Quand le camp de la tolérance dévore ses propres enfants

GervaisBlooms021218-23 By: Raph_PH - CC BY 2.0

La lutte toujours plus liberticide des militants au nom du « bien » crée une hystérie au sein de la société. À tel point que personne, pas même ses plus fervents militants, n’est épargné par cette nouvelle Inquisition que n’aurait pas pu imaginer Orwell.

Par Sabine Lula.

Le 7 janvier 2020, à l’occasion des cinq ans des attentats perpétrés par les frères Kouachi, le journal Charlie Hebdo a publié un édito dans lequel il dénonce les formes de censure qui se sont développées ces dernières années.

Appels au boycott, suppressions « fortuites » de certains contenus sur les réseaux sociaux, criminalisation des opinions, mise à mort sociale – voire atteinte à l’intégrité physique – de ceux qui les professent, les méthodes sont diverses, mais ont toutes pour finalité de confisquer le débat et imposer une seule idéologie comme « vraie ».

Le Camp du Bien, nouveau clergé à la poursuite d’hérétiques

Depuis quelques années, le militantisme de gauche, par une grille de lecture néo-marxiste de la société, mène une lutte sans merci contre les « fachos » et les « oppressions systémiques », à savoir tout ce qui est lié au « capitalisme patriarcal et blanc » (autrement dit, la société occidentale), qui par nature oppresse les femmes et les transgenres, les minorités « racisées » (tous ceux qui ne sont pas blancs), les démunis, les handicapés, ou encore les animaux.

Si initialement ces thèses extrêmes se limitaient à quelques milieux d’ultragauche, elles se sont installées dans les sphères intellectuelles. À tel point qu’elles sont la norme dans les facultés américaines, et commencent à s’implanter en toute impunité en France, non seulement dans les facultés classiques, mais aussi dans des institutions censées être prestigieuses.

Universitaires qui avouent biaiser leurs travaux pour qu’ils collent à leurs idéologies quitte à créer des dérives graves, recours au sentimentalisme et rejet de la logique, campagnes de destruction de l’ennemi considéré « facho » par les activistes de gauche, les méthodes ne manquent pas.

Or la bonne morale n’est pas l’apanage des militants purs : nombreux sont les membres de la sphère médiatico-culturelle à afficher leur bonne morale et leur tolérance… quitte à se couvrir de ridicule lorsque le public réalise à quel point ils sont détachés de la réalité, ce que n’a pas manqué de souligner Ricky Gervais lors des derniers Golden Globes. Tout plutôt que le risque d’être considéré comme un hérétique par les adeptes de ce nouveau clergé.

« On est souvent puni par là où on a péché »

Néanmoins, afficher sa bonne morale dans la sphère publique est à double tranchant ; pour peu qu’à un moment on ose se montrer sceptique à propos d’un aspect de cette religion du progrès, l’on risque de se heurter à la police du net prête à vous trainer dans la boue. Avoir été à un moment un porte-parole du Camp du Bien ne permet pas d’éviter qu’une telle situation ne se produise ; pire, ces défenseurs autoproclamés du Bien se montrent encore plus intransigeants à l’égard des hérésies.

Preuve en est, la déferlante dont J.K Rowling a récemment été victime après avoir publiquement soutenu la scientifique Maya Forstater, virée pour avoir affirmé que le sexe biologique était immuable. Ce qui il y a encore quelques années était une évidence pour tout le monde est devenu la quintessence de la pensée transphobe.

Critiquer cette nouvelle Religion du Progrès est devenu risqué, et l’étiquette « facho » ou « extrême droite » plane sur ceux qui osent faire preuve de bon sens et l’exprimer. À tel point qu’aujourd’hui, il devient presque impossible de réfuter les nouvelles thèses loufoques qui germent dans les hautes sphères intellectuelles. Phénomène prouvé par les sociologues Peter Boghossian, James Lindsey et Hélène Pluckrose par la création de fausses thèses à la fois absurdes et très biaisées.

Si le résultat de cette expérience s’avère particulièrement drôle, il n’en demeure pas moins inquiétant : elle a prouvé que dans ces milieux, aucune idée, si terrible soit-elle, n’est jamais remise en question, pour peu qu’elle prêche le dogme du Camp de la Tolérance. Quiconque ose le faire risque une mise à mort sociale, comme ce fut le cas pour Rowling.

Le parallèle avec les écrits d’Orwell est tentant. Non seulement car il ne faut pas oublier que « celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur ; celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé », mais aussi car « en ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. » Et il est plus que temps de se dresser et défendre les libertés d’expression et d’opinion. Car leur disparition est un pas de plus vers une dictature qui nous attend de pied ferme.

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.