Progrès humain : la bataille pour nourrir l’Humanité est gagnée

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Pendant des millénaires, les gens ont vécu au bord de la famine. Aujourd’hui, la famine a disparu en dehors des zones de guerre.

Par Marian L. Tupy.
Un article de HumanProgress.org

En tant que rédacteur d’un site web qui documente les progrès humains, on me demande parfois de citer la statistique qui montre le mieux l’amélioration de l’état du monde. Je pense tout de suite à l’augmentation de l’espérance de vie car, pour une personne morte, tous les autres indicateurs du bien-être ne sont pas pertinents.

Par chance, presque tout le monde sait que nous vivons beaucoup plus longtemps que nos ancêtres. Cela étant, je finis souvent par parler de l’alimentation. Pendant des millénaires la population a vécu au bord de la famine. Aujourd’hui la faim a disparu en dehors des zones de guerre. Examinons quelques données.

La disparition de la famine

Dans son livre de 1968, La Bombe P, Paul Ehrlich, le biologiste de l’Université de Stanford et alarmiste de la surpopulation, a fait la célèbre prédiction « la bataille pour nourrir l’humanité est terminée… des centaines de millions de personnes vont mourir de faim, et ce malgré tous les programmes d’urgence que nous pourrions lancer dès maintenant. »  Entre 1968 et 2017 la population mondiale a augmenté de 113 %, passant de 3,55 à 7,55 milliards. Sur la même période la quantité moyenne de nourriture disponible par personne et par jour a augmenté de 2334 à 2962 calories, soit une augmentation de 27 %.

Pour bien prendre la mesure de cette réussite, considérons les besoins alimentaires de nos amis les  humains. Le guide diététique du gouvernement américain pour 2015-2020 estime que les besoins en calories par personne et par jour varient de 1600 à 2000 calories pour les femmes et de 1900 à 2500 calories pour les hommes, une moyenne de 2000 calories par personne et par jour pour les deux sexes sur l’ensemble d’une vie humaine. D’où le nom abrégé du « régime à 2000 calories » que chaque Américain connait.

Bien entendu, tout dépend « de l’âge, du sexe, de la taille, du poids et du niveau d’activité physique ». Donc la consommation recommandée pour les femmes atteint un pic entre 19 et 25 ans avec 2000 calories pour les sédentaires et 2400 calories pour celles qui sont actives. La consommation recommandée pour les hommes atteint un pic entre 16 et 20 ans avec 2600 calories pour les hommes sédentaires et 3200 pour ceux qui sont actifs. Les plus jeunes et les plus vieux des deux sexes ont généralement besoin de beaucoup moins de calories.

Depuis la découverte de l’agriculture voici environ 12 000 ans, la plupart des humains travaillait du matin au soir afin de produire suffisamment de calories – par le travail des champs et par l’élevage – pour vivre un jour de plus. Les documents historiques anglais suggèrent une consommation de 1500 calories par jour au XIIIe siècle, avec une augmentation à 2000 calories au XIVe siècle (une conséquence inattendue de la peste noire qui a fait baisser le prix des terres et monter celui du travail) et une baisse bien en dessous de 2000 calories au XVIIe siècle. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que l’alimentation s’est stabilisée au-dessus de 2000 calories par personne et par jour.

L’Angleterre était une des régions les plus développées du monde. En France l’alimentation est restée bloquée en dessous de 2000 jusqu’au début du XIXe siècle.  Avant la Révolution industrielle, non seulement les individus étaient très inefficaces pour produire de la nourriture, mais encore l’accès à celle-ci était précaire. Pour la plupart, une seule mauvaise récolte et c’était la famine. Les enfants étaient couramment employés aux travaux agricoles à l’âge de quatre ans et malheur au paysan vieux ou malade sans famille ni âme charitable.

Selon les estimations les plus récentes de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la nourriture disponible dans seulement deux des 173 pays étudiés était en dessous de 2000 calories par personne et par jour en 2017 : la République Centrafricaine (1758) et Madagascar (1903). En Afghanistan elle se situait à 2000, et partout ailleurs au-dessus de 2000 calories. La Belgique et les États-Unis étaient en tête du classement avec respectivement 3768 et 3766 calories.

L’ignorance des bonnes nouvelles

Hélas tout le monde n’est pas au courant de ces données. Regardez cet échange récent entre le comédien américain immensément populaire Bill Maher qui anime l’émission Real Time with Bill Maher sur HBO et le parlementaire Mikie Sherrill qui représente la 11ème circonscription du New Jersey.

 

B.M : Quel est votre salaire minimum dans le New Jersey ?

MS : Nous progressons doucement vers les quinze [dollars par heure].

B.M : Pas assez pour vivre.

M.S : Eh bien, en fait… personne ne se dit « bon sang, un jour si je bosse dur j’aurais un boulot au salaire minimum et je serais bien » n’est-ce pas ?  Ce n’est pas vraiment le rêve de la classe moyenne… je ne pense pas.

B.M : Et les autres ils ne comptent pas ? Ceux qui sont en dessous de la classe moyenne ?

M.S : Mais les gens en dessous de la classe moyenne rêvent de faire partie de la classe moyenne. Donc ceux qui sont en dessous de la classe moyenne disent aussi « non, nous voulons un salaire minimum, nous votons pour… »

B.M : Mais en attendant, ils ne veulent pas manger ?

M.S : Ils le veulent, ils veulent manger, mais ce n’est pas ça qui va émouvoir le cœur ni les esprits de l’Amérique parce que ce que chacun veut c’est un bon boulot stable de la classe moyenne avec des avantages sociaux, hein ? Alors on ne dit pas « oh, vous avez droit à un salaire minimum et je ne sais pas comment vous allez payer vos frais de santé, je ne sais pas comment vous allez financer votre retraite, je ne sais pas comment vous allez pouvoir partir en congé de maternité si quelqu’un est malade… »

B.M : Franklin Delano Roosevelt a bien dit « Les gens ne mangent pas en moyenne – ils mangent tous les jours. »

 

Maher est connu pour être un coriace car son argumentation, comme la météo, change tout le temps. Le mois dernier par exemple il se plaignait que les Américains battaient des records de surpoids et décès par obésité. Prenons tout de même son argument au sérieux et examinons la quantité de nourriture en fonction des revenus des travailleurs américains au salaire minimum. Le salaire minimum fédéral est de 7,25 dollars de l’heure, bien que 90 % des smicards américains gagnent plus que ça.   En fait le salaire minimum effectif aux États-Unis est de l’ordre de 12 dollars de l’heure en 2019.

Un poulet rôti Costco entier, qui apporte 1037 calories, coûte 4,99 dollars. Donc presque tous les Américains peuvent se payer plus de 2000 calories pour moins d’une heure de travail. Plutôt que de trimer toute la journée pour se nourrir eux-mêmes, les Américains passent l’essentiel de leur temps au travail à gagner de l’argent pour rembourser leurs emprunts, payer leur assurance santé, l’éducation, les loisirs, etc.

Même dans les pays d’Afrique sub-Saharienne, la région la plus pauvre du monde, la quantité de nourriture disponible par personne et par jour est passée de 1852 en 1961 à 2449 en 2017, soit une augmentation de 32 %.

Selon un rapport « Il y a une épidémie silencieuse qui balaye l’Afrique et c’est pire que le SIDA. Sur les 20 pays où l’obésité progresse le plus vite, près de la moitié sont en Afrique. Cela pèse de plus en plus sur la santé du continent. »

Je soupçonne qu’avec l’augmentation de la richesse et de l’accès à l’information, les Africains, comme la plupart des gens, finiront par trouver un équilibre entre se nourrir et vivre en bonne santé. En attendant nous ne pouvons faire autrement que de conclure que la bataille pour nourrir l’ensemble de l’humanité est en effet terminée et c’est l’humanité qui a gagné.

Traduction Contrepoints

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