Le Second amendement n’est pas réservé aux conservateurs blancs

Ruger AR-556 by James Case(CC BY 2.0) — James Case, CC-BY

Une rencontre entre milices à Louisville révèle l’importance concrète et symbolique et toujours d’actualité, du droit à la défense personnelle armée.

Par Jacob Sullum.
Un article de Reason

Samedi dernier, à Louisville, dans le Kentucky, environ 300 membres armés de la NFAC (Not Fucking Around Coalition — « Coalition qui fait pas de conneries », NdT), qui se décrit elle-même comme une « milice noire » localisée à Atlanta, a eu ce que le Louisville Courier-Journal a appelé  « une confrontation tendue » avec environ 50 membres armés du mouvement Trois Pourcents, que le journal qualifie de « milice… d’extrême droite ».

Alors que l’incident qui s’est terminé sans violences peut être considéré comme un nouveau signe de dégringolade du pays vers des désordres rappelant 1968, c’est aussi une illustration frappante de l’importance pratique et symbolique actuelle du deuxième amendement qui a brouillé les stéréotypes habituels sur le droit à la défense personnelle armée.

Comme le Kentucky autorise le port apparent (ou dissimulé) d’armes à feu sans permis, les deux groupes, qui nient tous les deux l’agression, agissaient dans un cadre légal. Et bien que leurs motivations puissent sembler différentes, toutes deux s’inspirent d’une longue tradition américaine de grande possession d’armes à feu comme rempart contre la tyrannie.

Les membres de la NFAC ont rejoint Louisville pour soutenir les protestations engendrées par la mort de Breonna Taylor, une Afro-américaine de 26 ans non armée tuée par des policiers blancs lors d’un raid antidrogue infructueux le 13 mars. Les circonstances de sa mort ont donné plus de sens aux armes portées par ces deux milices.

Des policiers en civil ont fait irruption en pleine nuit dans l’appartement de Taylor sur la base de maigres preuves utilisées par un inspecteur pour obtenir un mandat de perquisition sans préavis. Prenant les assaillants armés pour des voleurs, son ami, Kenneth Walker, s’est saisi d’une arme et a tiré un coup qui a atteint un policier à la jambe.

Les flics ont répondu par une volée de balles, dont au moins huit ont touché Taylor et plusieurs ont pénétré dans un appartement voisin. Les procureurs ont au départ accusé Walker de tentative de meurtre sur policier mais cette accusation a été abandonnée en mai.

Comme l’a observé le mois dernier le député républicain de Californie Tom McClintock, « l’intrusion dans le domicile de quelqu’un est l’un des pouvoirs les plus terrifiants qu’a un État » et « dans une société libre, chacun a le droit de prendre les armes contre un intrus dans son domicile ».

Alors que McClintock mettait l’accent sur les dangers des mandats sans préavis, ses réflexions soulèvent la question de savoir comment les Américains, quelle que soit la couleur de leur peau, peuvent se défendre contre des policiers agissant comme des criminels.

La NFAC a une réponse. En défilant avec des carabines de style militaire, du genre que Joe Biden, le candidat démocrate présumé à l’élection présidentielle, veut interdire, les membres de la milice démontrent qu’il sont prêts à exercer les droits donnés par le Second amendement que les tenants du contrôle des armes présentent souvent comme une marotte des conservateurs blancs.

L’affirmation de ces droits a une résonance historique dans la mesure où les lois actuelles de contrôle des armes plongent leurs racines dans les tentatives des États du sud de désarmer les affranchis, les privant d’un droit constitutionnel dont le juge Roger Taney, auteur de l’infâme décision de 1857 de la Cour suprême dans l’affaire Dred Scott contre Sandford, a averti qu’il bénéficierait aux Noirs s’ils venaient à être reconnus comme citoyens.

Sous les Lois Jim Crow et pendant le mouvement des droits civils, le droit à la défense armée était d’une importance vitale pour les Afro-américains qui résistaient à la suprématie blanche imposée par l’État.

En revanche, les membres du mouvement Trois Pourcents, en réponse à la présence de la NFAC à Louisville, prétendaient « aider la police » (comme l’a écrit le Courier-Journal ) à maintenir l’ordre. Et pourtant, le groupe qui rejette l’étiquette de « milice » et dénonce le racisme, se décrit aussi comme défenseur des libertés civiles et résistant à l’exercice illégitime du pouvoir étatique.

Point n’est besoin d’approuver les tactiques ou idéologies de ces organisations pour reconnaître que toutes deux reposent sur un héritage juridique qui embarrasse les démocrates traditionnels comme Biden.

Comme l’a admis la Cour suprême dans sa decision historique de 2008 annulant l’interdiction des armes de poing dans le district de Columbia, le Deuxième amendement s’appuyait en partie sur le principe que « lorsque les hommes valides d’une nation sont formés aux armes et organisés, ils sont mieux à même de résister à la tyrannie ».

Le fait que deux groupes opposés se consacrent à la défense du droit à la défense personnelle armée ne doit pas surprendre. Le Deuxième amendement, tout comme le premier, est important pour des personnes aux vécus et aux opinions politiques différents. Les partisans du contrôle des armes devraient cesser de prétendre le contraire.

Traduction par Joel Sagnes pour Contrepoints de The Second Amendment Is Not Restricted to White Conservatives

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