Législatives 2022 : « Élisez-moi Premier ministre ! » ou la revanche des perdants

Un premier sondage d’Harris Interactive pour Challenges donne une majorité absolue de députés pour Emmanuel Macron à l’issue des législatives, soit entre 328 et 368 sièges.

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Législatives 2022 : « Élisez-moi Premier ministre ! » ou la revanche des perdants

Publié le 28 avril 2022
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Le Rassemblement national pourrait faire une percée spectaculaire au Palais Bourbon, entre 75 et 105 députés contre 8 seulement actuellement. Les Républicains verraient leurs effectifs fondre avec entre 35 et 65 députés, contre 101 actuellement. Les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon n’obtiendraient que 73 à 93 sièges, même avec une union de toute la gauche.

Rappelons que pour imposer un Premier ministre au président, il faut 289 députés.

La bataille pour les législatives, prévues les 12 et 19 juin prochains, le troisième tour des élections françaises, a commencé lundi au lendemain de la réélection d’Emmanuel Macron.

Dans un étrange raccourci institutionnel.Jean-Luc Mélenchon s’était exclamé :

« Élisez-moi Premier ministre. »

Marine Le Pen se montrait à peine plus mesurée :

« Le score historique de ce soir place notre camp dans d’excellentes dispositions pour obtenir un grand nombre de députés en juin prochain. »

François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux européennes en 2019, s’en donnait lui aussi à cœur joie :

« C’est une élection qui n’a pas été voulue par une majorité de Français. »

Deux jours après la réélection d’Emmanuel Macron à la tête du pays et alors qu’on lui prédisait une bataille acharnée pour les législatives en juin prochain, un sondage peut rendre le chef de l’État plutôt confiant. Selon un sondage Harris Interactive pour Challenges, en l’état, le président de la République remporterait une majorité absolue en comptant ses partenaires François Bayrou ou Édouard Philippe, soit entre 328 et 368 sièges.

Depuis 1981, seul Jacques Chirac, en 1995, disposait d’une majorité parlementaire élue en 1993. Il a attendu deux ans pour dissoudre l’Assemblée nationale et perdre les législatives. Dans tous les autres cas, dissolution ou application du calendrier institutionnel lié au quinquennat (avec l’inversio, du calendrier électoral), les Français ont confirmé au troisième tour le choix qu’ils avaient fait aux deux précédents. Avec toutefois une demi-exception en 1988 : François Mitterrand, réélu après deux ans de cohabitation avec Jacques Chirac, a dû se contenter d’une majorité relative qui n’a pas facilité la tâche de son Premier ministre Michel Rocard. De plus c’est un scrutin qui mobilise très peu, ce qui tendrait à favoriser Emmanuel Macron.

Une majorité relative pour le président de la République est-elle envisageable au mois de juin ?

Dans cette situation, les soutiens d’Emmanuel Macron obtiendraient moins de 289 sièges à l’Assemblée mais seraient tout de même le groupe le plus important. Le président de la République pourrait alors être obligé de passer un accord avec Les Républicains. Tout dépend largement du score que fera ce parti, historiquement très implanté localement.

La progression de Marine Le Pen entre 2017 et 2022 (2,6 millions de voix gagnées) pourrait laisser penser que le danger vient de l’extrême droite pour les troupes d’Emmanuel Macron. C’est en réalité du côté de Jean-Luc Mélenchon que le plus gros risque de se faire subtiliser des sièges pèserait sur la macronie.

On le voit, pour que LREM perde une circonscription il faudrait que trois conditions soient remplies : un taux de participation élevé (il ne faut pas oublier qu’aux législatives, il faut faire 12,5 % des inscrits pour aller au second tour), une gauche très unie et une absence de candidat LR.

Cela risque d’être compliqué pour la gauche même si elle se place dans une configuration de candidat unique. Les macronistes ont quelques semaines pour convaincre les électeurs de gauche de les choisir plutôt que de se tourner vers les Insoumis.

Un remake de 2017 : une majorité absolue pour le président de la République à l’Assemblée nationale

La République en marche et ses satellites du centre droit (Horizons, Agir, Modem) et du centre gauche (Territoires de progrès, En commun, Fédération progressiste) devraient obtenir au moins 289 des 577 sièges de l’Assemblée, leur donnant une majorité absolue. Cette configuration permettrait, sur le papier, au président élu de gouverner à sa guise, à condition toutefois que toutes les formations politiques qui soutiennent aujourd’hui Emmanuel Macron, soient parvenues à un compromis avant le scrutin, notamment sur la répartition des circonscriptions.

Car le risque pour Emmanuel Macron vient de ses propres alliés. En annonçant la création d’un « grand mouvement politique d’unité et d’action » le soir du premier tour, celui-ci a suscité de vives tensions dans son camp. François Bayrou et Édouard Philippe ne veulent pas entendre parler d’un parti unique, et plaident pour une confédération dans laquelle chacune des sensibilités conserverait son indépendance financière et son identité politique. À cette difficulté s’ajoute l’obstination macroniste à réduire à peau de chagrin la place des amis d’Édouard Philippe dans la future majorité, alors que les premières investitures devraient être annoncées dans les jours qui viennent par le parti présidentiel. De plus, la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale est épuisée par le précédent quinquennat et n’a pas réussi (faute d’expérience politique) à s’implanter localement.

Mes pronostics

Il n’est pas évident de tirer des résultats par circonscription de la présidentielle, des conclusions pour les législatives. De même, il faut rester prudent face aux sondages ou la répétition de l’histoire. L’enthousiasme suscité chez les électeurs d’Emmanuel Macron en 2017 n’est plus de mise. La pré-campagne électorale est longue et en deux mois il va se passer énormément d’évènements…

Ce qui  est certain : l’abstention sera importante ; les législatives bénéficient aux candidats bien implantés localement ; le scrutin majoritaire profite aux partis bien organisés…

Bref : le président de la République va obtenir une majorité relative à l’Assemblée nationale ; les candidats sortants LR vont être réélus et leur groupe devrait se maintenir ; les écologistes vont poursuivre leur chute dans la suite de Yannick Jadot ; LFI va consolider son groupe et le RN en constituer un. Quant au Parti Socialiste… (ce sera mon joker).

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  • Le petit coq ne va plus se sentir : un secrétaire premier ministre, une majorité godillot, pas de renouvellement de 3e mandat possible : l’autocrate va gouverner (ce qui est constitutionnellement contestable) toujours plus seul, sans aucun contrôle, laissant aux manifestations le seul « dialogue » possible !

  • Bon c’est l’occasion de se mobiliser contre le tyranneau. Voter même pour des clowns patentés, mais tout faire pour que cette… chose… ne puisse pas gouverner tranquillement. Idéalement il faudrait que personne ne le puisse, pour qu’on nous fiche enfin la paix.

  • Une majorité, soit, mais quelle majorité? That is the question comme pourrait le dire le locataire de l’Élysée, qui aime tant les « start up ».
    Pas sur que Philippe et même Bayrou lui fassent des cadeaux!

  • Les commentaires sont fermés.

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