Les deux erreurs du souverainisme

Marine Le Pen au Liban, pour les Chrétiens du Liban. Visite à Byblos, Mont-Liban. By: Gilbert-Noël Sfeir Mont-Liban - CC BY 2.0

Le souverainisme se nourrit de populisme.

Par Gérard Dréan.

Il existe deux variétés de souverainistes : les actifs et les passifs.

Les passifs sont les plus nombreux. Ils veulent un maître auquel obéir et qui résolve tous leurs problèmes, mais ils veulent que ce maître soit proche d’eux pour bien comprendre leurs problèmes, et pour pouvoir l’influencer. Pour paraphraser La Boétie, ce sont des esclaves volontaires, mais qui souhaitent que leur maître soit proche.

Les actifs, c’est autre chose. Eux, veulent être les maîtres. Et s’ils souhaitent aussi que le lieu d’exercice du pouvoir soit proche d’eux, c’est pour le conquérir ou du moins y être associés. Ce sont des aspirants dictateurs.

Ils se réclament du peuple, mais qu’est-ce que le peuple ? Un ensemble d’individus tous différents, avec des opinions, des aspirations et des demandes très diverses et incompatibles. Si on leur demande quelle est la volonté du peuple, la réponse de chacun sera « que je puisse faire ce que je veux sans être gêné par les autres ».

Imposer sa volonté à la population

Celui qui veut prétendre incarner la volonté du peuple doit donc choisir une partie du peuple sur laquelle il croit pouvoir s’appuyer. Il pourra ainsi réaliser son idéal, imposer sa volonté à toute une population, mais avec le soutien d’une part de celle-ci, ce qui lui rend la tâche plus facile. Le souverainisme se nourrit de populisme.

Pour le vrai tyran, la volupté suprême est d’imposer sa volonté à tous sans être soutenu par personne. La plupart des tyrans sont tout simplement cyniques. D’autres croient sincèrement faire le bonheur du peuple. Ils croient dur comme fer que leurs idées sont les seules bonnes et méritent d’être imposées à tous, au besoin par la force ; ce qui montre simplement à quel point ils sont naïfs et méprisent le vrai peuple.

À bien y réfléchir, la vraie volonté du peuple, « que je puisse faire ce que je veux sans être gêné par les autres », c’est tout simplement l’idéal libéral gravé dans le marbre de la Déclaration des Droits de 1776, puis dans la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 : « Tous les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en droits. », autrement dit en négatif : aucun être humain n’a le droit d’en forcer un autre à faire quelque chose qu’il ne veut pas faire, ni de lui imposer ses propres croyances ou ses propres idéaux. Aucun, même pas moi.

Selon ce principe, le seul rôle légitime du pouvoir, de quelque forme qu’il soit, est de faire respecter cette liberté en empêchant chacun d’attenter à la liberté des autres, et avant tout en n’attentant pas lui-même aux libertés, ce qui exige que son domaine d’intervention soit étroitement limité et ses moyens d’action sévèrement contrôlés.

Mais bien sûr, défini comme cela, le pouvoir n’intéresse pas les souverainistes. Et c’est pourquoi ils vomissent le libéralisme

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