Google a besoin des médias et les médias ont besoin de Google

Google vient d’annoncer une initiative pour rémunérer les éditeurs qui « créent et organisent du contenu de grande qualité ». En France, l’offre passe mal.

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Google a besoin des médias et les médias ont besoin de Google

Publié le 10 octobre 2020
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Par Aymeric Belaud et Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Contrairement à tous les autres secteurs économiques, dont les dirigeants accompagnent depuis 20 ans la révolution numérique, la plupart des patrons des médias traditionnels français semblent continuer à rester dans le déni de la réalité et refusent les évolutions induites par la révolution digitale.

Sous perfusion d’argent public, les syndicats de la presse, conscients de l’état de délabrement des finances publiques, cherchent depuis quelques années de passer de cette logique d’aide d’État – ou de la compléter – à (par) une forme de racket des GAFAM, coupables selon eux d’avoir siphonné une grande partie des recettes publicitaires.

Dans ce contexte, Google vient de faire une offre intéressante en annonçant une initiative « de long terme » baptisée Google News Showcase et dotée de un milliard de dollars sur trois ans pour rémunérer les éditeurs qui « créent et organisent du contenu de grande qualité ».

Les médias subventionnés contre la concurrence libre d’internet

Le directeur de l’AFP, Fabrice Fries, a écrit dans Le Monde une tribune à charge contre les plateformes numériques, dans le cadre des négociations actuelles autour des droits voisins. Il les accuse de ne rien produire, de vivre aux dépens de la presse, et critique le système de gratuité.

En réalité, c’est plutôt l’inverse. Les plateformes assurent une fonction essentielle de classement et de présentation des contenus. Elles rendent un service aux médias, en leur permettant, via un service dédié, d’être davantage visibles pour les internautes.

Les contenus sur le web sont variés et c’est l’internaute qui décide librement ce qu’il souhaite consulter. Si monsieur Fries décrit le modèle de gratuité sur internet comme problématique pour la presse, c’est qu’il y a un sérieux problème d’offre de la part des médias, qui devraient plutôt s’interroger sur la valeur ajoutée de leur produit, plutôt que d’accuser les plateformes.

Peut-être aussi que si les internautes préfèrent rechercher l’information sur internet plutôt que sur les sites de presse conventionnels, c’est parce qu’ils n’ont plus confiance en eux.

Médias traditionnels : les Français ne font plus confiance

L’offre de Google consisterait à offrir des espaces dits « panneaux » dans Google News et bientôt sur le moteur de recherche Google à l’intérieur desquels certains médias pourraient placer des informations et les mettre en valeur en étant rémunérés pour cela.

Environ 200 médias ont déjà signé, notamment en Allemagne, dont Spiegel et Die Zeit, au Brésil et au Royaume-Uni. Des médias en Inde, en Belgique et aux Pays-Bas devraient suivre.

C’est la somme la plus importante proposée par Google pour l’industrie de l’information après son « Google News Intiative » de 2018, de 300 millions de dollars.

C’est en France que les réticences à cette initiative sont les plus féroces car des représentants de la presse et d’autres médias tiennent beaucoup à punir Google d’avoir attiré les lecteurs d’informations. Pourtant, le moteur de recherche Google propose des dizaines de sources puisées dans les médias nationaux.

L’inquiétude chez les éditeurs de presse français devrait plutôt venir du désintérêt croissant de la population à l’égard de leur offre. Selon Statista qui reprend une étude Reuters Institute, c’est en France que l’on trouve l’un des niveaux de défiance les plus élevés. Seulement 23 % des répondants déclaraient faire la plupart du temps confiance aux médias d’information au premier trimestre cette année, soit une chute de 12 points de pourcentage par rapport à 2018 !

Il est temps pour nos médias de se poser la question de la qualité de l’information fournie, de leurs analyses et de leurs prises de position.

La sortie de crise passe par davantage de professionnalisme et des investissements.

Il faut investir dans le digital

Car pour changer et s’adapter, il faut investir. Passer de la presse papier au digital, ce n’est pas juste envoyer par courrier électronique une version numérisée du journal papier. C’est trouver de nouveaux canaux de diffusion, aller chercher les lecteurs où ils sont, c’est-à-dire sur leurs smartphones, et pas seulement dans les kiosques.

Il faut leur proposer des formats enrichis, interactifs, avec de la vidéo, et pas seulement du papier recyclé. Il faut aussi savoir écouter leurs attentes et en tenir compte, au lieu de croire qu’ils continuent à être une clientèle captive, contrainte de prendre ce qu’on lui propose.

Certains journaux l’ont d’ailleurs bien compris et engrangent une nouvelle clientèle numérique qui leur permettra sans doute de rebondir.

Au lieu d’essayer de les punir et de prendre de l’argent aux GAFA à travers les taxes et d’improbables décisions de justice, les médias français devraient suivre les mutations du digital et accompagner Google tout en restant indépendants. Google a besoin de leur contenu et eux ont besoin de Google pour la diffusion.

Sur le web

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  • tout ce qui est demandé aux médias c’est de faire leur métier qui est celui d’informer ; pour certains , qui s’endorment sur leur laurier c’est sans doute trop demander , d’ou un retour de manivelle qu’ils se prennent dans les dents ;

  • google n’acceptera pas de payer pour quelque chose qui veut le détruire..

    on doit commencer par le commencement…

    du désir d’information des gens ..à ne pas confondre avec le fait de les ‘informer  » contre leur gré »

    il n’y pas de média « de qualité »…
    il y a de médias qui se vendent…
    on assiste à de la connivence façon grand chef..

    si bien sur on SUPPOSE que les gens veulent la vérité… on peut imaginer une information objective…sauf que la nature de l’etre humain ce n’est pas cela.. il met en balance la vérité et son interet personnel…et tord les choses pour les rendre acceptables et vivables..

    le progrès de nos civilisations est justement là..la vérité se décide en fonction de la logique et des faits , pas du désir des gens, mais pas plus de celui du gouvernement ou de celui de google…

    un média reste l’expression d’un opinion parfois la vérité mais pas toujours sans doute jamais.

    si on pense qu’un médai peut être de qualité..on a un problème..

    • Oui, c’est le fameux théorème de Julius Caesar: « l’homme croit ce qu’il désire ».
      Si on lui raconte ce qui l’arrange, l’homme achète, si on lui raconte ce qui l’oblige à réfléchir, il va voir ailleurs.
      Donc en effet, je voudrais bien savoir ce qu’on entend par des « media de qualité ». Ne confondrait-on pas qualité et popularité?

      • justement non.. c’est plutôt l’inverse on suspecte les médias populaires d’etre partiaux..

        le problème se situe au niveau des médias qui se DISENT de qualité justement..ou de référence ..
        si l’objectiité est une qualité qu’on » doit  » valoriser..l’objectivité se constate elle ne se décrète pas…

  • Google étant sur tous les sites le problème des médias semble totalement sans intérêt pour Google ni pour moi d’ailleurs je m’en fout de médias, je ne m’intéresse qu’a mes achats en lignes

    • il ya néanmoins cette réalité..tout comme la pub, les médias nous influencent… il suffit de le savoir..et savoir que ça nous influe..

      mais alors …il faut aussi se rendre compte que si une autorité veut réguler un média ( ou la pub), elle aussi veut nous influencer!!! et VA nous influencer dans nos opinions..

      il est légitime d’en parler..parce que sachant qu’en démocratie le pouvoir est celui de l’opinion et donc que le fait que le pouvoir influence l’opinion est susceptible de générer une logique circulaire exclusive assez inquietante ( si on la vérité à ceour) …
      pensé tribale et obscurantisme…pesticide nucleaire etc etc…

  • Google est utile et performant. Il n’y a aucune raison de le taxer! Est-ce que LE Monde est axé, ce journal qui a eu un certain renom à une certaine époque? Non, il est subventionné, c’est tout dire!

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