L’économie sous la tutelle de la politique

Bruno Le Maire a supplié le secteur bâtiment de donner la priorité aux travailleurs français en matière d’embauche, confirmant ainsi deux traits inquiétants de la politique française.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Bruno Le Maire by UMP Photos on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

L’économie sous la tutelle de la politique

Publié le 2 septembre 2020
- A +

Par Michel Faure.

Lors d’un discours à l’université du Medef à Paris, le 27 août, Bruno Le Maire, notre ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, suppliait le secteur du bâtiment et des travaux publics de donner la priorité aux travailleurs français en matière d’embauche, confirmant ainsi deux traits inquiétants de la politique française.

Le premier est la réaffirmation que en France, les politiques prétendent gérer l’économie et imposer leurs volontés aux entrepreneurs. Bruno Le Maire ne peut le nier, lui qui a voulu « refonder le capitalisme pour lutter contre les inégalités », et qui pense, avec sa loi Pacte, que les entreprises, dont la seule finalité légitime est le profit, se cherchent « une raison d’être » ou une « mission sociale ».

La directive sur les travailleurs détachés en question

Le second trait est l’ambiguïté constante du gouvernement à l’égard de l’Europe, qu’il voudrait « unie et solidaire », mais qui ignore ou déplore des initiatives de l’Union allant dans ce sens, comme en l’occurence la directive sur les travailleurs détachés.

Datant de 1996, elle permet à un ouvrier d’un pays de l’Union européenne d’aller travailler dans un autre pays de celle-ci pour une période de 24 mois. Elle offre aux étrangers un travail légal et un élargissement de leurs expériences et de leurs compétences. Pour les employeurs, elle facilite l’embauche de personnel qualifié venu de l’étranger et permet de payer des cotisations sociales inférieures à celles pratiquées en France (45 % du salaire, contre 21 % en Slovénie ou 13 % en Roumanie)

Ce système illustre la solidarité européenne, mais aussi le charme de la concurrence fiscale qui ne plaît peut-être pas à notre gouvernement, mais qui fonctionne  très bien. En 2018, le BTP français a fait appel à 250 000 travailleurs détachés sur un total de 580 000 contrats de travail.

Mais comment donner en France du travail à des étrangers alors qu’avec l’automne viendra le temps des faillites, du chômage de masse et des crises sociales ? On comprend Bruno Le Maire, la situation est politiquement impossible. Économiquement, il s’agit d’une autre histoire que nous ne vivrons pas.

Selon l’OCDE, l’impact de la crise sanitaire en France représenterait une augmentation de 9,3 à 10,3 % du chômage :

La pandémie a provoqué la récession économique la plus grave jamais observée depuis près d’un siècle et fait des ravages en termes de santé, d’emploi et de bien-être des citoyens.

L’INSEE annonçait en juillet une chute de notre PIB de 13,8 % au deuxième trimestre 2020, après un recul de 5,9 % au premier trimestre. Une dégringolade jamais observée depuis 1949, année de la première publication de statistiques du PIB français.

En France, l’économie est politique

Dès lors, la politique prend la main sur l’économie. Elle le fait avec d’autant plus d’énergie que c’est elle qui a mis l’économie à l’arrêt pendant la pandémie. Aujourd’hui, c’est encore elle qui entend la « relancer ». Elle ne le fait pas en suscitant un choc de croissance par une baisse radicale des impôts et des taxes, par exemple, opérant ainsi un retrait spectaculaire du champ du secteur productif et marchand, garantie d’une relance vigoureuse. Au contraire, l’État reste ce qu’il est, il intervient, armé de subventions massives financées par la monnaie magique de la Banque centrale européenne. Cette monnaie qui coule à flots et ne vaudra bientôt plus rien est empruntée par l’État lui-même, qui la redirige où bon lui semble.

La domination institutionnalisée de l’économie par la politique apparaît en France dans l’après guerre, sous la pression des partis communistes, très puissants en France et en Italie. Le gaullisme, porteur d’une volonté de souveraineté nationale et d’un étatisme institutionnalisé par la Vème République, vient renforcer cette idée nouvelle de « l’économie politique » qui devient avec le temps « la politique économique » du gouvernement. Il faudra l’avènement de l’idée européenne, concrétisée à la fin des années 1950, pour réintroduire dans cet interventionnisme généralisé du Vieux Continent les concepts libéraux d’un marché commun et d’une souveraineté partagée.

La France du président Emmanuel Macron prétend aimer cette Europe unie et solidaire concentrée sur l’effort de la relance. Pourquoi alors remettre en cause la directive des travailleurs détachés, emblématique de l’union et de la solidarité ?

Si la relance doit voir le jour, elle sera européenne ou elle ne sera pas. Les pays de l’Union sont intimement liés par l’économie et les échanges. Ils sont nos principaux clients et fournisseurs. Dire le contraire, jouer sur les peurs, défendre « la préférence nationale », chanter le protectionnisme, constituent les outils d’un nouveau populisme qui ne dit pas son nom.

Voir les commentaires (28)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (28)
  • Et de toute façon, ca fait longtemps que les francais ne veulent plus des travaux pénibles (ouvriers dans le batiment ou autres)… alors bon, ils auront beau gesticuler…

    • @Greg22 , en même temps , travailler dur pour voir son salaire lourdement amputé via la goinfrerie d’un état fauché , ça donne pas trop envie….

    • @Greg22-On apprend encore à l’ENA que : »Quand le bâtiment va, tout va »

    • Les français ne veulent plus faire ces métiers ?? ajoutons , « dans ces conditions et pour ces salaires » , surtout quand le salaire est en plus amputé d’une kyrielle de cotisations, taxes …
      En plus , quand ils sont mis en concurrence avec des salariés dont le coût final est bien inférieur , ça n’aide pas non plus.

  • Par contre, vous parlez de monnaie qui « ne vaudra plus rien », vous vous avancez un peu trop.

    • Quand on imprime du papier monnaie qui ne correspond à aucune richesse produite, la valeur globale du papier imprimé ne change pas, mais chaque billet perd un peu du pouvoir d’acheter les richesses ( biens) existants. Donc le papier se dévalue d’autant. Dévaluation ou inflation : même résultat pour le con-sommateur.

  • Pourquoi encore écrire sur cet âne qui mène la France à la faillite ?

  • Pour une fois notre littéraire ministre de l’économie n’a pas tort,pour un secteur qui consomme autant d’avantages fiscaux et d’aides la moindre des choses est d’employer des français ,en trouver est un autre problème…en attendant on ne voit que des camionnettes blanches sans nom d’entreprises immatriculées RO,BL, I,..
    autour des chantiers.

    • Ah.. ! La préférence nationale…

      • En temps de crise le nationalisme devient le jumeau du socialisme. Il n’y a que Marie La Pine pour le nier. Même Jean Cul Mechancon la pratique quand ça l’arrange.

    • Le bâtiment, le gros, est un travail saisonnier il faut donc des travailleurs itinérants, on ne peut pas faire autrement. Par exemple l’isolation à 1€, sans roumains bulgares, ça ne peut pas se faire, l’opération changer votre chaudière, idem. Les locaux n’ont pas de créneaux pour ce genre de boulot ponctuel, ils ont déjà une liste d’attente.

    • A chaque avantages fiscale, a chaque aide on peut opposer des prélèvement bien supérieur, le logement est au final comme la voiture une des grosse vache a à lait fiscale pour nos gouvernants

  • « La pandémie a provoqué la récession économique la plus grave jamais observée ». Ce n’est pas la Covid-19 qui a provoqué une crise économique mais le gouvernement et son administration

    • Disons que tout était en place pour une bonne crise économique , et pas seulement en France. Il suffisait d’une pichenette pour que tout le château de cartes parte en vrille.

  • Il s’ est mis à genoux pour supplier?
    Il pourrait commencer par supprimer l’ IFI, voilà encore un truc qui a porté un coup au secteur du bâtiment. Il y a ce qui se voit…

  • Essayer d’avantager les habitants de son pays est normal même si nous dépendons économiquement des autres pays… Et ce n’est manifestement pas le cas en France malgré de belles paroles qui n’engagent personne, ça fait bien dans les médias, sûrement plaisir aux autres gvts qui savent que ce sont des paroles en l’air, la France ayant en permanence un couteau sous la gorge.

    • avantager les français, pourquoi? pour moi l’économie c’est comme le sport, si on veut bien s’en sortir il faut être bon c’est tout. les Français veulent gagner beaucoup, travailler peu, etre couvert contre tous les risques sans limite et bien a eux de prouver qu’ils peuvent avoir tout ça et rester compétitifs (c’est pas gagné)

  • Avec le couteau sous la gorge, les politiques français vont peut être, être obligés d’allèger les contraintes que nous nous sommes imposés:
    exemple: la dérogation pour les néonicotinoïdes sur les betteraves, car ça allait supprimer des milliers d’emplois. J’espère que le même chemin sera pris sur la décision absurde de Macron pour l’interdiction du glyphosate (pas seulement pour l’agriculture, aussi la SNCF est très impactée).
    On peut aussi rêver que le foncier se libère pour baisser les prix du logement, etc…
    Bref, des décisions qui ne coutent rien mais qui favoriseraient la reprise.

    On peut qu’être étonné qu’a eu la « convention citoyenne pour le climat » qui ne pense qu’a mettre des contraintes pour l’économie française.
    Bref, on discute du sexe des anges et pendant ce temps là…

    • « Bref, des décisions qui ne coutent rien » oh mais ça coute et ça coutera de grosses blessures d’égo à nos politiciens et ça, pour eux, c’est pire que tout.

  • Exemple d’Etat stratège s’occupant de l’économie :
    https://twitter.com/i/status/1299725133263835137

  • Pacte : un des mots préférés des voyous.

  • Je reformule:
    « La peur de tout érigée en idéologie, l’incompétence et l’ingérence liberticide des politiques ont provoqué la récession économique la plus grave jamais observée depuis près d’un siècle et fait des ravages en termes de santé, d’emploi et de bien-être des citoyens.
    .
    En suisse 11 personnes de moins de 50 ans sont mortes du Covid alors que 24 ont gagné au Loto et sont devenues millionnaires.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

On pense souvent que pour innover, il faut faire table rase du passé et partir d’une feuille blanche. C’est oublier qu’aucun innovateur ne part jamais de zéro, et que tous sont « des nains sur des épaules de géants », comme le disait le philosophe Bernard de Chartres. Loin de refuser la réalité, et encore moins de la nier, les innovateurs commencent par l’accepter pour ensuite la transformer. Et s’il fallait être conservateur pour pouvoir innover ?

 Moins l’intelligence adhère au réel, plus elle rêve de ré... Poursuivre la lecture

Extraordinaire Bruno Le Maire ! Tout lui est bon pour plastronner – et cirer au passage les pompes de son chef adoré. N’importe quelle calamité devient un grand succès de la politique gouvernementale pour peu qu’on se limite à ne regarder les choses que sous l’angle le plus flatteur. Question de cadrage, évidemment. Comme disait Bastiat, il y a ce qu’on voit, et puis il y a tout ce qu’on ne voit pas ou qu’on ne veut pas voir. Bonne nouvelle du moment, la France serait le pays de l’Union européenne « où l’inflation est la plus faible » :

<... Poursuivre la lecture

Saras Sarasvathy, à l’origine de la théorie entrepreneuriale de l’effectuation, vient de recevoir le prestigieux prix suédois « Global Award for Entrepreneurship Research ».

Organisé depuis 1996 par la Swedish Foundation for Small Business Research (FSF) et la Swedish Agency for Economic and Regional Growth, le prix récompense les chercheurs ayant apporté une contribution majeure à la recherche en entrepreneuriat. Elle rejoint ainsi de grands chercheurs comme Sidney Winter, Shaker Zahra, Kathleen Eisenhardt, Scott Shane, Israel Kirzner... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles