

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  • Quand je dis que je suis libéral, mes interlocuteurs sont horrifiés, et je rajoute « Je suis pour les droits de l’homme ».
    Et là ces cuistres restent cois.

    • Je me borne à dire en introduction que je suis pour la DDHC de 1789, quasi tout y est.
      Une fois le pied dans la porte il est difficile pour la personne de revenir sur son idée préconçue. Au pire elle se dit que je n’ai rien compris au « libéralisme » dont elle à entendu parler et si elle demande des explications ou essaie de me détromper, c’est festival. Le Wiki est clair, tous les écrits libéraux sont clairs.

    • La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est effectivement un superbe exemple de texte libéral. De même que la loi de 1881 sur la liberté de la presse, ou le 1er article de la loi de Séparation des Églises et de L’État de 1905. C’est un peu oublié en France.

    • « Je suis libéral, mais ne croyez pas que cela fasse de moi un homme de droite ou de gauche. Je suis juste quelqu’un qui revendique d’avoir le choix. »

  • être liberal quand on est modeste est « trahir »…

    Les « pauvres » ont compris une chose, si ils restent unis, ce qui demande des compromissions , ils disposent du pouvoir du nombre qui est pratiquement sans limite dans les démocraties.
    Les idéologies victimaires sont alors attirantes.

    « prêt à enrichir un milliardaire »…bien sur que oui..si ça m’enrichit aussi.

  • Le capitalisme est le meilleur redistributeur de richesses.
    Mais il y a quelque chose de fatal pour la liberté, lorsqu’elle est mise en présence de la violence de l’état et de la démagogie.

    La peur et l’envie reste des combustibles plus efficaces pour bâtir une tyrannie que la raison et la liberté.

    Elles sont en nous depuis l’époque où nous étions des singes dans la savanne.
    La soumission à la hiérarchie politique du groupe était alors un reflexe de survie efficace.
    L’évolution de l’humanité a montré que c’était en se détachant peu à peu de ce modéle que les progrès ont été faits.
    Mais nous restons encore très imprégnés de ces reflexes primaires de notre ontologie.
    Cela ne changera que très lentement, sur plusieurs millénaires.
    Patience donc…

  • Simple article constatant simplement qu’il y a une flopée de gens doctrinaires qui méconnaissent souvent ce qu’est le libéralisme. Pour faire un parallèle, c’est comme ces paranoïaques antiétatistes qui traitent de communiste-gauchiste toute personne soutenant un minimum l’Idée d’Etat (Idée au sens platonicien). La discussion avec l’un ou l’autre est presque impossible, enfermés dans un monde de représentations faussées, divaguant de manière obsessive sur les mêmes thèmes, politiquement immobiles, incapables de mises en perspective ou de prendre du recul sur leurs positions, ces personnes agressent les autres qui n’ont pas strictement la même interprétation des faits avec la bave aux lèvres. Ces chiens enragés ne sont pas à piquer, ils sont à ignorer, mais ils sont bruyants et nuisibles aux débats sereins. Emplis de leurs certitudes, méprisants, hargneux, insultants, ils ont recours à tous les mensonges et toutes les exagérations pour vous nuire et travestir votre propos. Certains sont tellement loin qu’ils en ont des hallucinations. C’est dramatique. Heureusement, je n’en connais aucun réellement. Virtuellement par contre… Ces gens fermés d’esprits sont à éviter, ils sont destructeurs de tout ce qui leur déplait.

    • Le libéralisme bien compris est le pendant de la démocratie participative comme dans la confédération Helvétique…

    • « Pour faire un parallèle, c’est comme ces paranoïaques antiétatistes qui traitent de communiste-gauchiste toute personne soutenant un minimum l’Idée d’Etat (Idée au sens platonicien) »
      Un point commun entre ces deux-là, entre l’anti-libéral primaire et le gars qui voit des gauchistes partout : le manque de cervelle !
      Le fait que rapidement vous ayez atteint « -2 » (et ce n’est pas fini) montre qu’ils sont partout ! Même sur un site qui fait pourtant plus appel à l’intelligence que la moyenne…

      • Ce type s’est fait viré 20 fois pour insulte et n’a pas une seule fois défendu autre chose que l’étatisme et la gauche.
        Le jugement des contributeurs de contrepoints est tout à fait adéquat d’autant plus que la plupart sont des libéraux classique, donc pas du tout opposé au rôle de l’état régalien qu’ils reconnaissent comme essentiel.
        Lépine/Cac.tus/Pant.one (etc.) enfonce donc bêtement des portes ouvertes mais pratique surtout la provocation. C’est essentiellement un troll et pas grand chose d’autre.

    • [mode Client Eatswood ON]

      Hé oui, le monde se divise en 2 catégories : les gauchistes qui creusent et les antiétatistes paranoïaques qui ont un flingue.
      [mode Client Eastwood OFF]

      Toi tu creuses.

      • C’est joliment dit. Voulez-vous dire que les antiétatistes paranoïaques coercitionnisent les autres personnes sous la contrainte ? Lol.
        Plus sérieusement, et pour rappel, je ne suis pas gauchiste, mais ça, il faut ne pas être fermé d’esprit pour le comprendre.

        • Vous passez tous les item du duck test.:)

          I can’t prove you are a Communist. But when I see a bird that quacks like a duck, walks like a duck, has feathers and webbed feet and associates with ducks—I’m certainly going to assume that he is a duck

          • C’est joliment dit :-). Mais vu que je ne soutiens pas l’étatisme, que je suis pour la libre-concurrence dans nombre de domaines, pour une baisse des impôts, pas franchement copain avec les syndicats (voire qu’on s’entend pas), réfractaire aux intrusions étatiques dans la vie privée des gens, estomaqué (et inquiet) par le partenalisme étatique français, très attaché à mon patrimoine financier et mes propriétés privés, opposé farouchement à la gauche « dite progressiste », étant pro-nucléaire, critiquant la victimisation facile de certaines communautés, libéral dans les moeurs et les pratiques culturelles et cultuelles, il est évident que je ne suis pas le canard que vous cherchez. Mais ça, il faut être un minimum canardologue pour le voir.

      • Dommage que depuis le temps qu’il creuse, il n’ait pas trouvé du pétrole. Au moins, il nous aurait servi à quelque chose.

      • merde j’ai ri ..^^

    • Ouin ouin et insultes habituelles.
      En 2 ans de présence et, sans surprises, 20 bannissements je crois que j’ai lu un seul commentaire intéressant de votre part.

    • Tout ça pour dire que vous êtes un socialiste : fallait pas vous donner tant de peine, on avait compris.

      À force de vous regarder dans le miroir, vous nous avez pondu un bel autoportrait, ma foi.

      De rien.

    • l’étatisme doit se résumer au régalien, hors de ça ça devient du socialisme ..si vous ne pigez pas ça on peut rien pour vous.

      • L’étatisme ne peut pas se résumer au régalien sinon c’est pas de l’étatisme. (C’est comme dire le contenant ne peut être plus volumineux que le contenu, ça n’a pas de sens).
        Et confondre étatisme et socialisme… c’est la confusion la plus courante et pourtant elle me fait toujours râler.
        Le régalien est également une notion variable : battre monnaie à l’heure actuelle, est-ce encore régalien ? Alors que moult institutions privées créent de la monnaie fictive par des crédits à la consommation… Quid de la défense ? alors que les conflits dans le monde sont de plus en plus des séparatismes, des seigneurs de guerre, des soldats sans états….
        A part ça, vous dites que vous ne pouvez rien pour moi ? En effet… vous ne semblez pas avoir quelque à m’apporter… par contre, vous pouvez me lire et apprendre 🙂

  • Les politiques nous désignent des faux coupables dans le but de nous diviser.
    Les quelques personnes qui osent s’interroger sont désignées comme criminels par ceux qui, quoiqu’ils en disent, attendent tout de l’Etat et surtout quelques miettes-avantages de la part des menteurs qui espèrent leurs voix.

  • Excellent petit papier d’humeur (et d’humour).

    Le problème, c’est qu’on a très clairement l’impression que depuis quelques temps Contrepoint cherche à justifier la double égalité : « Libéral = Droite » et (pour les US) « Libéral = Républicain trumpiste »…

    Ce qui ne me convient (convainc) pas vraiment.

    • Humm..
      Le problème en France c’est que Gauche=antilibéral et Droite!=libéral.
      Pour ce qui est de Trump, je n’ai pas l’impression de lire des articles pro-Trump, mais pas non plus des Anti-Trump outranciers comme on a l’habitude de lire dans les médias français.

      • « Gauche=antilibéral et Droite=libéral »

        En France, c’est clair. Sur Contrepoints, ça devrait être nettement plus nuancé que ça. Hélas, tant du point de vue des commentaires que des articles, ce travers est encore bien présent.

      • Les lecteurs de Contrepoints se montrent assez objectifs. Ils ne font ni de l’anti ni du pro, et reconnaissent à Trump les bonnes décisions prises. Baisses d’impôts et suppression des règlements introduits par le maniaque Obama!

      • peut être pas les articles mais les commentaires par contre

    • C’est surtout que libéral ≠ gosplan soviétoïde de la gauche américaine qui est mortelle pour le pays.
      Sans être libéral, Trump l’est infiniment plus que nos politiques, même de « droite » et surtout que les démocrates américains.
      Entre un rhume et Ebola, il ne faut pas hésiter.

  • « Un libéral est-il … »

    En fait, la discussion s’arrête là, car le jugement d’autrui suppose l’adoption d’un système de valeur prédéfini qu’il entend imposer aux autres.

    Bien sur, on va nous présenter ces valeurs comme « naturelles » pour justifier la tentative de soumission des autres. Mais la plupart du temps en se basant sur le cadre étroit du présent, de sa propre culture, son pays et même en fait de son cas et son intérêt particulier.

    Etre « sans scrupule » ou justifier l’existence de castes de riches ou nobles ou pieux est contre mes propres valeurs, mais ni plus ni moins que d’autres valeurs de collectivisme, de patriotisme ou d’élitisme. La seule chose qui compte est de pouvoir définir son propre groupe et d’assurer la possibilité de coexistence de cette infinité de groupes.

  • La distinction est hypra simple:

    si vous pensez que dans des sociétés modernes la violence est nécessaire pour réduire la rareté (et donc augmenter les possibilité de choix pour les individus, ce qui est la vraie définition de la richesse), vous êtes en faveur de l’état, qui en a le monopole, et vous êtes donc un étatiste.

    si vous pensez le contraire, vous êtes un libéral.

    Il est donc absolument impossible d’être un libéral violent comme le disent certains ici: c’est asin.

    • J’aime bien votre approche. Mais j’ai du mal à concevoir qu’elle s’applique à autre chose que le libéralisme économique. Comment l’appliquer par exemple à ces autres éléments caractéristiques du libéralisme : libéralisation de l’usage des drogues, autorisation de la GPA, fin du harcèlement des prostitué(e)s… ?
      Merci de m’éclairer.

  • Les commentaires sont fermés.

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Un entretien mené par Matthieu Creson pour la la Revue Politique et Parlementaire. 

 

Pascal Salin est économiste, professeur émérite de l’université Paris-Dauphine, et fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1994 à 1996.

Parmi les ouvrages qu’il a publiés, citons notamment La Vérité sur la monnaie (Paris, Odile Jacob, 1990), Libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2000), Français, n’ayez pas peur du libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2007), Revenir au capitalisme pour éviter les crises (Paris, Odile Jacob, 2010), La T... Poursuivre la lecture

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