Belgique : l’imbroglio politique continue !

Reflet by Marc H(CC BY-NC 2.0) — CC-BY

L’imbroglio politique persiste en Belgique depuis les dernières élections législatives qui datent… d’il y a un an.

Par Thierry Godefridi.1

« La Belgique est un ancêtre de la route rouillé, avec trois pneus crevés, la quatrième roue détachée, le moteur bloqué et sept gouvernements, derrière le volant. »

La Covid-19 (l’Académie française a tranché, c’est « la » et non « le » !) est un test de résistance pour notre pays. L’un des rares avantages d’une telle crise, selon Leo Neels (71) et Ivan Van de Cloot (43) du laboratoire d’idées Itinera, est qu’elle peut donner une impulsion à une réforme – pour ceux qui veulent bien voir les choses ainsi.

C’est la constatation à laquelle sont arrivés le directeur général et l’économiste en chef de ce centre de réflexion, qui a pignon sur rue, situé à deux pas du bureau et de la résidence officielle de la Première ministre du Royaume, madame Wilmès, dans un entretien publié dans le quotidien flamand Het Laatste Nieuws du week-end dernier.

La prise de décision est certes difficile dans une démocratie, mais notre pays a perdu toute vision et toute détermination, résume Steven Swinnen dans l’introduction de son compte-rendu de l’interview. Que se passe-t-il ?

Inaction. Indécision. Impéritie. Tandis que l’Allemagne anticipait, développait des tests et stockait des équipements de protection, la Belgique en était encore à se demander s’il s’agissait bien d’une pandémie. Pire encore, son stock stratégique de millions de masques – nécessaire si l’on en croit les rapports rédigés par des personnes qui font désormais partie du groupe d’experts conseillant le gouvernement – avait été détruit et il n’avait pas été remplacé. Ce sont là des choses avérées.

L’économiste Van de Cloot suivait l’évolution de l’épidémie depuis la fin de l’an dernier et il l’avait jugée suffisamment préoccupante pour qu’il se résolût à annuler ses vacances de printemps en Italie. Selon lui, l’imprévoyance de la Belgique s’est aussi manifestée dans la décision de laisser partir les gens en vacances à la fin du mois de février et, contrairement à la République tchèque, de ne pas les soumettre à un test à leur retour. (NDA : chacun connaît le rôle joué par un aficionado du PTB dans l’affaire, cet éminent virologue qui ne voyait aucune raison d’empêcher les gens de partir en vacances à la fin du mois de février en Italie et qui avait obtenu le monopole des tests pour le laboratoire qu’il dirige à l’université de Leuven.)

Pour Leo Neels, au cours des dernières décennies nous avons perdu le sens de la prévoyance et de la responsabilité. Et de l’État. Il ne le dit pas, par respect sans doute pour les ministres, les membres du parlement et des partis qui consultent Itinera, mais cela paraît en filigrane.

Concernant le traçage, un autre aspect de la lutte contre le coronavirus, il balaie les objections en matière de vie privée : les gens ne se rendraient-ils pas compte que, quand ils utilisent Waze, Strava, Google, Uber et d’autres applications, ils renoncent à leur quant-à-soi ?

Il s’insurge aussi contre les propos stupides que profèrent certains à l’encontre du libre marché. Ce sont les entreprises qui créent de la valeur, rappelle-t-il. Afin de surmonter la crise économique qui résulte de la pandémie, nous aurons besoin d’une économie tournant à plein régime pour compenser les dépenses et pour financer notre État-providence.

« Les droits acquis, dit-il, c’est fort bien quand la prospérité est assurée, mais non quand celle-ci ne l’est pas. Nous ne pouvons pas continuellement nous appuyer sur le passé. » Les partenaires sociaux ne peuvent pas ne pas aussi le comprendre.

La Belgique était de toute évidence déjà malade bien avant la pandémie. Pensons-nous encore faire partie du top, la trentaine d’indices que publie Itinera sur son site montre qu’il n’en est rien, que dans bien des domaines les performances de notre pays sont médiocres.

« Nos politiciens, qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité, manquent de vision à long terme. Ils ne se préoccupent que des sujets du jour. Cela n’a pas duré jusqu’à ce que la pandémie ne soit politisée et qu’il ne soit question de taxes « corona », d’impôt sur le patrimoine, de plus de gouvernement, d’un revenu de base, etc. »

Leo Neels : « Le modèle communautaire est dépassé. Notre appareil gouvernemental est très coûteux et peu efficace. C’est l’addition des réformes de l’État qui a donné peu de résultats et entrave la bonne gouvernance. Il ne se passe rien. Nous avons besoin d’un reset complet. Le mandat actuel de notre Première ministre repose sur des élections qui ont eu lieu en 2014. Le monde politique est parvenu à complètement ignorer le scrutin de l’an dernier. Peu importe s’ils apprécient de se voir ou non, ils ont reçu un mandat pour gouverner ce pays ! »

Aux yeux du directeur général d’Itinera, la complexité de la structure de l’État ne constitue pas une circonstance atténuante. Prenons l’exemple de la Suisse. On y parle quatre langues, la structure avec les cantons n’y est pas moins complexe, et, pourtant, le pays fonctionne bien mieux que la Belgique.

Chez nous, les partis font usage de leurs mandats, non pour gouverner, mais pour préparer le scrutin suivant et essayer de les conserver ! « S’ils continuent, prédit Leo Neels, ils finiront par tomber dans l’abîme comme des lemmings. »

  1. L’auteur a publié On vous trompe énormément – L’écologie politique est une mystification en avril. L’essai est disponible en version papier (10,55 euros) et Kindle (7,50 euros) sur Amazon.
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