Le livret A : une épargne d’État, pour le meilleur ou pour le pire ?

Ceramic Piggy Bank By: Pictures of Money - CC BY 2.0

Depuis 2017, le livret A est entré dans une nouvelle période de rendement réel négatif, avec un taux d’intérêt inférieur à l’inflation.

Par Étienne Chaumeton.
Un article de l’Iref-Europe

Le livret A est un livret d’épargne dirigé par l’État. Il constitue l’une des nombreuses exceptions françaises. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a annoncé que son rendement était abaissé à 0,50 % à partir de février 2020. Qu’en penser ?
Souvent qualifié de « placement préféré des Français », le livret A est effectivement détenu par 55 millions de Français, soit plus de 80 % de la population, y compris des mineurs. Sa popularité tient également à son grand âge, car il fête cette année ses 202 ans.

Son attrait est dû, commençons par le rappeler, à ses nombreux avantages.
À la différence de la plupart des placements financiers qui subissent un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, le livret A ne subit aucun impôt sur les revenus ni aucun prélèvement social.
Le livret A ne donne lieu à aucun frais d’entrée ou de sortie. Il demeure totalement liquide, le retrait ou la clôture est possible à tout moment.
L’État a fixé un plafond à 22 950 euros par personne, mais chaque membre de la famille peut en détenir un.

Le livret A est-il un placement intéressant pour autant ?

Il est réglementé par l’État, qui décide de son fonctionnement, de son taux, et de son plafond. À la différence de ce qui se passerait dans une économie libre, l’État peut changer arbitrairement et unilatéralement ses paramètres, notamment son rendement. Les fonds collectés via des établissements bancaires sont centralisés par la Caisse des dépôts et consignations, une institution publique qui rend compte au Parlement.

Le site internet du ministère de l’Économie annonce que les fonds collectés servent à « financer le logement social et le renouvellement urbain ». Cela est exact, mais incomplet. Sur les 253 milliards d’euros d’encours de collecte des livrets A (mais aussi LDDS et LEP) centralisés par la Caisse des dépôts en 2018, 164 milliards ont en effet alimenté des prêts pour le logement social et la politique de la ville (transports, lycées, hôpitaux, énergies renouvelables…), mais 86 milliards ont également été placés sur des actifs financiers (actions et obligations).

La garantie apportée par l’État aux dépôts du livret A est relative, car dans les faits cette épargne est placée sur des investissements à long terme. L’essentiel des fonds collectés par le livret A étant affecté à des investissements sortant du domaine marchand, il est difficile d’évaluer la pertinence de ces investissements. On peut cependant observer leur inégale répartition géographique. En 2018, 23 % des prêts ont été signés au bénéfice de l’Ile-de-France, contre 2 % pour la région Centre-Val de Loire.

La formule définissant le taux du livret A est régulièrement modifiée par l’État. À partir du 1er février 2020, il est abaissé de 0,75 % à 0,50 %, soit le taux plancher, trois fois plus faible que l’inflation, qui a été de 1,5 % en 2019 (1,2 % hors tabac).

Le livret A a donc un rendement réel négatif, qui ne permet pas de maintenir la valeur du pouvoir d’achat de l’épargne dans le temps. Son rendement net réel, avec un taux d’intérêt à 0,50% et une inflation de 1,50 %, est de -1 %. C’est-à-dire qu’en déposant 10 000 euros sur un livret A, il y a une destruction annuelle de 100 euros de pouvoir d’achat.

Cette situation n’est pas inédite.

Depuis 1970, l’inflation a été supérieure ou égale au taux d’intérêt du livret A pendant 21 ans, notamment pendant toute la décennie 1970 et le début des années 1980. Il serait faux de penser que le livret A est structurellement non rentable.

Depuis 2010, il a eu un rendement nominal cumulé de 12 %. Après inflation, le rendement réel cumulé est certes très faible, mais tout de même positif, autour de 1 %. Ce modeste rendement est à mettre en perspective avec un investissement qui aurait été effectué sur le CAC 40. Si une personne a investi 100 euros sur le CAC 40 en janvier 2010, elle dispose au 1er janvier 2020, après réinvestissement des dividendes, d’une épargne de 219 euros. Après déduction de l’inflation, le rendement réel du CAC 40 sur 10 ans a été de 110 %.

Certes, à la différence d’un compte chèque sans aucune rémunération, il vaut mieux laisser quelques liquidités sur un livret A, mais il serait dangereux et destructeur pour le pouvoir d’achat de faire croire qu’il s’agit d’un placement d’épargne.

Depuis 2017, le livret A est entré dans une nouvelle période de rendement réel négatif, avec un taux d’intérêt inférieur à l’inflation. Ni la décision de Bruno Le Maire d’abaisser sa rémunération, ni les déclarations de Christine Lagarde en faveur de l’inflation, ne permettent d’envisager un renversement de situation à court terme. En laissant une partie de leur épargne dormir sur des livrets A, les Français non seulement perdent une partie de leur pouvoir d’achat mais surtout ne profitent pas de placements fortement rentables. Ces placements accéléreraient la croissance et permettraient à des entreprises de mieux satisfaire les consommateurs que nous sommes tous.

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