Loi sur la dépendance : la nouvelle branche de la sécurité sociale

Photo by Steven HWG on Unsplash - https://unsplash.com/photos/zBsdRTHIIm4 — Steven HWG,

Quand on aime on ne compte pas, cela n’a donc pas empêché nos députés de voter mardi un nouveau trou : la loi sur la dépendance. Quid du financement ?

Par Gérard Maudrux.

Le chantier des retraites est heureusement en panne, et le gouffre continue de se creuser, gouffre que la réforme ne prévoyait d’ailleurs pas de combler. L’épidémie passe, créant plusieurs autres gouffres dans toutes les branches de la sécurité sociale.

Pour cette seule année le trou est de 52 milliards, et de 40 pour chacune des deux années à venir. Il s’agit là d’un prévisionnel annoncé lundi à l’Assemblée, le réaliser sera comme d’habitude plus important, venant s’ajouter aux 31 milliards de dette non encore remboursée et 13 milliards de dette des hôpitaux. Ces 31 milliards vont donc passer à 176 milliards en deux ans !

Une nouvelle branche de la sécurité sociale

Quand on aime on ne compte pas, cela n’a donc pas empêché nos députés de voter mardi un nouveau trou : la loi sur la dépendance. Peut-être aurait-il fallu faire les comptes et des projections à court et moyen terme, avant d’engager ce nouveau chantier devant conduire à une nouvelle branche de la Sécurité sociale, vouée à creuser de nouveaux déficits.

La dépendance, c’est quoi ? C’est la perte d’autonomie. La loi prévoit » une nouvelle assurance publique contre ce qui est devenu un nouveau risque », selon le ministre. Ce n’est pas un risque, cela nous arrivera à presque tous, c’est l’un des éléments du grand âge. Après 2040, dix millions de personnes seront couvertes contre ce risque, deux fois plus qu’aujourd’hui.

Quid du financement ? On annonce des chiffres totalement faux pour faire passer cette réforme non financée. Un milliard de plus dès cette année, 2,3 milliards prévus pour 2024. Et après ?

Aujourd’hui les dépenses allouées à la dépendance dépassent les 30 milliards. Les établissements pour personnes âgées accueillent 800 000 personnes, ne pouvant donc plus vivre seules chez elles ou en famille. Les prévisions tablent sur 2,3 millions dans 25 ans. Il existe également les prises en charge à domicile, guère moins coûteuses, parfois davantage.

Un financement public

Le financement actuel, à la charge des ménages, est aidé par les pouvoirs publics avec l’Aide aux Personnes Agées financée par l’État et les départements. Cette aide est proportionnelle aux revenus et au niveau de dépendance, calculé par le GIR (Groupes iso-ressources), échelle d’évaluation de cette dépendance comportant six niveaux, le premier qualifiant une dépendance totale, le sixième l’autonomie dans la vie courante.

Cette prestation étant renforcée et son financement étant collectif, chacun pourra y prétendre. Je paye, donc j’ai droit, comme tout le monde. Chacun se déchargera de ses anciens, car pourquoi en assumer le coût si tout le monde a le droit et paye dans ce but ?

Espérons que cela ne sera pas le cas, car en 2040, il y aura 11 millions de personnes de plus de 75 ans qui pourront y prétendre. À environ 3000 euros mensuels, cela ferait 400 milliards.

Certes après 75 ans, tout le monde n’est pas dépendant, mais avec l’allongement de la durée de la vie, il y aura de plus en plus de personnes dépendantes plus âgées. En octobre dernier la DRESS (Direction de la recherche au ministère de la Santé) prévoyait que le coût de la dépendance passerait en une génération de 1,4 à 2,78 points de PIB, dont 2,07 points pour la collectivité.

Qui paiera ?

La réforme qui vient d’être votée va aggraver ces prévisions déjà peu optimistes. 80 à 100 milliards est un chiffre moyen. Qui paiera ?

Pas d’augmentation des impôts a affirmé le ministre. Il est vrai que la CSG, la CRDS (du provisoire devenu définitif, prolongé neuf ans une fois de plus en attendant la prolongation suivante) ne sont pas des impôts… Par ailleurs depuis quelques semaines, on assiste à des dépenses faramineuses sans besoin d’aucune recette.

C’est le nouveau miracle de la multiplication des petits pains. De qui se moque-t-on ?

Et si on laissait la responsabilité individuelle fonctionner, quitte à l’aider ? L’histoire montre que cela coûte toujours moins cher et fonctionne mieux que quand l’État prend tout en charge, avec une efficacité redoutable comme on l’a vu dans la gestion de l’épidémie.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.