Peut-on parler de « défaillances du marché » ?

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Les défaillances dénoncées du marché masquent souvent le fait que les réelles défaillances se trouvent dans l’environnement institutionnel encadrant le processus de marché, et non dans le marché lui-même.

Par Guilhem Delon-Saumier.

Le concept de « défaillance du marché » (market failure) est utilisé un peu partout et par tout le monde afin de justifier la nécessité de l’intervention publique. Le marché est dit défaillant lorsque, livré à lui-même, il se révèle incapable de produire efficacement certains biens ou services utiles à la communauté, en particulier les biens ou services dits publics.

En réalité, affirmer que le marché est défaillant dans certains domaines relève d’une vision erronée ou d’une incompréhension de sa réalité et de son fonctionnement.

Il convient de reconsidérer ce concept en mettant en lumière à la fois la nature dynamique du processus de marché, l’ignorance radicale de tout observateur sur les évolutions de ce dernier, ou encore l’environnement institutionnel encadrant son activité.

Le marché est un processus dynamique

Affirmer que le marché est défaillant dans un domaine donné c’est commettre l’erreur de le considérer comme étant un simple état de fait ou quelque chose de statique que l’on pourrait en quelque sorte photographier.

Le marché est une dynamique, un processus de découvertes sans fin, d’essais, d’erreurs et de corrections au sein duquel un nombre indéfini d’individus s’emploient chaque seconde. Les différentes activités de fourniture de biens ou de prestation de services sur un marché libre ne doivent donc pas être perçues comme une donnée, ni comme définitivement mesurable ou calculable. Au contraire, les acteurs privés sur un marché changent continuellement leurs activités, les adaptent aux besoins des consommateurs, innovent, testent de nouvelles solutions… Personne ne peut raisonnablement affirmer que le marché est défaillant, car cela sous-entendrait que les actions, interactions et réactions continuelles de millions d’individus dans un processus de découverte sans fin auraient échoué.

On comprend alors l’absurdité d’une telle affirmation, qui non seulement est figée dans le temps mais est également indémontrable puisqu’elle se heurte à l’ignorance radicale sur la manière dont la connaissance est créée, utilisée et diffusée dans la société.

Tout individu est nécessairement confronté à son ignorance

Un des éléments centraux déterminant la capacité d’un individu, d’une entreprise ou d’un État à fournir efficacement un bien ou un service est la façon dont ces derniers produisent, accèdent ou exploitent les connaissances et l’information leur permettant de réaliser de telles activités. Cependant, n’importe quel acteur est, dans ce processus, nécessairement confronté à son ignorance, en ce sens qu’il ne dispose nécessairement que d’une infime fraction de toute cette connaissance, puisque cette dernière est dispersée dans les cerveaux d’une multitude d’individus au sein de la société.

Proclamer que le marché est défaillant c’est exposer la faiblesse de son ignorance. Le marché permet à des milliards d’individus de se coordonner, d’échanger et de capitaliser l’information déjà existante pour en produire davantage. En agissant de manière libre et décentralisée, le marché maximise l’utilisation des connaissances dispersées dans la société, et maximise également de ce fait les chances de trouver demain une solution à un problème qui n’a pas encore de réponse aujourd’hui ; comme l’avait remarquablement démontré Friedrich Hayek en 1945.

Celui qui affirme donc que le marché est défaillant démontre en réalité sa défaillance personnelle à comprendre la nature et la dynamique de l’objet sur lequel il place son affirmation. N’oublions pas non plus que le marché est un processus lent, en ce sens qu’il faut du temps pour que la connaissance soit produite, diffusée et utilisée efficacement.

Les réelles défaillances sont à chercher dans notre environnement institutionnel

Les défaillances dénoncées du marché masquent souvent le fait que les réelles  défaillances se trouvent dans l’environnement institutionnel encadrant le processus de marché, et non dans le marché lui-même.

Ce dernier repose sur le droit de propriété. Or, le droit de propriété n’a de sens que si les propriétaires ont le droit d’utiliser et de disposer librement de ce sur quoi leur droit s’attache. Si cela n’est pas pleinement garanti et protégé par nos institutions, les facultés des individus à utiliser et mettre en œuvre leurs connaissances sont amoindries. Dans ce cas, les défaillances ne proviennent pas du marché mais des institutions. Si le marché ne produit pas tel bien ou service efficacement, c’est parce qu’une intervention préalable de l’État a façonné le cadre institutionnel de sorte à entraver son fonctionnement.

L’État crée également des obstacles au développement du marché parce qu’il est n’est pas neutre sur le plan de la concurrence. Les pouvoirs publics ont un avantage comparatif sur les entreprises privées car ils ont une prérogative de violence légale (collecte des impôts). Ils ne dépendent donc pas de la satisfaction des consommateurs pour maintenir leurs activités. De plus, ils peuvent se permettre de fournir des biens et services à des prix dérisoires, souvent « gratuits » (c’est-à-dire en réalité, payés par le contribuable), ce qui a pour effet de détruire les incitations du secteur privé à tenter de rivaliser.

En conclusion, avant d’affirmer que le marché est défaillant, mieux vaut-il d’abord se renseigner sur sa nature dynamique et donc sur l’incertitude quant à son développement, ensuite sur le problème de la connaissance et donc de l’ignorance radicale qui s’ensuit, pour finir avec une attention particulière aux prérequis institutionnels indispensables au bon fonctionnement d’une économie de marché.

 

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