TFBoys, le boys band du Parti communiste chinois

La propagande nous en apprend beaucoup sur les mutations de la dictature au pouvoir. Pour survivre, elle est prête à tout, y compris reprendre et subvertir les codes de la popculture occidentale.

Par Frédéric Mas.

Pour vous la K-pop, c’est d’abord, musicalement, des tonnes de sucre dispensés par des boys band au look d’ados des années 1990 ? C’est que vous ne connaissez pas encore la Mandopop, et leur star incontestée, TFBoys qui surpasse par sa popularité et sa mièvrerie tout ce que vous avez entendu.

TFBoys, ou The Fighting Boys, ne vous dit sans doute rien, c’est pourtant le groupe pop le plus populaire en Chine. Ses followers se comptent en dizaines de millions sur Weibo, le Twitter chinois. Depuis 2013, date de leur création, ils enchaînent les récompenses musicales à travers le pays.

Comme le rappelle Kai Strittmatter dans son dernier essai, Dictature 2.0. Quand la Chine surveille son peuple (et demain le monde) (2020) :

Le post Weibo le plus diffusé de tous les temps remonte au mois de septembre 2014 : « Aujourd’hui, j’ai 15 ans, et tant d’entre vous sont à côté de moi. Merci d’avoir été auprès de moi ces dernières années. » Il s’agit même probablement du message le plus diffusé au monde sur les réseaux sociaux, ou en tout cas du premier à avoir dépassé les 100 millions de retransmissions. Son auteur était Wang Junkai, l’un des TFBoys.

Des popstars continentales en somme.

Des jeunes gens modernes

De prime abord, rien de subversif dans leur message qui plaît aux jeunes comme aux moins jeunes et séduit au-delà des frontières chinoises. Des jeunes gens bien sous tout rapport, qui en plus s’engagent pour défendre de grandes et nobles causes humanitaires. Ses membres soutiennent des organisations éducatives pour les régions rurales du pays et pour la protection de l’environnement.

Seulement, TFBoys n’est pas un groupe comme les autres. C’est un montage créé de toutes pièces par et pour la propagande du Parti communiste chinois pour assurer l’encadrement idéologique du Peuple.

Le gouvernement soutient le groupe, ses vidéos sont relayées sur Weibo par la ligue de la jeunesse communiste et en 2015 ils ont repris à leur compte l’hymne des jeunes pionniers, l’une des plus grosses organisations de jeunesse du pays. Son titre ? « Nous sommes les héritiers du communisme ».

Le bourrage de crâne s’est adapté aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies.

Depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir, la propagande du parti s’est intensifiée pour asseoir le retour pur et dur du marxisme-léninisme à la tête du pays. Harmoniser les opinions, éliminer les dissidents et modeler l’opinion publique est désormais prioritaire.

Seulement, ce durcissement se double d’une évolution des méthodes de propagande, qui désormais cherchent aussi à modeler les esprits de manière plus subtile en surfant sur les modes sociales du moment.

David Bowie et le plan quinquennal

Le ton « pop » avait été donné dès le 27 octobre 2015, quand l’agence de presse Xinhua avait révélé sa vidéo de promotion du 13e plan quinquennal (2016-2021). « Dans le clip d’animation, des personnages (David Bowie) et des motifs (un minivan Volkswagen) inspirés de la culture populaire occidentale interpellent le spectateur et un chœur chante en anglais l’importance du plan quinquennal dans le développement économique et les réformes politiques à venir en République populaire de Chine (RPC). », décrit Léo Kloeckner dans un article de Géoconfluences de 2016.

La propagande nous en apprend beaucoup sur les mutations de la dictature au pouvoir. Pour survivre, elle est prête à tout, y compris reprendre et subvertir les codes de la popculture occidentale. Un nouveau paravent aux couleurs chatoyantes pour cacher la répression brutale des dissidents, la persécution des Ouïghours et l’écrasement de Hong Kong.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.