Contre le séparatisme islamiste, il faut défendre la liberté religieuse

Si les déclarations du président de la République sont conformes à ce qui est attendu pour protéger les libertés individuelles, il convient toutefois de garder à l’esprit que l’outil politique n’est pas la solution miracle au problème de la radicalisation.

Par Frédéric Mas.

Mardi 18 février, lors d’un déplacement à Mulhouse, Emmanuel Macron a présenté son programme pour combattre « le séparatisme islamiste » et la radicalisation. En prenant bien soin de ne pas ramener l’ensemble des musulmans à l’Islam politique, le président de la république a désigné l’islamisme qui sort du « champ républicain » comme l’ennemi à abattre.

Cette distinction n’est pas anodine, elle permet de comprendre la différence essentielle existant entre le principe de liberté religieuse et le combat contre les fanatismes qui en profitent pour tenter de détruire la société ouverte de l’intérieur. La liberté religieuse doit être protégée, c’est là le rôle du constitutionnalisme libéral, et les fanatismes découragés, afin de rétablir l’ordre public et la concorde civile.

Tolérance religieuse

Historiquement, le premier libéralisme né avec la philosophie des Lumières défend l’autonomie de l’individu contre l’emprise de la religion. La découverte du droit naturel avec John Locke doit aussi se comprendre comme une mise à distance des explications immédiatement religieuse de l’Humanité.

Aux yeux de l’auteur de la Lettre sur la tolérance (1686) l’Église est une association dans laquelle les individus s’engagent librement et volontairement, ce qui signifie que le gouvernement civil se doit de garantir la possibilité d’adhérer, comme de sortir de la religion.

La loi, institutrice de la laïcité, garantit ainsi la pluralité des religions comme la possibilité d’en changer ou, bien entendu, de ne pas en avoir. Comme le rappelle Catherine Audard : « Le libéralisme s’accommode des formes les plus variées de coexistence entre [le] foisonnement d’associations et la sphère publique […]. [L’État] garantit la liberté religieuse non seulement au nom de la liberté pour chacun de choisir ses valeurs, mais surtout du refus d’interférer et de porter un jugement de valeur sur le contenu des croyances. »1

Lutte contre le fanatisme

Le fanatisme religieux qui s’incarne aujourd’hui dans le séparatisme islamiste, s’oppose frontalement à la liberté religieuse et à ses fondements éthiques. L’une des raisons qui rend le combat difficile aux yeux de beaucoup de nos contemporains porte sur l’ambiguïté du terme « religion » lui-même, qui n’aide pas à distinguer entre les religions et les entreprises politiques visant à détruire la liberté.

Nassim Nicholas Taleb explique dans son livre Jouer sa peau que le terme est un mot valise qui renvoie à des pratiques sociales, spirituelles et culturelles très différentes les unes des autres. Les élites occidentales, qui observent le phénomène d’un point de vue sécularisé, ont beaucoup de mal à en admettre le caractère non homogène.

Des conduites humaines forgées par des siècles d’Histoire et de culture ne peuvent pas être ramenées à l’étiquette unique « religion », sauf à tout confondre : « Le problème de l’Union européenne, c’est que les bureaucrates naïfs […] se laissent avoir par l’étiquette. Ils traitent les salafistes exactement comme une religion (avec ses lieux de « culte ») alors qu’en fait, ce n’est qu’un système politique intolérant qui fait la promotion de la violence (ou l’autorise) et refusent les institutions occidentales – celles-là mêmes qui leur permettent de fonctionner. »2

L’outil politique n’est pas la solution miracle

Si les déclarations du président de la République semblent conformes à cette distinction essentielle à la protection des libertés individuelles, il convient toutefois de garder à l’esprit que l’outil politique n’est pas la solution miracle au problème de la radicalisation. Au nom de la lutte contre le terrorisme et contre la propagation de ses idées mortifères, les derniers gouvernements n’ont pas hésité à adopter des règles profondément liberticides en matière d’ordre public et de liberté d’expression.

Certains à droite et à l’extrême droite ne cherchent qu’à aggraver la situation : face à la menace islamiste, il faudrait suspendre l’État de droit et adopter des mesures autoritaires pour résoudre le problème.

C’est oublier que le problème du fanatisme religieux touche tous les rouages de l’État et que la loyauté même des agents de l’État, dans certains secteurs, est sujette à caution.

Classiquement, pour les libéraux, la solution passe par l’éducation à la raison : c’est en renouant avec l’esprit rationaliste des Lumières que la crise du radicalisme sera surmontée. Emmanuel Macron devra également combler le « déficit de régalien » qui mine la confiance institutionnelle et érode l’ordre public. Cela ne pourra passer que par un repositionnement de l’État sur ses missions essentielles.

  1. Catherine Audard, Qu’est-ce que le libéralisme ? Gallimard, 2009, p. 250.
  2. Nassim Nicholas Taleb, Jouer sa peau, Les Belles Lettres, 2017, p. 286.
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