Élections en Géorgie : un exemple de résilience démocratique en période de pandémie

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Pays le plus libre de sa région, la Géorgie se trouve à un moment critique de son développement démocratique.

Par Guillaume Périgois.

Lorsque les électeurs de cette fière nation se rendront aux urnes ce samedi 31 octobre, en pleine pandémie et dans un Caucase en guerre, le résultat qui scellera l’avenir occidental du pays sera le fruit de nouvelles règles électorales plus représentatives.

Une victoire annoncée du parti au pouvoir en Géorgie

Rêve Géorgien, le parti de centre-gauche actuellement aux affaires, conserve une nette avance, entre 40 % à 52 % dans les sondages. Ce parti est dirigé par le milliardaire, philanthrope et ancien Premier ministre Bidzina Ivanichvili.

Face à lui, l’ancien président Mikheil Saakachvili, fort de son contrôle d’une chaîne de télévision, fait actuellement campagne à la tête du Mouvement National Uni de centre-droit qui occupe la deuxième place dans les sondages avec de 19% à 31 % des intentions de vote.

 

M. Saakachvili a mené la Révolution des Roses en 2003 qui a propulsé les Géorgiens du marasme post-soviétique à une gouvernance pro-européenne, en faisant un sort à la corruption et en mettant en place des institutions solides. Mais sa réputation s’est ensuite effondrée en raison de la façon dont il a traité ses opposants politiques et pour avoir entraîné la Géorgie dans une guerre avec la Russie en 2008.

Vers un Parlement plus représentatif

Mais ce que les sondages d’octobre révèlent surtout, c’est que la jeune et dynamique démocratie géorgienne est prête à élire un Parlement beaucoup plus diversifié.

Le gouvernement dirigé par Rêve Géorgien a adopté en début d’année une réforme électorale faisant passer le scrutin à un système partiellement proportionnel.

Cette réforme a reçu le soutien sans équivoque de l’Union européenne et des États-Unis, ainsi que celui du gouvernement français.

Le fait que le nouveau système proportionnel soit semblable à celui utilisé par le Parlement européen n’est pas un hasard.

Cette réforme, qui reçut un soutien massif de la part du public géorgien, est passée malgré le rejet des partis d’opposition menés par M. Saakachvili.

Une pandémie sous contrôle en Géorgie

La victoire de Rêve Géorgien s’explique par l’approbation du public quant à la manière dont le gouvernement a géré la pandémie.

Le pays a en effet l’un des taux de mortalité les plus bas d’Europe, et se situe dans le peloton de tête mondial en termes de maîtrise du virus.

Il semble qu’une gestion de crise réussie soit récompensée dans les urnes. Lors des récentes élections législatives en Corée du Sud, le Parti Démocratique au pouvoir et ses alliés ont renforcé leur position en remportant 57 sièges supplémentaires. L’exemple géorgien pourrait faire une règle de ce précédent.

Le nuage russe, le soleil européen

La principale tension sous-jacente à la politique géorgienne est issue des efforts incessants de la Russie, l’ancien occupant du pays, à faire pression sur son voisin méridional afin qu’il reste dans son orbite, sans tenir compte des souhaits du peuple géorgien.

Douze ans après la guerre, la Russie occupe en effet toujours un cinquième du territoire géorgien. Rêve Géorgien a tenté de réduire les tensions depuis son arrivée au pouvoir mais Moscou a continué à s’emparer de petites portions du territoire. L’influence indirecte de la Russie se fait également sentir par son soutien à certains petits partis et par diverses campagnes de désinformation.

M. Saakashvili a irrité nombre de Géorgiens en exprimant son soutien à l’Azerbaïdjan dans sa récente quête pour reprendre le Haut-Karabakh, une enclave contrôlée par l’Arménie. L’actuel gouvernement tente au contraire de jouer un rôle de médiateur, la Géorgie étant limitrophe des deux pays et comptant d’importantes minorités arméniennes et azéries.

Le gouvernement mené par Rêve géorgien n’a pas hésité à annoncer son désir de poser la candidature du pays à l’adhésion à l’UE et à l’OTAN, un projet plébiscité à 80 % par la population.

Au cours de la dernière décennie, les dirigeants politiques géorgiens ont pris des mesures importantes en vue de leur adhésion à ces deux entités, de la mise en œuvre d’un accord d’association avec l’UE à l’accueil d’exercices multinationaux de l’OTAN en 2019 et 2020.

Pays le plus libre de sa région, la Géorgie se trouve à un moment critique de son développement démocratique et, une nouvelle fois, son sort semble lié à la question plus large de savoir si l’Occident peut réussir à limiter l’influence régionale de la Russie.

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