L’intelligence artificielle au chevet de la médecine

L’intelligence artificielle promet des soins meilleurs, plus rapides, moins chers, et pour tous.

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L’intelligence artificielle au chevet de la médecine

Publié le 4 février 2020
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La médecine est un domaine qui va profiter de l’intelligence artificielle (IA). Un progrès dont les pays les plus démunis pourraient grandement bénéficier.

Le processus médical

L’exercice de la médecine procède principalement selon le processus suivant :

  1. Collecte des données concernant le patient et ses symptômes. Questions aux patients, prise de température, prise de tension, examens extérieurs, examen de sang, examen d’urine, examen de selles, échographie, radiographie, scanner, IRM, biopsie, etc.
  2. Pose d’un diagnostic sur la base des informations collectées.
  3. Décision du traitement à appliquer.
  4. Mise en application du traitement.

Dans ce processus, les étapes 1, 2 et 3 offrent une opportunité importante aux nouvelles technologies de l’information. Quel que soit le mal, une consultation commence par une série de questions qui permettra au praticien d’orienter ses investigations et de déterminer quels examens lui seront nécessaires. Cette étape requiert de la part d’un médecin généraliste des compétences et une expérience très importante. Dans la pratique, on observe qu’il n’est pas toujours facile d’obtenir un rendez-vous rapidement, et qu’il n’est pas toujours commode de se rendre chez son médecin. Ceci est d’autant plus vrai dans les régions enclavées ou les pays défavorisés et pourtant cette réactivité est, dans certains cas, primordiale.

Prise en charge

L’IA peut offrir une aide à la prise en charge très intéressante pour pallier un accès aux soins difficile, pour accélérer le diagnostic tout en offrant une qualité de service élevée. Pour réaliser une IA qui sait dialoguer avec le patient, il faut puiser dans toute l’expérience médicale acquise à ce jour, et faire vivre cette base de connaissances avec de nouveaux cas. À terme, on obtiendra un système qui concentrera une somme de compétences qu’aucun humain ne pourrait approcher. Cette base s’enrichira et se perfectionnera avec le temps. Elle n’aura aucun biais et sera disponible à tous, en tout temps, rendra ses conclusions instantanément, et le tout avec une simple connection Internet.

Ceci ne relève pas de la science-fiction, la start-up allemande Ada Health propose déjà une application de pré-diagnostic développée en partenariat avec des médecins, des scientifiques et l’industrie médicale. Elle estime produire un pré-diagnostic toutes les 3 secondes et affirme vouloir créer un monde sans inégalité de soins.

D’autres approches font intervenir des médecins en ligne. Le site Suisse soignezmoi.ch propose des consultations qui commencent par un questionnaire en ligne, avec la possibilité d’ajouter des photos, puis un médecin vous appelle pour finaliser la consultation et établir une ordonnance si nécessaire. Le site réalise ensuite un suivi pour vérifier l’amélioration de l’état de santé du patient.

Ce type de service s’étendra en intégrant les premiers examens. Certains peuvent être réalisés par le patient lui-même, comme la prise de température. Des centres infirmiers ou des laboratoires prendront le relais lorsque les examens nécessitent du matériel spécifique ou un savoir-faire particulier.

Pour aller plus loin encore, on pourra aussi imaginer l’utilisation de drones pour transporter du matériel léger vers des régions reculées, des prélèvements vers des centres d’analyses, des médicaments vers les patients. Les grands pays faiblement peuplés et avec des infrastructures défaillantes y verront là un grand bénéfice.

Obtenir un diagnostic de qualité en quelques minutes et gratuitement dans certains cas changera profondément notre rapport à la santé. Permettant non seulement une amélioration, un accès facilité, mais aussi une économie et réduction du coût écologique en limitant les déplacements.

Diagnostics

Les méthodes d’imagerie médicales ont beaucoup progressé grâce à la technologie, mais beaucoup reste encore à faire en termes de coût, de taille d’installation et de qualité d’image. Les recherches se poursuivent et permettront sans doute d’améliorer ces outils.

Le domaine où l’IA médicale se distingue le plus est sans doute l’interprétation de l’imagerie médicale. Certains cancers sont très difficiles à identifier sur les images produites par les scanners. L’IA est capable de performances significativement supérieures à l’œil humain. Ceci permet de détecter le cancer plus tôt, de manière plus fiable, et de mieux cibler les traitements.

En 2013 déjà, IBM adapte son système Watson pour l’aide à la décision concernant le cancer du poumon. En 2019, IBM annonce avoir développé une IA capable de détecter la rétinopathie diabétique, responsable de 5 % des cas de cécité dans le monde, de manière beaucoup plus précoce et moins onéreuse. Cette avancée bénéficiera aux pays les plus touchés où l’accès aux soins est souvent difficile.

Un système basé sur l’IA permet d’identifier et de qualifier les cellules cancéreuses sur des tissus prélevés dans le cerveau de manière si rapide (environ 2 minutes) et précise que les examens sont réalisés durant l’opération d’ablation des tumeurs permettant ainsi de guider les chirurgiens de manière fiable et précise.

On pourrait continuer la liste sans fin. De nouveaux entrants proposent des solutions de diagnostics presque chaque jour.

Recherche

Dans le domaine de la recherche la technologie apporte aussi des avancées significatives.

Octobre 2019, Microsoft et Novartis annoncent un partenariat pour fournir des solutions d’IA à la recherche de nouveaux médicaments. Lorsqu’on sait à quel point la recherche se base sur un nombre considérable d’essais, de tests, de vérifications sur plusieurs années avant de valider un médicament, on réalise qu’en optimisant ne serait-ce que faiblement ces processus on obtiendra des gains significatifs en temps de développement et en qualité de produit. Tous les laboratoires de recherche cherchent à bénéficier des progrès de l’IA.

Aide au handicap

Là aussi les initiatives sont nombreuses : qu’il s’agisse de prothèses connectées aux nerfs, muscles ou directement au cerveau ou simplement d’assistants permettant aux handicapés d’avoir davantage d’autonomie, les nouvelles technologies trouvent là encore un champ d’application incroyablement vaste.

Le robot chirurgien

Da Vinci est le nom d’un robot chirurgien, plus précisément un robot commandé par un chirurgien. De très nombreux hôpitaux dans le monde en sont équipés. Il permet davantage d’aisance, de précision et de confort pour le chirurgien qui le pilote à distance. Pour l’instant la distance est de un ou deux mètres et le robot ne fait que reproduire les gestes du chirurgien. Il s’agit d’un premier pas vers des opérations à plus grande distance et vers une autonomie croissante du robot. Cela permettra de mieux opérer, avec moins d’effets secondaires et plus rapidement.

Pour une application humaniste de l’IA

Le domaine médical est encore très dépendant de l’humain en raison de sa complexité et de l’exigence de qualité qu’il requiert. Dans un premier temps, la technologie a trouvé sa place dans les outils. Aujourd’hui les progrès de l’IA lui permettent de s’étendre de manière importante dans le domaine du diagnostic, de la recherche, de l’application des soins et sans doute de manière encore plus spectaculaire à l’avenir.

La transformation de notre économie, qui permet à de petites structures (des startups) de proposer des produits innovants occupant des segments de marché très précis, favorise la multiplication des initiatives. La sélection s’effectuera par les acteurs du marché (patients, médecins, chercheurs, assurances, laboratoires, etc.) selon la qualité, la pertinence, le coût, l’efficacité des solutions proposées. L’accélération de ce mécanisme darwinien devrait permettre de voir émerger une nouvelle approche de la médecine.

L’IA peut sembler menaçante pour certains en raison de la difficulté à en comprendre son fonctionnement, d’un imaginaire menaçant véhiculé par une certaine science-fiction, ou par le sentiment d’être dépossédé et dépassé dans ce qui fait notre spécificité humaine, notre intellect.

Les exemples présentés ici montrent au contraire que nous avons tous à gagner de cette technologie appliquée au monde médical. Des soins meilleurs, plus rapides, moins chers, et pour tous. Les pays ayant un système de soins déficients verront là un bond de géant.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faut avoir une vision naïve des technologies. Il faut savoir évaluer, critiquer, mesurer et gérer les risques, comme à chaque évolution. Les acteurs de cette activité feront cette sélection.

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  • Le médecin « formé » avec ces béquilles devenues de plus en plus indispensables sera totalement incapable d’exercer son métier si par malheur une « simple coupure d’électricité » intervient. Il n’aura jamais pu acquérir les connaissances de bases ou bien en si faible nombre qu’il en sera incompétent.
    Parlons du robot : surtout utilisé initialement pour les prostatectomies radicales il a un coût d’utilisation prohibitif (demandez vous qui paye in fine).
    A un prix d’achat d’1,8 millions d’euros il faut ajouter une contrat d’entretien annuel de 10% de sa valeur d’achat. Entretien garanti pendant 7 à 8 ans maximum (délai au delà duquel l’entretien n’étant plus assuré il faut le revendre au fournisseur pour en racheter un autre). Et surtout un « consommable » de 3.500 à 5.500 par intervention…
    Pour quel résultat : aucun, je dis bien aucun, bénéfice, concernant la prostatectomie radicale par exemple, en terme de survie, ou d’impuissance. De plus la durée de l’intervention est augmentée ce qui est délétère en coelio-chirurgie.
    Il s’agit juste d’un effet marketing. Mettre dans sa « plaquette » que l’établissement a acheté le robot en question « ça en impose » !
    Le plus grave : si l’on doit serrer le budget des dépenses de santé (on ne sait jamais n’est-ce pas ?) et que le robot ne peut (financièrement) plus être utilisé, on aura des jeunes urologues (cela existe déjà) qui seront incapables d’opérer sans cette « béquille »…
    On ne peut refuse le progrès, mais il faut que la notion de progrès soit viable, rentable (médicalement et/ou financièrement) , et n’annihile pas toute solution de replis.

    • Le médecin est déjà incapable de travailler sans électricité. On n’est plus en 1900, la médecine c’est l’électricité, sans ça pas de spécialistes et pas de traitements. Le levée de boucliers contre l’IA en médecine ne sera évidemment présente qu’en France, et évidemment elle sera « pushée » à l’Assemblée par les médecins élus pour « renforcer le lien social ». Perso je préfèrerais payer 10 € pour un diagnostic fiable à 99% que 250€ pour un diagnostic fiable à 90% mais avec le « lien social » en plus.

      Toutes les professions reposent sur l’électricité. Si il y a une coupure de courant à la bourse de New York, de Chicago, de Tokyo, cela risque de perturber l’économie mondiale. Est-ce une raison pour refuser les bénéfices qu’apportent l’électricité ? Lorsqu’il y a une coupure de courant à la SNCF, les trains ne roulent plus, c’est fini l’époque du charbon. Lorsqu’il y a une coupure de courant dans les administrations, il n’est plus possible de travailler : finie l’époque du papier crayon.

      Le robot sera meilleur que le médecin car entrainé sur 1000 fois plus de cas.

      « Oui mais dans les cas spéciaux le médecin pourra déceler des problèmes que le robot n’a pas vu »

      Très franchement j’en doute. C’est peut être vrai pour le top 5% des spécialistes d’un domaine, mais certainement pas concernant le pédiatre/dermato/ophtalmo/radio lambda.

      • Je ne dis pas qu’il ne faut pas se servir des aides mais qu’il faut garder le savoir faire « sans » et pour cela il faut l’apprendre donc que les enseignants gardent également le savoir faire.

      • L’examen clinique se fait avec la parole (interrogatoire), la vue (observation), les mains (examen clinique), l’ouïe (« bruits » divers du patient et stéthoscope en cas de besoin) voire l’odorat qqfois. Pas besoin d’électricité.
        C’est la base du métier de médecin.
        Cela peut être suffisant pour soigner certaines pathologies. C’est l’étape indispensable avant de demander l’examen complémentaire approprié qui nécessitera peut-être de l’électricité effectivement.

        Cette étape est de plus en plus souvent ignorée pour aller directement à l’examen complémentaire qui sera souvent inapproprié entrainant retard diagnostic voire erreur (et surcouts).

      • Ca fait longtemps que les salles d’opérations ont des systèmes d’électricité de secours, c’est la base.

    • Je me souviens que je disais ça à des étudiants du 3 cycle lorsqu’il y avait la guerre en Yougoslave Comment faire lorsqu’il il n’y a pas d’électricité.
      J’ai passé un mois dans un bled de Guatemala avec un stéthoscope otoscope et appareil de tension. On pouvait faire du travail dans les aldeas sans route goudronnée.
      N’oublions pas ce que disait Balint le médecin est en soi un médicament
      Ceci n’empêche pas d’innover

  • Tout ne se résume pas à avoir peur ou non de ces nouvelles technologies sinon on élude la question principale : sont elles toujours plus efficaces et moins chères ? il y a plein d’exemples dans l’industrie, les services ou l’administration dans lesquels les nouvelles tech ne produisent pas les résultats escomptés en produisant une automatisation de l’incompétence. Il ne faut pas se laisser tromper par les entreprises, établissements et services en pointe dans ce domaine. Il y a le rythme des innovations, des avant-gardistes et le rythme de la diffusion, le véritable progrès qui touche la société en profondeur.

  • Bien sûr que les progrès technologiques peuvent apporter beaucoup à la médecine. Mais cela ne doit pas, pour autant, évincer l’examen clinique. Et encore moins faire perdre des compétences humaines.
    De plus l’équation économique foit toujours être posée.
    Exemple: tel chirurgien urologue ayant une grande expérience des ablations de la prostate a utilisé un robot coûteux (importè des USA) aussi bien à l’achat que pour les consommables.
    Considérant que la Sécu ne remboursait évidement pas tous les coûts induits par cet appareil et que l’on ne pouvait pas non plus les faire porter aux patients, c’est l’hôpital (privé) qui assumait la différence.
    Ce chirurgien est donc revenu à l’opération classique, retrouvant par là matière à ecercer toute l’excellence qu’il avait acquise.
    Il faut sans doute distinguer la technologie qui permet d’effectuer des actes que l’on ne sait pas faire autrement de celle qui permet de remplacer l’homme. Dans ce dernier cas, il faut évaluer le pour et le contre. Et ne pas oublier que l’intelligence artificielle a ses limites.

    • oui….la notion de coût est centrale.. mais il ne faut pas non plus se voiler la face les possibilités des ia semblent énormes.. et il est difficile d’anticiper..
      il est regrettable qu’on les qualifie d’intelligence peut être au lieu de simplement constater ce que ça peut faire..
      ces histoires de robots sont anecdotiques ce sont des jouets…COÛTEUX.. bon..si ce sont des espèces de prototypes..ou démodulateurs ou objet de recherche..

      on est un peu pollué par de faux progrès ..

    • Si un marteau suffit à enfoncer un clou, pourquoi prendre un robot ça coute cher ? Mais s’il faut en clouer des millions, le robot sera plus rentable. Il y a une courbe de hype avec toute techno à la mode, gros prix, beaucoup de frime et beaucoup d’inutilité, puis on rationalise l’usage et les prix baissent tout en améliorant la qualité.

  • C’en est fini des sorciers de la brousse ! Il va falloir Messieurs les Médecins vous faire à l’idée que la nouvelle médecine sera scientifique ou pas (les nouveaux ingénieurs -médecins), fini le temps d’apprendre le Vidal par cœur et les diagnostiques pifométriques.
    nb Il y a heureusement des vrais médecins expérimentés et efficaces, mais ils sont si peu nombreux …

    • « (les nouveaux ingénieurs -médecins), »
      Ah oui… Ceux qui prescrivent une IRM, un électromyogramme et un bilan radiographique dès le 1er épisode de sciatique. 1er épisode de sciatique qui est calmé en 10-15j avec qq anti-inflammatoires la plupart du temps… 🙂
      Et bien, vous n’avez pas fini de voir vos cotisations augmenter! Enfin, pour ceux qui en paient, bien sûr.

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