Géorgie : défiance à l’approche des élections législatives d’octobre

Malgré les encouragements de la communauté internationale, l’hésitation des partis d’opposition pourrait compromettre l’adoption d’une réforme électorale cruciale pour l’avenir européen de ce pays du Caucase.

Par Guillaume Périgois.

Malgré les encouragements de la communauté internationale, l’hésitation des partis d’opposition pourrait compromettre l’adoption d’une réforme électorale cruciale pour l’avenir européen de ce pays du Caucase.

La présidente géorgienne gracie deux hommes politiques de l’opposition

Le 15 mai dernier, la présidente géorgienne Salomé Zourabichvili a gracié deux hommes politiques de l’opposition préalablement condamnés, un ancien maire de la capitale et un ancien ministre de la Défense, afin de réduire les tensions politiques à l’approche des élections parlementaires de cet automne.

La libération de l’ancien maire de Tbilissi Gigi Ugulava et de l’ancien ministre de la Défense Irakli Okruashvili a été faite pour ne pas permettre « une nouvelle polarisation et une nouvelle confrontation », a déclaré dans un communiqué télévisé la présidente Zourabichvili.

Le leader de l’opposition Gigi Ugulava avait été condamné à 38 mois de prison le 10 février dernier pour détournement de fonds publics alors qu’il était maire de Tbilissi, sa deuxième condamnation pour des faits similaires.

Irakli Okruashvili, également leader de l’opposition, a été condamné à cinq ans de prison le 13 avril pour avoir commis des violences lors d’une manifestation devant le Parlement en juin 2019.

L’Accord du 8 mars dans la balance

Un accord initial de réforme électorale a été conclu le 8 mars 2020, facilité par les ambassades des États-Unis et de l’Union européenne et signé par le gouvernement et les partis d’opposition. Aujourd’hui, il semble que la réforme pourrait être compromise par le fait que certains partis d’opposition tentent de s’écarter de l’Accord du 8 mars. Cette politique de la corde raide a fait monter les tensions.

Les partis d’opposition Mouvement National Uni et Géorgie Européenne affirment que les affaires pénales contre des personnes liées à l’opposition doivent être résolues afin de faire avancer l’Accord du 8 mars conclu avec Rêve Géorgien, le parti au pouvoir.

Mais Rêve Géorgien a rappelé la lettre de l’Accord qui ne stipule pas que des personnes effectivement condamnées pour des crimes ou délits doivent être libérées. La présidente Zourabichvili, par ailleurs ancienne haute fonctionnaire et diplomate française, a donc refusé de reconnaître que cette décision faisait partie de l’accord, qui prévoit une réforme électorale avant les élections législatives prévues en octobre.

La communauté internationale, y compris des représentants américains et des députés européens, ont exhorté les partis politiques géorgiens à tenir leurs promesses et à faire avancer la réforme.

L’ambassade américaine et la délégation de l’Union européenne à Tbilissi ont salué la décision de la présidente Zourabichvili pour « avoir créé un environnement politique plus propice à un processus électoral libre, équitable et transparent ». Les Américains et les Européens ont en outre lancé un appel « à toutes les parties pour qu’elles mettent pleinement en œuvre l’accord dans sa lettre et son esprit et qu’elles jouent leur rôle pour assurer l’adoption des amendements constitutionnels et de la réforme électorale, dans l’intérêt d’élections libres et équitables cet automne ».

La réforme électorale du gouvernement est considérée par l’UE et les États-Unis comme un moyen de renforcer la démocratie en Géorgie et d’accélérer le cheminement du pays vers l’UE et l’OTAN.

Vers un système électoral proportionnel

La promesse du gouvernement de passer à un système électoral entièrement proportionnel avant les élections législatives de cette année a été considérée comme un geste important après les manifestations de l’opposition qui ont secoué Tbilissi durant l’été 2019.

Puis, pendant deux semaines en novembre 2019, des manifestations violentes ont eu lieu après que le Parlement a rejeté des propositions visant à passer à ce nouveau système électoral entièrement proportionnel, l’opposition déclarant que le système actuel donnait un avantage au parti au pouvoir.

Mais Rêve Géorgien a affirmé vouloir aller de l’avant avec le vote du Parlement sur l’amendement constitutionnel nécessaire à la mise en œuvre de la réforme électorale, soulignant qu’il en était l’auteur initial.

Rêve Géorgien a en outre appelé les partis d’opposition à abandonner toutes les menaces et boycotts et à honorer immédiatement les engagements qu’ils ont pris envers les partenaires internationaux.

Si la réforme électorale est adoptée, les élections d’octobre 2020 se dérouleront selon un système mixte de scrutin proportionnel (120 sièges) et majoritaire (30 sièges), à l’opposé du système mixte actuel (respectivement 77 et 73 sièges).

Mais le processus de réforme électorale a besoin du soutien des partis d’opposition pour se poursuivre. Il reste à voir si ces derniers choisiront d’honorer l’Accord en y participant effectivement.

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