Un libéral est-il forcément « sans scrupules » et « pour les riches » ?

Bankers by Tim Kwee(CC BY-NC 2.0) — Tim Kwee, CC-BY

Une idée reçue fréquente est qu’être libéral c’est être sans scrupules et défendre systématiquement les riches. Retour sur ce poncif dans ce court billet.

Par Christophe Didier.

J’avais pourtant posté en toute bienveillance cet article mentionnant la résistance d’un libraire face à la fermeture administrative liée à l’épidémie de covid qu’il venait de subir.

Quand j’ai reçu ce commentaire :

« Toi qui te définis comme libéral sans scrupules à enrichir des milliardaires, pourquoi perds-tu ton temps à défendre des libraires indépendants… »

Je passe la suite, une agression gratuite sur Houellebecq.

Les partages sur Facebook étant souvent sujet au point Godwin, et particulièrement en ce moment, je m’attendais plutôt à une attaque du type : « soutenir les ouvertures de librairies, c’est vouloir la mort de ma grand-mère (ou de mon grand-père ou de toute autre personne âgée liée à l’agresseur par un lien familial quelconque).

Dans ce cas précis le point Godwin est à 3 étages :

  • étage 1 : libéral
  • étage 2 : sans scrupule
  • étage 3 : prêt à enrichir un milliardaire

Sans parler de la classique interrogation manichéenne : être pour Amazon et en même temps (tiens, ça me rappelle quelqu’un) client des libraires indépendants.

Détaillons donc ce chef-d’œuvre d’affirmation gratuite et d’idée préconçue en même temps (encore !).

Libéral

Oui, je me revendique ouvertement libéral. Et je n’ai même pas honte. Je jette régulièrement à la face de Facebook et de mes interlocuteurs quand ils sont devant moi (c’est dire mon courage) cette quasi insulte pour ceux habitant l’Hexagone.

Je mesure le niveau de violence ressenti par l’outragé, mais cela ne m’arrête pas. J’ai bien conscience qu’avoir pour objectif de faire confiance dans l’individu pour résoudre ses propres problèmes est un peu audacieux.

Surtout en ce moment où la résurgence de multiples boucs émissaires amène à penser que l’autre est toujours le responsable.

Sans scrupules

L’association libéral/sans scrupules est un grand classique, une évidence, une lapalissade. Un libéral ne PEUT PAS avoir de scrupules. Surtout quand il est ultra.

Effectivement, je n’ai aucun scrupule à réclamer davantage de liberté, à réclamer moins de règlementations inutiles ou à avoir l’ambition que les individus bien formés et bien accompagnés pourraient vivre une vie plus indépendante et plus intéressante.

Prêt à enrichir un milliardaire

À la décharge de mon contradicteur, j’avais effectivement dû écrire que cela ne me dérangeait pas que Jeff Bezos soit riche. Comme je suis taquin, j’ai même sûrement ajouté, réflexe conditionné du libéral moyen, « tant mieux pour lui ».

Du coup la remarque porte-t-elle sur le fait qu’un libéral est forcément sans scrupules ? Ou qu’il faudrait avoir des scrupules à enrichir quelqu’un qui l’est déjà ? D’une part, je ne vois pas pourquoi un libéral serait forcément dénué de scrupules. D’autre part, il n’en a pas l’exclusivité. Il existe probablement quantité de communistes, d’écologistes ou d’automobilistes sans scrupules. Et on ne leur en fait pas la remarque.

Quant à enrichir un type déjà riche, ça va sérieusement compliquer le choix des fournisseurs. Entre la provenance des composants, le nutriscore, la quantité de plastique et la richesse du patron de la boîte, faire ses courses va prendre beaucoup, beaucoup de temps.

Moi qui suis simplement client Amazon parce que c’est pratique (j’habite à la campagne) et que j’ai un choix immense. Suis-je bête et naïf, je suis libéral, je n’avais donc pas compris qu’acheter ne sert plus à satisfaire un besoin personnel mais à satisfaire les besoins des autres.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.