Comprendre la politique grâce à l’École des choix publics

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Un des grands apports de l’École des choix publics a été de souligner que l’intervention de l’État pour « corriger » les défaillances de marché peut empirer la situation en créant des distorsions bien pires que celles du marché.

Par Diego Taboada.
Un article de Liber-Thé

L’École des choix publics est une approche en sciences politiques qui a mis en avant les mécanismes propres au fonctionnement de l’État et de la politique. Fondée dans les années 50 aux États-Unis, cette tradition développe une approche inédite qui a permis de remettre en question certaines idées reçues, comme la vertu naturelle de l’action publique – en opposition à l’initiative privée. Jusqu’alors, l’idée de serviteurs de l’État éclairés agissant pour le bien-être de la communauté était largement répandue.

Dans leur ouvrage de 1962, The Calculus of Consent, Buchanan et Tullock ont posé les bases de cette tradition. L’École des choix publics a mis en avant comment les différents acteurs politiques, élus, groupes d’intérêts, électeurs interagissent, et a permis d’identifier certaines dérives presque automatiques de l’action publique.

Le mythe de l’intérêt général

On entend souvent les politiciens et élus justifier leurs actions au nom d’un prétendu « intérêt général » ou du « bien commun ». Une des premières contributions des chercheurs dont dérivera finalement la tradition des choix publics dans les années 50 est d’avoir déconstruit l’idée d’un intérêt général qui motiverait l’action publique.

En effet, Kenneth Arrow, prix Nobel d’économie, a démontré avec son théorème d’impossibilité qu’il était impossible d’agréger les différentes préférences individuelles en une seule et unique préférence collective.

En réalité, nous vivons dans un monde pluraliste avec des valeurs et intérêts différents, voire parfois antagonistes. Plus fondamentalement, un groupe ou une communauté ne peut pas avoir de valeurs communes ; ce sont les individus qui la composent qui portent leurs propres valeurs, leurs intérêts et leur motivation. C’est pourquoi les institutions, notamment de l’État, permettent d’agréger les préférences individuelles, mais en excluent certaines par la même occasion.

Ce constat est un point de départ important qui permet à Buchanan et Tullock d’affirmer que l’État n’est pas un « organisme » indépendant en soi, qui se développe selon ses propres objectifs et agenda. Ils le considèrent plutôt comme un moyen que les divers acteurs souhaitent détourner pour leurs intérêts propres, à travers la force de l’action collective.

Élus, bureaucrates et électeurs : à la recherche de leur intérêt personnel

Comment expliquer les comportements des acteurs de la politique ? Si les « serviteurs de l’État » ne sont pas motivés par la recherche constante de l’intérêt général, quel est leur objectif ? Ce sont avant tout des individus, et en tant que tel, ils tentent de maximiser leur intérêt personnel. Ils ne sont pas plus, ou moins, vertueux que le commun des mortels.

Les politiciens vont essayer de maximiser leur chance d’être (ré)élu en attirant des électeurs afin de bénéficier des avantages sociaux (reconnaissance, réseau), voire financiers inhérents à la fonction. Ils voudront favoriser les électeurs de leur circonscription à l’aide de faveurs, ou de dépenses ciblées, même si elles sont d’une utilité douteuse à l’échelle de la société.

Du clientélisme, en somme. Les fonctionnaires, loin d’être les simples exécutants des décisions des politiciens, ont pour objectif de maximiser leur budget (leur marge de manœuvre), incitant à une croissance des dépenses publiques pour justifier et renforcer leur position. Les électeurs peuvent se mobiliser en groupe d’intérêts afin de faire pression et d’orienter les dépenses publiques dans leur direction.

Dans ce marché politique, chaque acteur tentera de recevoir des privilèges. Un petit groupe bien organisé pourra ainsi obtenir un traitement spécial des pouvoirs publics – pensez au protectionnisme, qui protège une industrie aux dépens du reste de la population, qui profiterait du libre-échange.

Selon Stéphane Wolton, ces groupes sont donc considérés comme l’une des grandes causes de distorsions des démocraties. En plus des risques de tyrannie de la minorité, la logique même de la politique telle qu’analysée par l’École des choix publics est difficilement compatible avec un idéal d’État svelte, centré sur ses fonctions régaliennes principales. La croissance des dépenses publiques semble inévitable.

L’École des choix publics démystifie la politique

L’un des grands apports de l’École des choix publics a été de souligner que l’intervention de l’État pour « corriger » les défaillances de marché peut au contraire empirer la situation en créant des distorsions bien pires que celles du marché.

L’enjeu est donc de développer des institutions qui permettront d’une part d’aligner l’action publique avec les préférences des citoyens, et d’autre part, de limiter son ampleur.

Les règles électorales, les contre-pouvoirs, la constitution, sont toutes des institutions qui vont influencer le jeu politique. Il s’agit donc, comme le dit Milton Friedman, de mettre en place un cadre institutionnel qui empêcherait même le pire des politiciens de prendre des mesures néfastes pour les citoyens.

En montrant que le planificateur social bienveillant n’existe pas, l’École des choix publics a contribué à démystifier la politique et identifier ses problèmes.

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