Municipales à Paris : 100 000 euros d’aide à l’achat de logement et un mars

Benjamin Griveaux By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

Le candidat LREM aux élections municipales à Paris Benjamin Griveaux a promis une aide de 100 000 euros aux Parisiens qui souhaiteront acheter leur logement. C’est pas cher, c’est vous qui payez !

Par Nafy-Nathalie et h16.

Accorder 100.000 euros d’aide à l’achat d’un logement dans Paris ? Vous pensiez cela impossible ou absurde ? Eh bien détrompez-vous !

Paris se vide. Acheter un logement est de plus en plus difficile pour les ménages des classes moyennes. Heureusement, le fringant candidat LREM à la Mairie Paris, Benjamin Griveaux et ses colistiers, très conscients du problème, touchés par la lumière, ont eu une vision qu’ils ont proposé très sérieusement comme promesse de campagne.

Fermez les yeux et imaginez un peu : un organisme créé spécialement, à coup d’inauguration, de petits fours et de champagne, ayant pour unique but de distribuer des petits paquets de 100.000 euros par là ou par ici à tout ménage qui voudra acheter sa résidence principale dans la capitale…

Allons, n’ayez pas peur non plus. LREM n’est pas inconsciente…

Enfin, pas totalement. Elle ne prévoit pas (pas encore) de jeter l’argent public par les fenêtres !

D’ailleurs, faire ça ne serait pas raisonnable du tout et notre sieur Griveaux, très au fait de ces choses-là, tient à ce que tout soit bien clair :

  • Ce n’est pas un prêt mais un apport.

Ce qui fait une belle jambe au contribuable parisien parce que les aides publiques ne sont pas des mannes tombées du ciel mais bien l’argent souvent gagné durement par les contribuables, qui sera donc immobilisé le temps de l’opération.

  • Au moment de la revente, la Ville prendra une part de la plus-value qui sera plafonnée autour de 20 %.

Et là on sent le projet commence à perdre en clarté… D’accord, ce n’est pas un prêt mais un apport que l’on rembourse quand même, comme un prêt pourtant bien que cela n’en soit pas un.

Puis il se corse franchement parce que l’on ne rembourse pas une somme fixe mais un pourcentage de la plus-value en cas de revente, avec – attention- un plafonnement à 20 %…

Un esprit taquin pourrait dire que LREM joue avec l’argent du contribuable et qu’au lieu de rembourser à taux fixe, il choisit le taux variable parce que c’est beaucoup plus fun comme ça finalement.

Un autre pourrait parler tout simplement de spéculation et faire remarquer qu’il serait alors très imprudent d’élire un parti qui rêve de spéculer avec l’argent public sur les prix de l’immobilier.

Il y a de surcroît le côté éthique qui relève de la différence entre le bon et le mauvais spéculateur très certainement (la ville étant le bon, dans ce cas-ci, n’en doutez pas !)

On aboutit à un paradoxe curieux : par cette mesure, LREM prétend faire baisser les prix de l’immobilier, alors qu’elle n’aura aucun intérêt financier à les faire baisser justement. Eh oui : il n’y aura évidemment aucune plus-value si les prix baissent… Difficile de se départir de cette image d’un chien qui tourne en rond pour se mordre la queue.

Un projet qui suscite quelques inquiétudes

Quelques limites sont évoquées à ce projet loufoque, comme un plafond de revenus.

Ouf ! Enfin, on dit ouf avant de réfléchir un peu, car à la réflexion, ce qui se voulait rassurant semble plutôt inquiétant.

Imaginez que l’on facilite l’accès à la propriété de personnes n’ayant pas la capacité de l’assumer seules, qui auront donc du mal à payer les charges courantes des immeubles et au moindre vote de travaux risquent de perdre pied. Les dégâts financiers peuvent être importants pour le contribuable. Celui-ci aura déjà financé les 100.000 euros qui permettront à un autre d’acheter un logement sans peut-être en avoir les moyens.

Puis, il pourra ensuite se retrouver à assumer les conséquences funestes de cet accès inadéquat à la propriété, comme c’est le cas par exemple dans ces joyeuses cités de l’arrière-pays francilien où vivre est si agréable que tout le monde nous envie leur confort.

En même temps, c’est aussi un moyen sûr de les amener à la vente au premier imprévu. Or, si on revient au point 2, la vente est justement un moyen pour la ville de se rembourser.

Puis on apprend de l’entourage du candidat que les 100.000 euros ne seraient pas vraiment 100.000 euros mais une somme « jusqu’à 100.000 euros » puisque l’ « apport » sera limité à 20 % du prix d’acquisition, pour des opérations présentant un « prix d’achat raisonnable ».

La notion de « raisonnable » étant particulièrement floue, on devine à mi-mots qu’elle désigne un achat en dessous du prix du marché, prohibitif, et contre lequel il faut lutter à tout prix. Dès lors s’impose une autre question : quel propriétaire sera assez généreux pour vendre son bien à perte ?

Devant cet amoncellement d’incohérence, difficile de ne pas imaginer que l’esprit torturé du candidat LREM aux municipales a fait le calcul simpliste suivant : 20 % d’apport = 20 % de plus value. Il a peut-être même imaginé que le résultat de l’opération serait finalement neutre, voire indolore et transparent pour le citoyen-contribuable.

La réaction sur cette proposition de Ian Brossat, adjoint au logement et porte-parole d’Anne Hidalgo, et pourtant officiellement communiste, est intéressante. Il pose la question du financement de ce dispositif, qui n’a pas encore été indiqué.

Il interroge aussi son efficacité : « Son effet serait très négatif, car elle conduirait à alimenter la spirale de la hausse des prix. Aujourd’hui, les tarifs sont déjà tirés vers le haut par le niveau très bas des taux intérêt. Si on y ajoute une subvention de 100.00 euros, le marché s’ajustera et les prix augmenteront ».

Passons sur le fait qu’il serait judicieux qu’il examine avec cette belle lucidité ses propres propositions, et attardons-nous plutôt sur l’effet pervers des aides au logement pointé de manière régulière que ce soit par les professionnels ou les rapports divers… S’il est possible de reconnaître du talent à LREM, c’est dans sa constance à aligner des propositions comme celle-là, toutes plus inabouties ou stupides les unes que les autres, et en tout cas contre-productives… Contre-productives au moins pour le citoyen.

Mais peut-être est-ce là l’explication de cette idée ridicule : quand on mesure le potentiel du dispositif proposé, on ne peut que constater d’avance son inefficacité, ce qui reste un comble puisque Benjamin Griveaux est un ancien secrétaire d’état auprès du ministre de l’Economie.

En réalité, l’intention des macronistes, toujours la même depuis la campagne présidentielle, est d’obtenir une France mobile et flexible où capitaux et salariés circulent librement, comme le préconise la commission Attali, à la source du macronisme. Emmanuel Macron, qui en était le rapporteur, n’avait d’ailleurs pas manqué d’expliquer lors de sa campagne que « inciter tout le monde à devenir propriétaire n’a pas de sens car cela peut notamment poser des freins à la mobilité ».

Quand on lit que le candidat LREM à la mairie de Paris éructe en effet à propos des classes moyennes : « Il faut les aider à devenir propriétaires (…) À Paris, quand vous n’avez pas d’apport, vous ne pouvez pas acheter. C’est la pire des inégalités », difficile de ne pas se demander si le candidat en marche n’est pas franchement incompétent ou s’il ne prend simplement pas la pleine mesure de l’intelligence de ses électeurs.

La première option n’est pas à écarter mais la deuxième est certaine. Reste à savoir ce que les Parisiens en penseront.

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