Présidentielle américaine : une alternative à Trump et à Biden ?

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Les deux principaux candidats à la présidentielle américaine sont imparfaits, mais ils ne sont jamais seuls ! Alors y-a-t-il une alternative au président Trump et à l’ancien vice-président Biden en 2020 ?

Par Philippe Lacoude.

Dans les commentaires de mon dernier billet sur la politique aux États-Unis, certains lecteurs avaient visiblement du mal à me situer politiquement.

Certains reprochaient à l’article d’être tour à tour pour ou contre les deux candidats dont je parlais sans pouvoir se mettre d’accord.

J’ai tendance à juger ces derniers à l’aune des sciences politiques sous un angle libéral.

Du coup, je dénonce volontiers les entraves au commerce international, les empilements de règlementation, les folies taxatrices, les dépenses futiles financées par la dette publique, les entraves à la liberté du travail et les violations des droits de propriété par l’État ou les criminels privés.

De ce point de vue, les deux principaux candidats à la présidentielle américaine sont imparfaits.

Mais ils ne sont jamais seuls !

Les « petits » candidats

Les Américains votent pour des grands électeurs. Chaque État reçoit un nombre de ces derniers presque égal à son nombre de représentants au Congrès fédéral, qui est la Chambre des représentants plus le Sénat.

Comme le scrutin est uninominal à un tour au niveau de chaque État, on a tendance à ne parler que de ceux qui sont représentés dans tous les États et ayant une forte chance de l’emporter.

Pourtant, lors des élections présidentielles américaines, une foultitude de candidats de petits partis se présentent à chaque fois. Certains ne sont présents que dans un seul État. D’autres se présentent dans tous les États.

Élection de 2016

Lors de l’élection présidentielle américaine de 2016 qui opposa le président Trump à l’ancienne Secrétaire d’État Clinton, il y avait de nombreux autres candidats de tous les bords politiques.

Pour n’en retenir que quelques-uns :

Certains candidats – comme Evan McMullin, Darrell Castle ou Gloria La Riva – n’étaient pas présents partout sur les bulletins de vote. Evan McMullin, centre droit, manquait à l’appel dans 14 États.

La candidate écologiste Jill Stein – qui serait assez confortable au sein d’EELV en France – était présente partout, tout comme le candidat « libertarien » – c’est-à-dire libéral, en français –, Gary Johnson, qui a obtenu 3,28 % des voix.

Évidemment, cet ancien gouverneur du Nouveau Mexique a obtenu son plus faible score – seulement 4906 voix ! – dans la capitale fédérale, Washington, D.C.

Élection de 2020

Alors y-a-t-il une alternative au président Trump et à l’ancien vice-président Biden en 2020 ?

Oui ! Tous les petits partis vont essayer d’être présents dans le plus grand nombre d’États possible (cf. cartes ici).

Si on est en faveur du droit des couples gays de défendre la récolte de marijuana de leurs enfants adoptifs biraciaux à l’aide de AK-47 automatiques chinois dans un monde sans impôt sur le revenu et sans règlementation tatillonne, le parti libéral présente une candidate, Jo Jorgensen, professeur d’économie du travail à l’Université Clemson en Caroline du Sud.

Sur le plan économique, madame Jorgensen est en faveur d’une baisse radicale de la dépense publique, des impôts et des déficits fédéraux ainsi que de la suppression de la vaste majorité des règlementations fédérales.

Elle défend un système de santé privé avec un marché libre : les individus achèteraient leurs assurances avec un chèque santé calqué sur le modèle des chèques éducation lesquels sont extrêmement populaires et prometteurs aux États-Unis partout où ils sont en vigueur.

Ce point est le plus original de son programme et, à mon sens, le plus réaliste de sa campagne : sans aucune chance réelle d’être élue, elle a une probabilité non-négligeable de laisser un héritage intellectuel important dans le paysage politique américain : après l’échec de l’Obamacare – qui a aggravé la socialisation de la médecine aux États-Unis et donc son coût – et en l’absence de toute mesure crédible du côté républicain pour faire baisser les prix exorbitants de façon significative, cette idée simple à comprendre, simple à exposer et simple à réaliser pourrait donner lieu à des expériences locales comme les chèques éducation.

Pour l’assurance vieillesse, elle veut supprimer la « Social Security » – le système public ruineux et ruiné qui sévit aux États-Unis depuis le président Roosevelt – et la remplacer par un système de capitalisation semblable à ce qui existe déjà pour les retraites complémentaires. Étant donnés les déficits considérables, une réforme est inéluctable.

En matière de justice pénale, madame Jorgensen s’oppose à la confiscation des biens – sans jugement ! – dans les affaires de drogue (qui donne lieu à de nombreux dérapages). Elle veut revoir l’immunité qualifiée des officiers de police qui les rend difficiles à poursuivre en justice quand ils sont en tort. Enfin, elle veut mettre fin à la guerre contre la drogue et soutient l’abolition des lois fédérales sur la prohibition.

Mais contrairement à la gauche – qui défend à peu près les mêmes positions, parfois du bout des lèvres – elle est farouchement en faveur du droit naturel à l’auto-défense, à la possession et au port d’armes.

Sans surprise, en politique étrangère, elle est contre les embargos, les aventures militaires et les sanctions économiques. Mais là aussi, contrairement à la gauche, elle pousse la cohérence jusqu’au bout en appelant à la fin des aides internationales publiques. J’avoue que je paierais cher pour voir la tête des caciques de la clique administrative du quai d’Orsay, si elle était élue ! Ils en avaleraient leurs petits-fours de travers lors de leur cocktails-parties, déjà mises à mal par le président Trump !

Son laissez-faire est complété par le laissez-passer cher à Vincent de Gournay : les États-Unis aboliraient les droits de douane.

Bien sûr, pareil programme n’a aucune chance de passer, mais il n’est pas impossible que madame Jorgensen fasse un peu plus de 3 % des voix comme son prédécesseur libéral en 2016. L’idée que je vis parmi 4,5 millions de citoyens qui pensent comme elle et votent pour ces idées est extrêmement rassurante.

Des voix perdues ?

L’argument habituel est que voter libéral, c’est favoriser le candidat X ou le candidat Y.

J’entends ces sottises depuis plus de 20 ans mais, en pratique, aucun candidat libéral n’a jamais fait basculer une élection présidentielle américaine ou « gubernatoriale » (de gouverneur) aux États-Unis.

S’il existe quelques cas où ajouter toutes les voix libérales à l’un ou l’autre des candidats démocrates ou républicains au poste de gouverneur aurait changé le résultat (cf. ici), les sondages de sortie des urnes montrent en général que les voix libérales se divisent en trois parts à peu près égales : ceux qui auraient voté démocrate en l’absence d’un candidat libéral, ceux qui auraient voté républicain et ceux qui seraient allés à la pêche au stand de tir.

Pas de quoi faire basculer une élection !

De toute façon, contrairement à ce que pensent certains médias et une partie de l’« élite » mondiale, les Américains sont plutôt politiquement futés : ceux qui sont écologistes ou libéraux ont tendance à voter pour leur second choix dans les États où les sondages montrent que les résultats vont être serrés.

Personnellement, j’ai toujours vu ceci comme une marque indéniable de maturité et de responsabilité politique :

En effet, si l’on étudie le graphique ci-dessus, on s’aperçoit immédiatement que plus la marge de l’un des deux candidats principaux – l’ancienne Secrétaire d’État Clinton ou le président Trump – est grande, c’est-à-dire plus on s’éloigne de l’axe vertical (en rouge), et plus les scores des petits candidats sont élevés.

Notablement, Washington, D.C. est perdue sur la gauche (petit point jaune) : la capitale fédérale vote comme un seul homme pour davantage d’étatisme. Il n’y a pas de place pour les voix dissidentes. E Pluribus Unum est la devise des États-Unis, sauf en leur sein.

Les politiciens et fonctionnaires américains fédéraux sont d’aussi fins stratèges que les Sénateurs de la Rome antique avec à peu près les mêmes résultats piteux. Ils vivent dans l’opulence en volant le reste du pays… Cela ne durera qu’un temps.

Si le graphique n’a pas vocation à démonstration mathématique, la relation illustrée par la courbe orange est claire : quand le score entre les deux principaux candidats s’avère serré, les Américains votent moins pour les candidats « secondaires ».

En français politique, les Américains « votent utile ».

Pour le reste d’entre eux, c’est-à-dire la vaste majorité des électeurs du pays, c’est l’occasion de se faire plaisir.

Pour certains, c’est même une chance de voter pour des principes fermes de défense de la Liberté, une et indivisée.

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