Tenue républicaine : et si on s’habillait comme on voulait ?

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Les problèmes rencontrés par les jeunes ne se résoudront pas en réglementant les tenues des étudiants, mais bien en éduquant au respect, à l’ouverture d’esprit et à la sexualité consentie.

Par Justine Colinet.

Nous sommes le lundi 21 septembre 2020, et Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, appelle à porter une « tenue républicaine » dans les établissements scolaires. Ce débat récurrent survient après qu’une étudiante vêtue d’un crop top (un haut laissant entrevoir une partie du ventre), se soit vue demander d’aller se rhabiller.

Commençons donc par le commencement.

Une tenue républicaine, c’est quoi ?

Du côté des étudiants, la notion reste globalement assez floue.

Et du côté du ministre de l’Éducation ? « Il suffit de s’habiller normalement et tout ira bien ! ». C’est tout de suite plus clair.

Le ministre voulait privilégier « une tenue simple » selon l’article du Parisien à ce propos. « Il s’agit d’avoir une tenue adaptée au lieu où l’on se trouve, en l’occurrence un lieu public, qu’on partage avec tous, où s’appliquent le vivre ensemble et le respect d’autrui, et non pas un lieu privé, familial, intime ».

Quelques questions en vrac devant tant de précision : à quel point la notion de « tenue simple » est-elle subjective ? Un décolleté révèle-t-il un manque de respect d’autrui ? Le port du short est-il réservé à l’intimité et ce par les règles de bienséances communes à chacun ?

Selon Jean-Michel Blanquer, ce bon sens relève de l’éducation, et donc de ce que disent les parents et l’école. Alors, pourquoi ne pas simplement laisser parler les parents et les écoles ?

Pourquoi ne pas laisser le règlement intérieur de chaque établissement décider de ce qui est toléré ou non entre ses murs ? Pourquoi ne pas laisser le choix aux parents d’inscrire leurs enfants dans telle ou telle école, en fonction de leur accord avec ce même règlement intérieur ? Pourquoi messieurs Blanquer et Macron doivent-ils prendre la parole sur le sujet et imposer leur vision universelle des choses ? Aurons-nous droit demain à une loi ou un décret reprenant point par point, maille par maille, le détail de ce que l’on est autorisé à porter pour se rendre dans tel ou tel lieu ? Beaucoup de questions, peu de réponses.

Une tenue républicaine, pourquoi ?

Selon le ministre, c’est une façon de lutter contre les vrais problèmes que rencontre la jeunesse. Quels sont-ils selon lui ? « La pression sur nos enfants, l’hypersexualisation au travers des clips, les sites pornos que regarde une bonne partie des enfants, les marques qu’ils comparent avec leurs chaussures, leurs vêtements », insiste Jean-Michel Blanquer.

Cela amène donc naturellement vers un autre débat : celui des agressions sexuelles et de la violence. Deux sujets qui font la Une des journaux depuis quelques temps. Deux vrais problèmes qu’on ne résout pas en réglementant sur les tenues des étudiants, mais bien en éduquant au respect, à l’ouverture d’esprit et à la sexualité consentie.

Malgré cela, on peut lire dans un article de France Info qu’un lycée, par exemple, a interdit le crop top, « car il exciterait la population masculine, selon l’administration du lycée ». Dans certains établissements, c’est le fait de ne pas porter de soutien-gorge qui pose problème. Comme disait Molière – à peu de choses près – « Couvrez ces vilains tétons que je ne saurais voir » (et qui excitent tous ces jeunes hommes à travers votre t-shirt). D’ailleurs, n’est-ce pas là un discours datant de 1664 ? Passons.

N’y a-t-il pas d’autres priorités au niveau de l’Éducation nationale que de mesurer la longueur des jupes des lycéennes ?

La répression plutôt que l’éducation ?

Nous sommes le 1er octobre 2020, et nous sommes en droit de nous poser la question : pourquoi privilégier la répression à l’éducation ? S’il y a une action à mener sur ce terrain, c’est bien d’éduquer, tant les jeunes que les moins jeunes, et non de couvrir les filles.

Laissons donc les filles, les garçons et les autres s’habiller comme bon leur semble. Jean-Michel Blanquer appelle au bon sens. Laissons les jeunes faire preuve de bon sens, ils trouveront eux-mêmes un moyen de s’adapter à la situation, aux lieux et aux personnes qu’ils seront amenés à fréquenter. Comme le rappelle Elisabeth Moreno : « Les femmes ont mis des siècles à pouvoir s’affranchir de codes vestimentaires. Cette liberté conquise de haute lutte n’a pas de prix ». On le sait malheureusement, l’Histoire est souvent mise de côté dans les débats-polémiques d’aujourd’hui.

Nous sommes le 1er octobre 2020, et si nous avions le droit de nous habiller comme nous le voulons ?

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