Dupond-Moretti : le faux trublion de la place Vendôme

Le ministre Dupond-Moretti peut-il devenir le ministre-trublion attendu ?

Par Laurent Sailly.

Le nouvel homme fort de la place Vendôme est-il un trublion, c’est-à-dire une personne qui sème le trouble, qui dérange l’ordre par son comportement, provocateur ?

« On ne naît pas avocat, on le devient » a l’habitude de dire maître Dupond-Moretti. Et maître Dupond-Moretti est devenu l’un des plus brillants avocats pénalistes de sa génération à l’égal d’un Vergès, d’un Lombard ou d’un Liénard.

Dupond-Moretti avocat de la liberté

En tant qu’avocat, quels que soient ses combats, je reste admiratif. Alors qu’il se fait connaître dans les années 1990 (acquittement de Jean-Pierre Deulin, procès des paras Francazal, affaire VA-OM) et que je fais mon droit, son goût pour l’art oratoire et ses argumentations feront de moi un amoureux et un défenseur de la liberté.

Sa gouaille, qui fera sa célébrité, et sa corpulence intimidante, qui lui permettra d’être reconnu dans les prétoires au milieu de tous les autres, tranchent avec le phrasé édulcoré et les postures convenues de ses confrères. Dans une cour d’assises, maître Dupond-Moretti est à la fois l’acteur principal, le metteur en scène, l’auteur des textes et le producteur exécutif.

Son seul nom sur l’affiche attire le public et les futurs clients. « Acquittator » déroule ainsi sa pièce au milieu d’un décor qui semble construit autour de lui et pour lui. C’est le talent de l’avocat de laisser penser qu’il joue toujours à domicile.

Un homme libre

Trublion, maître Dupond-Moretti l’est lorsqu’il porte la robe de l’un de ses mentors, Alain Furbury. Il l’est en refusant la légion d’honneur ou de passer sous le marteau de la franc-maçonnerie : « Oui, je suis un homme libre. J’admets ma fierté d’être avocat, d’avoir refusé la Légion d’honneur et la franc-maçonnerie » affirme-t-il.

Politiquement, Dupond-Moretti est banalement « bobo ». En 2008, son soutien à Martine Aubry à la mairie de Lille, ses sorties antiracistes convenues, ses appels à faire interdire le Front National, ne relèvent guère plus de la discussion de fin de repas de famille bien arrosé.

Trublion, M. Dupond-Moretti l’a été en refusant la place Vendôme et en revendiquant ainsi sa qualité d’homme libre. En 2018, dans le journal Marianne, il déclarait : « Je suis sûr que je ne veux pas faire de politique », qualifiant même de « saugrenue » l’idée qu’on lui propose le ministère de la Justice. Mais il faisait part de son admiration pour Emmanuel Macron. Déjà, l’homme politique pointait derrière l’homme de loi.

Un bouffon du roi ?

Trublion, M. Dupond-Moretti l’a été en rédigeant une feuille de route ne cherchant pas à flatter les egos des magistrats mais en dénonçant le corporatisme né de l’École nationale de la magistrature ou en se félicitant de l’artificielle baisse du taux d’occupation des prisons mais en s’opposant fermement à Bercy et aux restrictions budgétaires criminelles imposées aux ministères régaliens.

Trublion, M. Dupond-Moretti ne le sera pas ! Tout au plus, il deviendra un énième « bouffon du roi » d’Emmanuel Macron, comme l’a été Nicolas Hulot, lors du premier gouvernement Philippe ou encore Roselyne Bachelot, vice-bouffonne en charge de la Culture.

Le trublion maître Dupond-Moretti a donc pris la décision de devenir le ministre-bouffon M. Dupond-Moretti. Après 15 jours, il a déjà avalé plusieurs fois sa toque d’avocat n° C0238 en renonçant à réformer l’École nationale de la magistrature, à remettre en cause le Conseil Supérieur de la Magistrature, à rendre indépendants les Parquets.

Le ministre Dupond-Moretti peut-il devenir le ministre-trublion attendu ? Je ne pense pas. Pourquoi ? Trois raisons essentielles : d’abord parce qu’il n’a été nommé que pour faciliter la réélection du président Macron et ne dispose donc que de 22 mois pour mettre en place sa feuille de route ; ensuite, parce que le budget du ministère reste contraint par Bercy ; enfin, parce que l’homme des prétoires n’est pas celui des hémicycles où il n’évoluera pas en territoire conquis.

Alors, Maître, qu’êtes-vous allé faire dans cette galère !

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