Police, gendarmerie, cannabis et narcotrafic : un été sur tous les fronts

Que ce soit dans la Creuse, la Corrèze, la Loire ou la Nièvre, des hommes et des femmes se postent résolument en première ligne dans la guerre contre le cannabis. Ils le font fièrement savoir sur twitter. Petit récit humoristique sur une dérive liberticide.

Par Jérôme Morvan.

En cette fin août la chaleur est inhabituelle qui, au petit matin déjà, se languit sur les champs moissonnés. Au cœur de la Creuse, le bruit d’un moteur perce le silence de la campagne. Deux phares jaillissent et accompagnent le jour qui point. Le véhicule s’arrête sur l’accotement dans un crachin de paille sèche. Les visages d’un homme et d’une  femme se découpent sous l’éclairage du plafonnier. L’habitacle est silencieux, chacun sait ce qu’il a à faire en attendant les collègues.

Une portière s’ouvre et se referme lentement. L’homme s’éloigne de quelques pas, les mâchoires serrées et le regard sombre. L’adjudant Frédéric* vérifie machinalement une dernière fois l’accroche de son chargeur sur son pistolet Sig Sauer SP2022, puis, déterminé, il arme la culasse pour chambrer une cartouche de 9 mm.

La brigade de gendarmerie de Sainte-Feyre à laquelle il appartient est surtout connue et appréciée pour ses opérations de contrôles de vitesse sur la nationale 145 et sa gestion sans faiblesse des attestations de déplacements durant le confinement. Mais ce qui se joue aujourd’hui est une affaire d’une autre dimension.

« Gaston*, fais pas l’con ! T’es encore jeune ! Il te reste de belles années. »

Gaston* maugrée mais il se sait défait. Au contact froid du métal, il sent les menottes et la rigueur de la justice se refermer sur ses poignets.

Le lieutenant Sébastien* est fier de l’intervention de ses troupes, menée sans l’appui du GIGN. Il tweete aussitôt la « belle saisie » qui ne doit qu’au déploiement des ressources et de l’intelligence de sa brigade :

 

Nitescence inattendue dans la noirceur de l’âme humaine : vue la luxuriance des plants saisis, Gaston* a sûrement respecté l’arrêté préfectoral interdisant l’arrosage des cultures, pelouses, plates-bandes et jardinières. Peut-être n’est-il pas totalement un monstre.

Dans la soirée, la brigade au complet se réunit au Domespace Grill pour une fête dans le respect des gestes barrières. Contrecoup de la tension : c’est une bombance peu raisonnable de pâtés aux patates et de fondu aux frites. Ne pouvant briser le lien forgé dans l’action, les gendarmes décident de se rendre place Bonnyaud à Guéret (sauf Fabienne* qui a tenté la fondu** sur son pâté aux patates et qui est malade), pour un after fraternel jusqu’au petit matin à 21 h 30.

Un champ de bataille national

De telles offensives herbicides se répètent quotidiennement partout en France, ici au massif du Pilat, dans la Loire. Le cultivateur n’a pu être interpellé, mais un piège subtil lui a été tendu :

La raison d’un tel acharnement contre Cannabis sativa L. demeure cependant obscure. Le chanvre n’intoxique éventuellement que ceux qui le consomme, comme l’orge malté qui donne la bière. Les gendarmes se seraient-ils mépris, confondant avec -par exemple- l’ambroisie, Ambrosia artemisiifolia L., une plante envahissante et allergisante ?

Ambroisie : source photo wikipedia https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/04/Ambrosia_artemisiifolia_10444.jpg/580px-Ambrosia_artemisiifolia_10444.jpg

Et puis, en détruisant la production locale auto-consommée, pourquoi des militaires français se comportent-ils en supplétifs des producteurs mafieux du rif marocain ? C’est absurde.

Pas le couteau le plus affûté du tiroir

Il faut dire que la confusion perle d’en haut. Voici comment le ministre de l’Intérieur défend l’amende forfaitaire de 200 euros pour usage de stupéfiant (minorée à 150 euros en cas de paiement sous quinzaine), mise en place depuis le début du mois et dont il entend assurer la publicité :

Gérald reconnaît de lui-même que la politique qui découle depuis cinquante ans de la mise en œuvre de la loi de prohibition du 31 décembre 1970 génère « le crime organisé » et la « délinquance du quotidien », elle assurerait même « le financement du terrorisme ». La consommation sans la prohibition n’engendre pas les mafias, pourtant, selon Le Point, c’est le grand retour de la politique du chiffre.

Une démonstration par l’absurde du mauvais emploi des forces de police ?

Les propos et les consignes du ministre ont naturellement déclenché l’action des préfets, toujours relayée sur twitter. Ici dans la Nièvre et en Corrèze. Là encore de belles saisies, un sachet de cannabis d’un coté et six têtes florales de l’autre ; il faut dire qu’il s’agissait d’une opération d’envergure… :

Les préfets sont des hauts fonctionnaires soumis au devoir de réserve, ils exécutent les ordres. Leur seul moyen d’exprimer une opposition éventuelle passe visiblement par l’exhibition de ces opérations pathétiques. Des contrôles aléatoires où tous sont suspects offrent le spectacle d’une police d’occupation dans un pays colonisé par sa propre administration. Dans un État de droit, les forces de police assurent la protection des libertés individuelles, elles ne se battent pas contre la population pour des crimes imaginaires.

Sur twitter les commentateurs acerbes, indignés ou amusés du mésusage des forces de police ne s’y sont pas trompés, mais pour l’heure Gérald n’a pas percuté. Il continue d’être satisfait de lui-même.

* Tous les prénoms ont été modifiés. L’ensemble du paragraphe n’est de toutes façons qu’une œuvre de fiction, grossier plagiat du style de Sophie Noachovitch du « Nouveau détective ». Quelle que soit l’incrédulité qu’ils peuvent susciter, l’ensemble des tweets cités sont en revanche authentiques.

 

** il s’agit bien du fondu creusois (n. m.)
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