La France malade de sa fascination pour le tout-politique

Coq (Crédits : Olibac, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Seuls les outils de l’économie politique permettront d’endiguer le déclin du pays.

Par Marius-Joseph Marchetti.

On dit souvent que c’est dans l’air du temps et des marchés turbo-giga-ultralibéraux que tout soit devenu une question d’argent, que l’argent guide le monde. Les gens n’ont pas l’air de comprendre que, même dans des pays communistes, socialistes, utopistes, où l’on se serait débarrassé d’un moyen d’échange monétaire, il nous faudrait toujours faire face au problème de la rareté des ressources.

Dans les pays où tout est politique, et nous n’en sommes pas loin, c’est le Politburo, les dirigeants, le peuple, le monarque, qui décident comment les ressources sont allouées. Cependant, sans les outils de calcul économique, il faudra plus que du courage pour y arriver.

La rareté des ressources au cœur de la définition économique

La rareté des ressources EST la raison d’être de l’économie, de la monnaie, de la propriété. La propriété n’a pas rendu les ressources rares, elle existe au contraire car il a fallu trouver des manières pacifiques et efficientes de gérer lesdites ressources.

La propriété n’est pas née pour créer des classes ; l’abondance n’existait pas au temps de ce qui a été nommé « le communisme primitif », qui n’a, semblerait-il, jamais existé. Et l’abondance ne viendra pas lorsque nous aurons quitté la phase du capitalisme pour aller vers celle du stade supérieur du socialisme. La rareté est une réalité avec laquelle l’humanité doit composer. Et avec laquelle elle compose.

La pauvreté n’est pas apparue en même temps que le capital, ce dernier n’étant lui-même qu’une consommation différée dans le temps en vue de « rallonger les processus de production ».

Le capital n’est pas vivant. Il existe car il faut composer avec un temps qui s’écoule et qui a un coût. La pauvreté est l’état originel de l’humanité, loin des remontrances des individus qui aspirent à la vie sauvage, loin du confort bourgeois qu’ils détestent. Le capital, quant à lui, a suivi l’effort de l’Homme pour sortir de sa condition animale et, de là, se diriger vers un état de civilisation.

« À l’opposé, dans un pays en processus de dé-civilisation, où chaque nouveau citoyen contribue en moyenne négativement à la société, consommant plus qu’il ne produit, davantage de population, que ce soit par naissance ou immigration, ne fait qu’empirer les choses. Et en même temps, moins de population, que ce soit par moins de naissances et d’immigration ou par davantage de morts et d’émigration, ne peut pas sauver le pays ; au mieux cela ne peut que retarder un peu l’inévitable chute : le pays mange son capital, et retournera à la barbarie une fois ce capital épuisé. » François-René Rideau

L’élévation de la civilisation est parallèle à l’accumulation de capital, c’est-à-dire à l’accumulation de consommation différée pour préparer l’avenir, et à mesure que cette civilisation grandit, elle fait grandir l’Homme civil en chacun de nous.

Préférence pour le présent et déclin

Dans toutes les civilisations déclinantes, que l’on prenne Rome ou les années folles des États-Unis, les nantis et/ou les masses décadentes, pris du goût du vulgaire, avaient un appétit pour le présent incompatible avec leur niveau respectif de civilisation.

Les sociétés déclinantes sont des sociétés où le capital pourrit ou disparaît. C’est pour cela que les slogans des socialistes qui appellent à l’affaissement de la société capitaliste n’appellent qu’au retour des modes de production sollicitant moins de capital et finalement purement et simplement au primitivisme dont l’Homme a tout fait pour sortir.

En réalité, l’Homme n’a pas le choix entre le capitalisme et le socialisme.

Il a le choix entre la civilisation et le chaos. Le capital n’est pas quelque chose de vivant, d’animé, une force vive qui dirigerait le monde. Il a simplement des propriétaires et des gestionnaires qui le dirigent vers des activités demandées par les consommateurs, et de la manière la plus efficiente.

Le socialisme d’État est précisément la chaîne de commandement dont est accusé le capitalisme. Ce sont des commissaires qui savent et vous disent : comment vous devez vous déplacer, comment vous occuper de vos ordures, jusqu’où doivent s’étendre les villes, comment vous devez peindre vos maisons, comment définir les montants et projets de votre épargne, ce que vous devez manger et à quelle fréquence, dans quelle école vous devez envoyer vos enfants, etc.

Le moteur de la civilisation à l’arrêt

Et c’est pour cette même raison que face à la primitivité de la barbarie islamiste, la civilisation occidentale n’est pas un adversaire à la hauteur. Car dans un pays capitaliste qui ne l’est plus assez, où le moteur civilisationnel, à savoir la formation de capital, est quasiment à l’arrêt, la population ne prend plus la mesure de ce qui risque d’être perdu. Pire, la plupart travaillera pour l’affaissement de son ancienne civilisation, et de sa qualité d’Homme civil.

C’est peut-être aussi pour cela que les pays de l’Est, récemment sortis de la barbarie communiste et dont le moteur civilisationnel est vivace sont ceux qui se préparent le mieux contre la réduction de leur homme civil, l’éradication de leur civilisation. Dans un pays où le capital ne croît plus, où la civilisation n’avance plus, tout un chacun se fait le défenseur de la rente qui a coupé court ce processus.

C’est la situation de la France depuis des décennies et des décennies. C’est la situation d’un pays où chacun vit davantage de la protection que de la production. La France produit un met que les autres pays n’ont pas à lui envier, car ils en produisent aussi, à moindre envergure : des prisonniers adorant leurs prisons.

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