Le temps long, nécessaire à l’entreprise

Le temps est la plus grande richesse de l’entreprise et de l’entrepreneur, mais l’entrepreneur n’en dispose que très peu. Comment faire pour que les entreprises disposent d’un cadre favorable pour une éclosion ?

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Le temps long, nécessaire à l’entreprise

Publié le 16 juin 2020
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Par Patrick Renault.

Les mois écoulés nous le montrent et les mois à venir nous le confirmeront : le tissu économique qui constitue le maillage de nos territoires est ô combien fragile. Une fragilité trop souvent oubliée qui ne retranscrit pas le temps nécessaire pour faire éclore, grandir et habiller notre paysage économique.

En effet, une ETI est l’aboutissement d’une mue d’entreprise, souvent longue, souvent passée par le stade de la TPE, puis de la PME. Tous nos fleurons nationaux ont connu cette progression. Ces étapes demandent du temps, celui de la structuration et de la maturation, ce temps indispensable que nous sous-estimons dans ce monde de l’immédiateté.

Le temps est la plus grande richesse de l’entreprise et de l’entrepreneur : le temps de l’analyse, le temps du choix réfléchi, le temps de l’évolution sociale pour structurer, pour s’entourer. Mais ce temps, l’entrepreneur n’en dispose que très peu puisqu’il ne peut pas faire abstraction de son environnement concurrentiel « schumpeterisé ». Alors comment faire pour que ces bourgeons d’entreprises disposent d’un cadre favorable pour une éclosion ?

L’entrepreneur au centre de l’écosystème

Le principal membre de l’écosystème de l’entreprise est avant tout l’entrepreneur. Tous différents, inclassables, de niveaux hétérogènes face à des problématiques pourtant très similaires quels que soient le secteur et l’activité : recrutement et gestion des compétences, gestion financières, business plan… nécessitant un suivi dans le temps.

Alors à qui donner ce rôle d’accompagnant indispensable tel un tuteur dégressif ? Il existe des organismes régionaux permettant une proximité avec l’entrepreneur. Encore faudrait-il qu’ils soient mobilisés pour le faire.

Par exemple, les chambres  consulaires trop souvent tournées vers des guerres de pouvoirs intestines pour protéger des prés-carrés illusoires. Elles sont surtout stériles pour notre public d’entrepreneurs qui s’en détournent. Les entrepreneurs restent le plus souvent seuls alors qu’il semble tellement nécessaire de les aider à lever par moment la « tête du guidon » pour faire les bons choix.

Si l’entreprise de type TPE/PME n’est pas complétement maitresse de son temps, il est donc nécessaire qu’elle dispose de souplesse d’ajustement compensant cette absence de temps.

Il convient donc que son écosystème financier lui en accorde. Nous le savons, les banques sont de plus en plus immobilisées par des régulations prudentielles dictées par l’Europe. Ces réformes ont eu pour conséquence un asséchement des financements bancaires vers les TPE/PME.

Le temps n’est-il pas venu pour repenser et innover un financement agile de l’amorçage ?

Il existe un certain nombre de possibilités quand les créateurs se trouvent limités en apports personnels : le crowdfunding et le crowlending avec une fiscalité avantageuse pour les preneurs de risques, mais n’est-il pas opportun d’aller plus loin, car pour la plupart les problèmes ne sont pas résolus.

Je pense en particulier au grand retour à effectuer pour de véritables Bourses régionales, futurs poumons financiers de nos régions.

L’agilité… le mot du moment

Ce vers quoi chaque entreprise, chaque entrepreneur devrait tendre. C’est devenu le leitmotiv : « L’entrepreneur se doit d’être agile ». Nous entendons cette phrase dans toutes les manifestations entrepreneuriales. Mais comment être agile dans un contexte réglementaire rigide ?

Dans l’écosystème de l’entreprise, apparait alors le troisième acteur majeur : le législateur. Ce que l’entreprise attend du législateur est avant tout une permanence législative inscrite dans un temps long, mais aussi qu’il soit pris en compte qu’une entreprise ne se gère pas par le prisme d’un exercice fiscal, impliquant un début et une fin, ce qui revient à stopper pour redémarrer, mais par les rythmes cycliques de son marché impliquant une souplesse comptable et fiscale pour l’aider à se solidifier durablement.

Ce plaidoyer pour une reconsidération de la spécificité à part entière de la TPE/PME pourrait sembler très égoïste de la part d’un entrepreneur. Mais détrompez-vous, car il est souvent largement oublié que l’entreprise est l’actrice principale de son écosystème en alimentant un tissu économique local indispensable pour un ancrage dans le temps des territoires.

Une entreprise durable porte à elle seule tout un environnement : l’emploi, les écoles, la vie associative, le bureau de poste, le café, le bureau de tabac, la liaison ferroviaire…, ayant un effet immédiat sur une sérénité sociale permettant, entre autres, l’inhibition de l’émergence des extrêmes en proposant un avenir dans le temps…

« Des entreprises durables pour des territoires durables », quel beau slogan plein d’espoir.

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  • Le temps long nécessaire à l’entreprise et à la France! Vivement la fin des gestionnaires à courte vue (avec des manques d’intelligence), qui nous trahissent à longueur de temps, par facilité personnelle(fainéantise)depuis 45 ans.

    • Ca c’est aussi une mode américaine. On sait qu’on ne va plus faire 20 ou 30 ans dans la même boite donc l’idée est de gagner au max et de se barrer avant qu’il y ait des conséquences. On est passé de stratégies de coopération à des stratégies de trahison.

  • Les YAKAYFOKON trépignent d’impatience, ils voudraient que tout se fasse instantanément à l’aide d’un simple claquement de doigt. Les dégâts provoqués dans l’industrie sont considérables et à l’heure du bilan à la fin de cette année à la vue des dégâts additionnels inouïs constatés, Macron devra démissionner.

  • Oui, une entreprise à besoin de temps car qu’on la crée ou qu’on l’acquiert elle est destinée à vivre et a être à nouveau cédée.
    Le problème majeur est que la rapacité de son environnement, fiscal, social, réglementaire, l’amène à en permanence faire un exercice d’équilibriste car les règles du jeu changent en permanence. La conséquence est que malgré son agilité et les risques qu’il peut accepter de prendre, l’entrepreneur est souvent pris à contrepieds et que ces meilleurs business plans, sauf à être prudentiels, ne résiste pas aux contraintes extérieures, d’autant qu’il a au sein de son entreprise un sleeping partner particulièrement exigeant: l’état dont le souci n’est pas la recherche d’un succès futur prometteur de l’entreprise mais de racler tout ce qu’il peut tout de suite.
    Alors l’entrepreneur se voit imposer un  » état d’urgence permanent » qui vient s’ajouter à l’ensemble des décisions qu’il se doit de prendre: investissements, recrutement, développement commercial, recherche, création, inventions, gestion financière, gestion sociale, …
    Alors l’espace temps se rétrécie ne laissant plus de place au temps long.

    • Jamais vu un business plan se dérouler, même les plus pessimistes ont des courbes exponentielles toutes jolies. D’où l’article de CP sur l’effectuation qui est beaucoup plus proche de ce qui se fait.

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