Laissez-nous manger tranquilles dans les restaurants de notre choix !

Restaurant La Luge by Miwok-Domaine public — Miwok,

J’aimerais juste trouver un pays où on me laissera tranquillement déguster une entrecôte dans mon petit restaurant de quartier joliment décoré et où je serai gentiment accueilli.

Par Fabrice Hatem.

Je suis consterné par la capacité des bureaucraties publiques à créer des réglementations absurdes qui enferment chaque jour davantage les actes les plus simples de la vie dans un système kafkaïen d’interdictions, de contrôles et de punitions, transformant peu à peu chacun d’entre nous en délinquant potentiel.

Un exemple, pas plus tard qu’hier soir. Voici l’affaire.

Dans l’odieux monde d’avant, j’aimais bien aller de temps en temps manger une entrecôte dans un petit restaurant de quartier joliment décoré et où j’étais gentiment accueilli.

On n’embêtait personne, le patron et ses employés gagnaient leur vie, et moi, je passais un moment agréable grâce à eux.

Arrive la crise du coronavirus, et le restaurant est fermé du jour au lendemain, comme tous les autres.

Moi, ça va encore, je me nourris de conserves Monoprix pendant deux mois sur mon balcon et je fais des économies ; bref, je m’adapte sans trop de casse à la privation de liberté.

Mais pour mon restaurateur comme pour tous ses autres collègues du quartier, par contre, c’est la catastrophe : plus un sou de revenu pendant plus de deux mois !

Il faut d’ailleurs savoir à ce sujet que les aides annoncées à grand fracas par le gouvernement sont en partie illusoires et insuffisantes : par exemple, les loyers commerciaux ne sont pas annulés (ce qui est normal d’ailleurs) mais simplement reportés, ce qui ne fait que décaler le problème ; le chômage partiel des salariés, avancé par l’employeur, tarde à être remboursé par l’État ; le « SMIC-corona » des indépendants, conditionné à plusieurs règles compliquées, n’est qu’une misère par rapport à leurs charges courantes.

Bref, la moitié des restaurateurs de ma rue ne s’en sortira pas. Quand ils s’expriment, on les sent évidemment inquiets, malheureux, aigris, et parfois désespérés.

C’est le cas, par exemple du petit restaurant mexicain qui organisait des concerts de musique latinos si sympathiques où j’adorais aller. Dans un lieu aussi confiné, les concerts dansants latinos, tu pourras juste oublier dans le merveilleux monde d’après ! Heureusement qu’il me restera la télé !

Début juin, comme la moitié des restaurants et cafés de France avaient déjà crevé, le gouvernement, dans sa grande bienveillance, a quand même autorisé à rouvrir ceux qui avaient survécu. Mais attention, à Paris, seulement en terrasse. Faudrait pas quand même qu’ils pensent à utiliser les salles qu’ils louent très cher pour ce à quoi elles sont destinées, c’est-à-dire à accueillir les clients. Non, ce serait trop simple !

Évidemment, les politiciens et leurs sbires écolos se sont rués sur l’occasion pour casser un peu plus les pieds des automobilistes.

Donc, non seulement ils ont autorisé l’extension des terrasses sur les trottoirs, mais en plus, ils ont permis aux restaurateurs de s’installer sur la chaussée, à la place du stationnement automobile.

Tout cela a créé une série de désordres : d’une part les trottoirs deviennent des lieux chaotiques et dangereux pour les piétons, déjà confrontés au comportement anarchique des deux-roues qui y circulent à toute allure au milieu des petites vieilles et des landaus ; d’autre part, ils voient leur espace réduit par les terrasses.

De plus, les tables installées sur la chaussées sont incommodes et dangereuses, à cause des bolides bruyants qui passent à un mètre d’elles.

Bref, c’est le bazar organisé par la bureaucratie là où autrefois régnait un semblant d’ordre : on interdit d’utiliser les choses pour quoi elles sont faites (les salles de restaurants, les places de parking), par contre on autorise les gens à les utiliser dans d’autres buts que ce pourquoi elles ont été créées (les terrasses étendues sur les trottoirs et les chaussées). C’est à mi-chemin entre Kafka et Ubu !

Tout cela est inévitablement source de désagréments de toutes sortes, de dangers, d’accidents et de litiges.

Mais heureusement, la police veille, ou bien les agents de la ville de Paris qui se prennent de plus en plus pour la police.

Donc, malgré toutes ces complications, j’étais en train de savourer, tranquillement installé à une petite table placée sur la chaussée, l’entrecôte que mon héroïque restaurateur était tout de même parvenu à me servir malgré toutes ces complications, quand nous voyons débarquer un véhicule de la mairie de Paris.

Ses occupants, baptisés « médiateurs » (ne sais pas au juste quel est leur statut et leurs prérogatives) étaient chargés de s’assurer du respect par les restaurateurs des règles d’occupation de l’espace urbain totalement débiles que les techno-politiques avaient édictées !

Après dix minutes de palabres, ils ont fait preuve d’une immense bienveillance : ils ont prévenu mon restaurateur qu’il devait enlever les tables placées sur la chaussée avant 22 heures, sinon, c’était l’amende.

Donc, comme il était 21 h 45, j’ai dû avaler mon entrecôte en vitesse dans les vapeurs d’essence du bus.

Nous étions juste furieux, le patron et moi ! Ils ne pouvaient pas simplement nous foutre la paix et le laisser me servir mon plat préféré dans sa jolie salle ? Non, il faut qu’ils compliquent tout et nous rendent la vie impossible avec leurs interventions stupides !

Là, j’en ai juste assez, de leurs impôts, de leurs interdictions, de leurs contrôles et de leurs amendes.

J’aimerais juste trouver un pays où on me laissera tranquillement déguster une entrecôte dans mon petit restaurant de quartier joliment décoré et où je serai gentiment accueilli.

Mais c’est peut-être trop demander ?

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